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ART | CRITIQUES
Annette Messager
Les Messagers
06 juin - 17 sept. 2007
Paris. Centre Pompidou
Le Centre Pompidou consacre une rétrospective à Annette Messager par elle intitulée «Les Messagers». Le titre est à l’image de l’œuvre: multiple, polysémique, elle (se) joue des mots et des identités.


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Par Muriel Denet

Entraînés dans une ronde sans fin, des corps en lambeaux, et des armes, se balancent au-dessus de nos têtes. Sur le parvis du Centre, contre les baies vitrées de la mezzanine où tourne ce manège infernal, s’agglutinent quelques tentes de sans-abri. Le télescopage est saisissant. Jamais sans doute cette Ballade des pendus n’aura évoqué avec une telle crudité la complainte des laissés-pour-compte de Fraçois Villon.
D’autres images surgissent. Celle de ces carcasses brinquebalées, dépecées, et découpées sur les chaînes à haut débit de l’industrie agro-alimentaire, ou, pire, entrevues dans les médias, ces mises en scène macabres de corps torturés, martyrisés, et exhibés comme des trophées.
Mais tout cela se dandine aussi comme les Mickey des manèges dont les enfants doivent attraper la queue pour gagner un tour supplémentaire. La force cruelle de l’œuvre tient à ce contraste désarmant: cette capacité à convoquer les horreurs du monde, et l’innocence des matériaux mis en œuvre. Ces pantins difformes, ces armes porteuses de mort, ne sont en effet que des assemblages cousus mains, de boudins de tissus ou de skaï, bourrés d’ouate.
L’œuvre d’Annette Messager joue avec force et subtilité de ces va-et-vient tragi-comiques entre la sphère domestique et ses replis les plus intimes, et le grand carnaval du monde.

Après le Lion d’Or de la 51e Biennale de Venise, en 2005, c’est au tour du Centre Pompidou de consacrer cette artiste singulière, avec une rétrospective par elle intitulée Les Messagers. Le titre est à l’image de l’œuvre: multiple, polysémique, elle (se) joue des mots et des identités.

Malmenant la chronologie, Annette Messager a choisi de faire dialoguer des œuvres puisées dans une trentaine d’année de production prolixe. Et cela fonctionne à merveille dès les premières pièces. Les Pensionnaires, moineaux empaillés et collectionnés, habillés, cajolés et torturés, par l’artiste, dans les années 70, évoquent déjà la puissance exorciste de l’image et du rituel.
Deux salles closes, aux parois percées de meurtrières horizontales à différentes hauteurs de regard, qui imposent malicieusement une posture de voyeur au spectateur, enferment, sans que l’on puisse les approcher, dans l’une, une collection de collections historiques de l’artiste (Collection pour trouver ma signature, Les Hommes que j’aime, les hommes que je n’aime pas, Les Tortures volontaires, ou Mes Jalousies, etc.), alors que dans l’autre, flottent, agités par le souffle des spectateurs, des petits bouts d’une étoffe noire effilochée, comme autant d’énormes araignées velues au bout de leur fil (Les Taches noires, 2006).

Entre les deux, en surplomb, Eux et nous, nous et eux (2000). Nous, nous reflétant dans les miroirs qui tapissent le fond de socles suspendus au plafond, qui supportent d’étranges créatures hybrides, têtes de peluches sur corps d’animaux naturalisés.
Soit un condensé des obsessions, compulsions, épouvantes, démultiplications d’identités — il y eut la Messager collectionneuse, bricoleuse, truqueuse, colporteuse, etc. — qui irriguent l’œuvre.

Puis, tout au long d’un labyrinthe qui n’est pas sans évoquer une déambulation vénitienne — rythmée par l’alternance de ruelles étroites qui ouvrent soudain sur des campielli —, se déploie la danse macabre des Vœux, des Effigies, des Chimères, des Piques, des Caoutchoucs, et autres Restes, dont la cohérence formelle implacable se nourrit de contaminations mutuelles, et de l’économie des gestes et matériaux, ordinaires et domestiques, réputés féminins, et donc indignes de l’Art.

Annette Messager, en Femme pratique, découpe, dépèce, rembourre, coud, tricote, brode, raccommode, pique, fragmente et recompose un bestiaire imaginaire, invente des chimères cauchemardesques et familières. L’artiste-femme est une sorcière, qui ouvre des béances entre la violence des images, et la douceur de leur matière, l’impudeur du gros plan et la familiarité complice des modèles plus découpés que photographiés, elle fomente des attaques de crayons de couleur, et martyrisent de douces peluches multicolores.

L’innocence présumée de l’enfance se retourne comme un gant. Et, contre toute attente, cette magie noire, ciselée et pleine d’esprit, devient plus morbide encore quand les installations s’animent, insufflant un semblant de vie à ces créatures cauchemardesques. Les dispositifs de rails et autres poulies ressortissent à l’illusion théâtrale et à ses lourdes machineries, qu’Annette Messager se garde bien de camoufler.
D’ailleurs, le caractère répétitif des mouvements élémentaires de ces automates difformes ne trompe personne. Les désastres du monde

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