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ART | CRITIQUES
Anna Artaker, Mieke Schmidt-Gleim
Anna Artaker, Meike Schmidt-Gleim. Did you Ever Dream of Becoming a Barbarian ?
06 sept. - 27 sept. 2003
Paris. Galerie Public (ex)
Une installation en forme de mobile de cintres enchevêtrés, deux sculptures inspirées de pièces emblématiques de l’art minimal et un wall drawing à la mine de plomb : une évocation du « barbare », sans armes lourdes ni hurlements, mais tapi dans l’ombre.


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Par Marcelline Delbecq

Recherche inattendue sur la polysémie du mot « barbare », l’exposition de rentrée de Public comprend trois éléments qui ne laissent au premier regard rien deviner d’une possible présence barbare.

Ni l’installation, mobile de cintres enchevêtrés ; ni les deux sculptures, reprises de pièces emblématiques de l’art minimal ; ni le wall drawing à la mine de plomb ne semblent présenter de contenu « barbarisant ». Au contraire, ils forment ensemble une sote de proposition générique d’exposition d’art contemporain.
On se demande de quelle barbarie il pourrait s’agir dans une galerie parisienne aux murs blancs. Mais, à bien y regarder, le barbare est bien là, sans armes lourdes ni hurlements, mais tapi dans l’ombre.

Inspiration-citation de la photographie Obstruction de Man Ray (1920-1971), illustrant le principe d’une sculpture perfectible à l’infini, le mobile de cintres de fer est une allégorie spatiale du processus de recherche, tel qu’il se pratique en particulier sur internet : un mot, ici « barbare », est à la fois la base et le centre d’un champ lexical sur lequel se greffent une multitude de possibles. Des mots évidents d’abord, qui découlent de ses racines ; puis d’autres, inventés, dérivés, extrapolés. Comme le disait Man Ray, « cette progression mathématique peut s’étendre à l’infini », et à partir d’exemples schématiques et sémantiques inscrits sur de grandes feuilles de papiers.

Anna Artaker et Meike Schmidt-Gleim présentent des réponses possibles à la question "Did you ever dream of becoming a barbarian ?" en montrant un échantillon de ce réseau potentiellement infini. Le mobile est une mise en forme de la polysémie du mot. Objet en trois dimensions suspendu à un plafond équipé pour accueillir d’autres ramifications, il se compose à mesure que les mots surgissent : « barbare-barbara-homère-bart simpson-conan-barbituriques », il se monte et se démonte perpétuellement, s’emmêle sans toutefois céder à la confusion. Tout est clairement agencé et pourtant tout se mélange.

Parallèlement au mobile, les volumineuses reliures dissimulées à l’intérieur de structures inspirées de l’inépuisable série de dessins Variations of Incomplete Open Cubes de Sol LeWitt, sont une récolte, un archivage tout azimut de références à la barbarie comme source d’inspiration créative, comme réalité historique.
Les documents sont des reproductions de couvertures de livres accompagnées de textes d’auteurs et évoquant aussi bien la littérature, l’histoire que la sociologie. Compilations discrètes ancrées dans l’histoire (de l’art) à l’intérieur de ces bibliothèques modulables, les ouvrages sont consultables comme autant d’encyclopédies extraordinaires, imagiers sans logique et pourtant tous fruits de la même quête : celle d’attribuer un sens nouveau aux apparitions du barbare dans l’histoire écrite. Une fois encore, poésie et camouflage permettent une approche sensible et érudite du barbare, qui se trouve décidément partout où on l’attend et où on ne l’attend pas.

En arrière-plan de ces archives se trouvent trois wall drawings délicats, qui évoquent, de loin, des paysages côtiers sur fond de ciel pâle. Or ces exécutions, fragiles, car sujettes à l’effacement, sont trois vues de blockhaus, de dessus, de face et de profil. Décor plaisant à première vue, le wall drawing révèle un édifice encore présent dans certains paysages de bord de mer, à la fois refuge et menace, lieu d’observation et de perdition. Une fenêtre s’ouvrant sur un intérieur resté dans l’ombre rappelle au spectateur que, s’il est bien le regardeur, il est aussi celui qui est susceptible d’être repéré, visé, touché.

À travers ces trois éléments, Anna Artaker et Meike Schmidt-Gleim font dériver le champ de la recherche sémiologique pure vers des territoires littéraires, plastiques et poétiques. Pour les besoins de leur recherche, elles n’hésitent pas à citer des œuvres de l’histoire de l’art. Et il apparaît que le barbare n’est pas forcément celui que l’on croit. Il peut se camoufler sous une certaine grâce. L’expression « Did you ever dream of becoming a barbarian? » contient le mot « dream », qui suggère que le barbare, à proprement parler, n’existe qu’à travers l’image qu’on veut bien lui prêter.

Œuvre(s)
Sans titre, 2003. 7 livres (format A4, 300 pages) présentés dans 3 structures-bibliothèques. 110 x 110 cm.
Sans titre, 2003. Mobile de 120 cintres métalliques. Dimensions variables.
Sans titre, 2003. 3 wall drawings représentant des côtes normandes. Dimensions variables.

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