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ART | CRITIQUES
Andrea Blum
Nomadic House
26 avr. - 06 juin 2003
Paris. Galerie in Situ
Les environnements architecturaux d’Andréa Blum font écho aux relations existant aujourd’hui, entre le local et le global, la sphère privée et l’espace public, la vie intime et l’activité sociale. Y résonne un autre enjeu : les rapports entre œuvre et architecture, design et formes symboliques, art et fonctionnalité.


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Par Pierre Juhasz

L’œuvre intitulée Nomadic House est une pièce d’architecture d’intérieur, conçue comme une structure polyvalente qui répond aux fonctions vitales, sociales ou privées dans un esprit d’économie d’espace, d’économie de moyens et d’ergonomie : une structure en croix en acier gris perforé organise le dispositif modulaire qui intègre, par un système qui coulisse, ou enore par un principe de paroi évidée, des éléments de mobilier.
Sur une portion d’espace compact, se présentent ainsi un lit intégré d’un côté, un canapé de l’autre, une penderie, un plan bipolaire — table d’un côté, bureau de l’autre —, ou encore, des étagères. L’esthétique est avant tout fonctionnaliste : dominent la couleur grise et la couleur jaune dans un jeu souvent d’inversion, comme sont inversées aussi des inscriptions, en tête-bêche, en français et en anglais, de typographie jaune et grise, indiquant non sans humour la fonction de chaque élément.

Le travail d’Andréa Blum nous parle de notre rapport à l’environnement domestique, de notre sphère privée en interrelation avec l’espace social. L’espace de Nomadic House est ouvert, il est centripète, adaptable à différents intérieurs et, comme le titre l’indique, il est déplaçable. C’est un espace intime nomade, un espace sans parois extérieures, d’une maison définie par sa structure centrale et non par ses murs.

D’une certaine neutralité, comme l’est le style high-tech, cet espace modulaire peut être investi par quiconque, telle une architecture prêt-à-porter pour usagers anonymes. Il peut se décliner selon les différentes activités humaines, sociales ou professionnelles. Manger, travailler, se reposer, lire ou encore dormir, le mobilier devient presque métonymique par son économie et parfaitement adaptable à différents types de lieux. Pourtant, malgré l’absence de murs extérieurs, une sensation paradoxale d’espace carcéral se fait sentir, comme dans le projet Pinwheel House dans lequel domine la couleur grise des éléments de mobilier et des parois centrales grillagées. Cette sensation provient sans doute du caractère compact de l’architecture, non sans lien avec les cellules monacales.

Si l’environnement architectural d’intérieur d’Andréa Blum nous invite à son utilisation, à son usage, il n’est pas certain pour autant qu’il nous incite véritablement à investir le lieu, à le vivre, à l’habiter. En effet, un regard non dénué d’humour, ironique, peut-être parfois cynique, émane de l’œuvre et s’attarde sur la relation entre espace privé et espace public, plus généralement entre intérieur et extérieur. Ce point de vue semble sous-entendre que notre relation au monde, cette part intime, ne peut être conçue, aujourd’hui, que comme usage du monde à travers une équation d’activités sociales surdéterminées.

La dialectique entre intérieur et extérieur est visible aussi dans les différents projets, présents sous forme d’images de synthèse photographiques, qui complètent l’exposition de Nomadic House : Rotational House, montre un système de parois en croix, sur un socle circulaire, permettant une rotation autour d’un axe central. Chaque angle est spécialisé : chambre, bureau, cuisine, salon, seule la salle d’eau demeure dans un espace fixe. La modularité, la transformation à loisir de l’espace sont encore ici de mise, à travers un dispositif ingénieux, ludique, pratique, comme dans Rubix Cube House ou Elevation House, où des manivelles permettent d’élever ou d’abaisser certaines parties de la construction, transformant ainsi l’espace selon les besoins ou envies de l’habitant.

La grande sobriété des projets, leur fonctionnalité, la nature des matériaux employés, le chromatisme parfois d’une certaine chaleur, font de ces environnements architecturaux paradoxaux, des lieux pragmatiques, utopiques, voire atopiques. Dans ce qu’ils nous donnent à voir et à penser des relations existant aujourd’hui, entre le local et le global, entre la sphère privée et l’espace public, entre la vie intime et l’activité sociale ou professionnelle, au sein de nos vies infusées de communication et d’ubiquité, résonne en écho un autre enjeu : celui-ci interroge ce qui se joue entre œuvre et architecture, design et formes symboliques, art et fonctionnalité. C’est dans cet espace intermédiaire — intermédiaire aussi comme l’est la confrontation entre les projets en image de synthèse et la pièce réalisée, comme le montre avec une grande clarté et qualité l’exposition —, c’est donc dans cet espace, où l’art s’implique dans la vie sociale comme le préconisaient en un autre temps les artistes du Bauhaus, que l’œuvre

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