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ART | CRITIQUES
Alex Katz
New Faces
31 mai - 25 juin 2006
Paris. Galerie Thaddaeus Ropac
Si le peintre Alex Katz a tout au long de sa carrière, réalisé des portraits, sa récente série rejette l’anecdote pour aller à l’essentiel du visage. Les attributs vestimentaires disparaissent. Katz nous situe dans un rapport frontal aux modèles peints, relevant plus de la relation sociale que d’une approche intimiste du modèle.


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Alex-Katz-<em>Gray-Landscape<-em>-1997-Huile-sur-bois-229-x-305-cm-Courtesy-galerie-Thaddaeus-Ropac-Paris

Alex-Katz-<em>Winter-Night-2<-em>-2004-Huile-sur-bois-229-x-305-cm-Courtesy-galerie-Thaddaeus-Ropac-Paris

Alex-Katz-<em>Liorah<-em>-2006-Huile-sur-toile-1219-x-2438-cm-Courtesy-galerie-Thaddaeus-Ropac-Paris

Alex-Katz-<em>Vincent<-em>-2006-Huile-sur-toile-1219-x-2438-cm-Courtesy-galerie-Thaddaeus-Ropac-Paris

Alex-Katz-<em>Vivien<-em>-2006-Huile-sur-toile-1219-x-2438-cm-Courtesy-galerie-Thaddaeus-Ropac-Paris

  
Par Marguerite Pilven

Intitulée «Penobscot Bay», la précédente exposition de l’artiste chez Thaddaeus Ropac, en 2003, nous plongeait dans une douce atmosphère balnéaire. On y voyait de grands portraits verticaux de femmes en buste, arborant d’élégantes tenues de bord de mer.
Ici, les formats sont horizontaux et les visages cadrés si serrés qu’une partie de leur menton et leur front est tronquée. Ils se déachent sur un fond neutre, d’un bleu intense. Réalisant généralement ses portraits de trois quart, ce qui a pour effet, de suggérer tout à la fois une relation du sujet à lui-même et à l’autre, cette nouvelle série privilégie la frontalité, accentuant la relation intersubjective entre le spectateur et le modèle.

Les modèles sont souvent issus de l’entourage de l’artiste, essentiellement composé de personnalités issues du monde des arts. Habituellement, leur tempérament transparaît à travers une tenue vestimentaire sophistiquée, élégante ou originale, que Katz restitue avec attention.

Ici, les attributs vestimentaires disparaissent. Seuls signes de séduction: le maquillage de femmes aux cils hérissés de eye liner bleu ou aux lèvres rehaussées de rose ou d’incarnat. Il est intéressant de noter que les portraits d’homme sont en revanche cadrés en dessous du menton, faisant partiellement apparaître leur col de chemise, d’un blanc impeccable. Ces menus détails fonctionnent comme des indices d’une attention portée au regard d’autrui. À l’exception de deux portraits sur fond noir, Il n’y a aucune dimension introspective dans ces portraits de sujets avant tout en représentation.

Dans cette nouvelle série de portraits, Katz semble jouer sur cette tension subtile entre sujet et objet.

La facture lisse de la peinture, la couleur sable lumineuse des peaux contribue à nous maintenir dans un rapport tout en surface et en séduction. Le modelé des visages est souligné par aplats successifs, les yeux et la bouche sont stylisés, dépersonnalisés. L’artiste commence généralement par réaliser plusieurs croquis d’après modèle, puis agrandit ces premières esquisses en simplifiant les traits pour les épurer et les intensifier. Il perfore ensuite les lignes du dessin qu’il pose sur la toile et pulvérise de peinture, obtenant ainsi les contours de sa composition.

Katz ne cherche jamais à percer le secret de ces visages. En les peignant de façon distanciée, le peintre n’exprime aucune relation privilégiée d’intimité avec son modèle mais bien un rapport d’ordre social, qui implique une forme de pudeur et de réserve.

Ce traitement tout en surface des visages souligne qu’ils sont tendus vers une altérité qui les regarde. Un tempérament affleure à travers leurs traits, dans l’arête du nez, la courbe des sourcils ou l’arrondi des lèvres et des yeux.
Cette galerie de portraits flirte subtilement avec le stéréotype, comme sur cet immense tableau vertical représentant trois visages côte à côte et qu’aucune relation physique ne rapproche. Ailleurs, notre regard croise celui, insondable d’une brunette à la coiffure sévère, d’une fausse blonde aux lèvres entr’ouvertes dessinant un sourire sensuel, d’une jeune femme à l’expression mélancolique…

Les visages se succèdent, qu’un effet de série tend à banaliser, mais aussi à singulariser. Les portraits de Katz se situent dans un entre deux étrange, à la limite entre sujet et objet, qui privilégie la dimension sociale de présentation de soi. Les visages sont «chosifiés», suspendus en une expression figée, rarement ambiguëe.

Traducciòn española : Maïté Diaz
English translation : Margot Ross

Œuvre(s)
Alex Katz
Catherine, 2005Huile sur lin. 121.9 x 243.8 cm.
Gray Landscape, 1997. Huile sur bois. 22.9 x 30.5 cm.
Liorah, 2006. Huile sur toile. 121.9 x 243.8 cm.
Vincent, 2006. Huile sur toile. 121.9 x 243.8 cm.
Vivien, 2006. Huile sur toile. 121.9 x 243.8 cm.
Alba, 2006. Huile sur toile. 121.9 x 243.8 cm.
Jessica, 2006. Huile sur toile. 121.9 x 243.8 cm.
Liorah, 2006. Huile sur toile. 121.9 x 243.8 cm.
Trees 2, 2006. Huile sur toile. 121.9 x 365.8 cm.
Trio, 2006. Huile sur toile. 121.9 x 487.7 cm.
Winter Night 1, 2004. Huile sur bois. 22.9 x 30.5 cm.
Winter Night 2, 2004. Huile sur bois. 22.9 x 30.5 cm. 

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