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ART | CRITIQUES
Andrew Lewis
Couronnes impériales
16 avr. - 21 mai 2005
Paris. Galerie Art: Concept
Que cachent les entrailles de ces gigantesques couronnes impériales, de ces palais utopiques d’une cité imaginée par A. Lewis ? Huit dessins numérisés se lisent comme autant de planches d’une bande dessinée qui force le regardeur à se raconter une histoire mystérieuse et à écrire les bulles manquantes d’un récit énigmatique.


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Andrew-Lewis-<em>Les-objets-tendres-2005-Tirage-num-eacute;rique-contre-coll-eacute;-sur-aluminium-Edition-de-8-exemplaires-80-x-115-cm<-em>-Courtesy-Art-Concept-Paris

Andrew-Lewis-<em>Des-gens-qui-se-droguent-qui-dansent-qui-s-rsquo;amusent-Des-gens-qui-ne-se-droguent-pas-qui-dansent-qui-s-rsquo;amusent<-em>-2005-Diptyque-Tirage-num-eacute;rique-contre-coll-eacute;-sur-aluminium-80-x-115-cm-chaque-Courtesy-Art-Concept-Paris

  
Par Gérard Selbach

L’exposition consacrée à huit dessins figuratifs d’Andrew Lewis, artiste anglais, traduit de multiples ruptures avec les travaux précédents et constitue, sans doute, une étape dans sa carrière. Technique, support, style, couleurs et sujets sont autres. Alors que, jusqu’à présent, son mode d’expression était le dessin au fusain, il se tourne ici vers le dessin qu’il photographie numériquement pour e colorier et en faire un tirage numérique.

Mais ce sont surtout les thèmes traités qui marquent le plus la césure avec son œuvre passé. Pour prendre conscience de la mutation, il faut se rendre au château de Rochechouart, en Haute-Vienne, où Lewis expose quelque quatre cents dessins au fusain jusqu’au 19 juin. Le titre de la manifestation est Points de vues, une traduction qui dénote une perte par rapport au titre anglais plus pertinent de Photo Opportunities, car plus proche des préoccupations de l’artiste.

Trois parentés thématiques réunissent ces dessins et se répètent obsessionnellement : le thème des monuments iconiques isolés, symboliques d’une capitale ou d’un pays, celui des touristes photographiant les bâtiments et se prenant en photo, et celui des personnes se cachant le visage.

Servant de base à des livres pour enfants, ses dessins au fusain représentent l’architecture-cliché par excellence que les touristes prennent en photo-souvenir à l’occasion de visites dans toutes les grandes cités du monde. Aucune vérité mimétique dans ses dessins, cependant (L’Arc de triomphe de l’Etoile, 2003). Il s’agit plutôt d’une synthèse vraisemblable d’un paysage-souvenir parfaitement identifiable par la mémoire du regardeur qui prend conscience que la manière personnelle de représenter les pays que l’artiste a rêvé de visiter, décrit en fait une expérience intérieure, un voyage dans sa tête.

La technique picturale parfois naïve, la perspective parfois gauche et l’assemblage des éléments des dessins confèrent au réel un effet imaginaire : un réel de son imaginaire. Andrew Lewis s’explique : « La chose la plus importante est de les [images] rendre les plus simples et directes possible ». Absence d’effet de lumière et d’ombre par manque de soleil. Les constructions se découpent sur un ciel grisé, généralement à gauche, et les frondaisons des arbres soit s’imposent à droite (Big Ben, Le Pont de Brooklyn), soit encadrent le dessin (La Pagode, Maison 1621). Ses vues sont bien ses Points de vues.

Quant aux personnages, ils sont généralement au premier plan et au centre. Andrew Lewis a beau affirmer : « L’idée, c’est que les personnages de mes dessins ne sont pas conscients qu’on les regarde », ils expriment pourtant souvent un refus de prendre la pose devant le photographe, de donner à voir leurs visages, comme dans L’église du village ou Le château fort. Cette attitude du renfermement sur soi, du refus de la prise de vue est encore plus nettement marquée lorsqu’une personne se recroqueville sur elle-même et se cache la tête dans les mains comme dans Le Phare, La Pagode, Le Puits couvert, Grange et silo ou La Grande Muraille de Chine.
Cherche-t-elle à éviter les yeux des autres ou l’œil de la caméra ? Être photographié, est-ce se voir voler son image intérieure, son image intime ?

L’impression qui se dégage de bon nombre de ses dessins est celle de tristesse, de solitude, de dépression, une vision personnelle d’aliénation renforcée, il est vrai, par l’emploi du fusain, donc du noir et blanc. « Et même si l’on ressent de la mélancolie ou du malheur, je voulais tout de même que ce soit beau, c’est-à-dire qu’en dépit du malaise représenté, un air d’enchantement existe », assure Andrew Lewis. L’exotisme des lieux et l’ambiance de vacances touristiques y contribuent.

Avec l’exposition actuelle à la galerie Art : Concept, Andrew Lewis nous fait entrer dans un tout autre univers, celui d’un monde imaginaire onirique. Le dessinateur propose une représentation moins introvertie et une distanciation plus grande vis-à-vis du réel. Il passe du faux réel au vrai irréel d’une architecture de ville utopique. La topologie et la mise en scène s’inspirent de la BD, les huit dessins ou planches coloriées formant un scénario pictural qui se lit de gauche à droite dans la salle d’exposition, comme sur la page d’un album.

Si Poutine en passant nous fait découvrir, par la fenêtre de sa limousine, le sommet d’un bâtiment étrange en forme de couronne, le premier volet du diptyque suivant, Couronnes impériales, présente une vue aérienne de cette immense construction, copie de la couronne portée à l’occasion du couronnement royal, couverte de velours pourpre et de pierres précieuses, à l’image des énormes temples hindous décorés et peints. Le deuxième volet est en fait l’axonométrie de ce

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