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ART | CRITIQUES
Agata Bogacka, Elzbieta Jablonska...
Distances ?
10 juin - 29 août 2004
Paris. Le Plateau
Univers à la fois poétique et rude de trois générations d’artistes polonais : la génération qui a uniquement connu le communisme, celle qui a vécu le passage au capitalisme, et celle qui en est issu.


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Jadwiga-Sawicka-<em>Faux-amis<-em>-2004-Affiche-Courtesy-Le-Plateau

Jadwiga-Sawicka-<em>Faux-amis<-em>-2004-Affiche-Courtesy-Le-Plateau

Marcin-Maciejowski-<em>Protesting-for-their-Outstanding-Payment-Before-the-House-of-Company-President<-em>-2003-Huile-sur-toile-170-x-175-cm-Courtesy-galerie-Meyer-Kainer-Vienne-;-Le-Plateau

Agata-Bogaka-<em>Loup-(Kobas-est-un-loup)<-em>-2002-Acrylique-sur-toile-120-x-120-cm-Courtesy-Galerie-Zderzak-Cracovie-;-Le-Plateau

  
Par Sandra Vanbremeersch

" Distances ? " nous plonge dans un univers à la fois poétique et rude d’œuvres de trois générations d’artistes polonais. La génération qui a uniquement connu le communisme, celle qui a vécu le passage au capitalisme, et celle qui en est issu. Cette mémoire est-elle collective ? Relève-t-elle de l’histoire ou également de celui qui nous la dépeint ? Qu’en est-il de celui qui la li ?

Une peinture de Andrzej Wroblewski ouvre l’exposition par une scène à la fois violente et pleine de poésie : un homme, de face, est fusillé. On devine à sa droite son " fantôme ", personnage bleu pris dans un mouvement de chute. Nous sommes témoins et acteurs d’un contraste qui dépasse la représentation : à chaque état suit un mouvement (de la mort à la chute ou à l’évanescence, de la fin de quelque chose à l’accès vers quelque chose d’autre). Cet écart entre deux états serait cette distance entre deux choses que chacun vit de façon singulière. Ce pourquoi " Distances ? " s’écrit au pluriel et à la forme interrogative.

Certains artistes abordent cette distance en inscrivant littéralement leur œuvre dans l’espace du Plateau. Dans son installation, Léon Tarasewicz a rehaussé le sol d’une salle à l’aide d’un léger échafaudage d’escaliers en bois. Le sol est couvert de peinture épaisse aux couleurs vives, jetée avec des gestuelle qui évoque le All Painting autant que la tradition en vigueur dans certaines régions de Pologne où les maisons sont peintes de façon toute personnelle par leurs propriétaires. L’écart entre un mouvement de l’histoire de l’art et la continuité d’une tradition s’exprime dans cette installation in situ.

Également très physique, parce qu’elle joue sur la disproportion d’échelle, l’œuvre de Elzbieta Jablonska traduit le paradoxe de la consommation, qui oppose l’usage et l’image d’une chose. Largement déployée dans une vaste salle, une cuisine géante est reconstituée par divers éléments : une vidéo montrant une personne de dos s’affairant à la cuisine, une table géante sur laquelle sont disposés des tee-shirts imprimés, et un plan de travail géant sur lequel sont amassés divers produits polonais et allemands, verres, assiettes, etc. Sur la porte de ce plan de travail est projetée une vidéo. La consommation de masse semble possible mais démesurée face à la consommation quotidienne de chacun, ce que l’artiste exprime en des termes quasi publicitaires (tee-shirts imprimés, moniteur de démonstration) et poétiques (rêves ou contes d’enfant où le héros est pris dans un " monde trop grand ").

L’écart entre deux mondes se retrouve chez Monika Sosnowska qui couvre de peinture l’intérieur des vitrines du Plateau. De l’extérieur, elles sont devenues opaques, avec des dessins géométriques aux couleurs de la Pologne. De l’intérieur, ces lignes laissent apparaître les traces, coulures et salissures de la peinture. Le côté interne de la vitrine dévoile une pauvreté de la réalisation qui n’apparaît pas du dehors. L’artiste s’est inspirée des vitrines de supermarchés en Pologne. Véritable mur entre le monde extérieur et le monde intérieur de la consommation quotidienne.

L’artiste Jadwiga Sawicka travaille cette distance entre une culture locale et la culture importée dans ses affiches déchirées qui mêlent le texte à l’image. Du sol au plafond des bandes superposées déclinent des textes de séries télévisées en polonais et en français. Elles sont déchirées de sorte que l’une fasse apparaître l’autre. À deux endroits, des lambeaux d’affichent font s’entrecroiser deux écritures, celle des mass média et celle du quotidien : voix de l’image et voix de l’usage.

En peinture, les icônes religieuses ou nationales opposent aussi un monde de tradition et un monde en devenir. L’impressionnant tableau de Jaroslaw Modzelewski figure une bonne sœur en train d’éteindre un cierge géant à côté d’un bloc gris : contradiction des styles, des échelles et du symbôle.
Les trois oeuvres alignées de Marcin Maciejowski rappellent les peintures de propagande. L’aspect national et traditionnel transparaît des titres au bord de l’absurde (Dieu est en colère, Dans notre famille nous respectons les personnes et les animaux). Les couleurs vives et contrastées laissent apparaître les coups du pinceau d’où jaillit une figure noyée dans la matière. Toutefois, l’ironie se mêle au langage pictural.

Plus grinçante, l’installation de Robert Kusmirowski vient troubler notre rapport à l’histoire. De façon quasi pédagogique, sont déclinés sous verre, en sculpture, en inscription murale, et sur une table, des

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