Par Muriel Denet
Au-delà du foyer et de la mezzanine, Ultralab a dilaté sa présence, jusque dans des coursives inaccessibles du bâtiment, dont l’existence même n’est d’ailleurs pas garantie, sans oublier les escaliers (saturés d’une bande son électro), les toilettes (plongée dans l’ivresse d’une ritournelle à cordes façon Philip Glass), la salle de projection, et l’espace même de la rétrospe
tive du Maître, où émergent, çà et là, tels des icebergs à la dérive, des morceaux d’
Archipel, polygones de mousse colorée de ce bleu sans âme des paradis virtuels, et câblés entre eux pour on ne sait quelle mission de surveillance.
Ailleurs, disséminés, comme autant de facettes de cette île dont l’exposition interroge la possibilité, peintures, photographies, écrans plasma et bandes son mélangent allègrement stéréotypes, fictions, simulations et réel le plus trivial.
Au sous-sol, une fresque aux accents modernistes de l’abstraction géométrique affiche, prosaïque, des spécifications techniques sans objet (
Affaiblissement). Dans la mezzanine, transformée en salle d’attente, des tableaux de petits formats évoquent des resucées, (faussement ?) modélisées par ordinateur, d’espaces oniriques chers aux peintres surréalistes (
Peinture 00TM). Des posters, achetés sur l’internet, tapissent d’autres murs du poncif paradisiaque le plus éculé: plage de sable fin, soleil et cocotiers.
Pour le rêve préfabriqué encore, des catalogues de voyages prêts-à-consommer, vers les mers du sud et leurs îles évidemment enchanteresses, pour la réalité pratique, de grands caissons lumineux type publicité d’aéroport affichent l’outillage semble-t-il nécessaire à l’installation d’une telle exposition.
C’est un jeu vidéo, sans queue ni tête, qui offre le voyage : des îles de synthèse, stylisées façon Second Life ou Aqualand, y sont enfermées dans des murs aussi virtuels qu’infranchissables. Sur un autre écran, la fuite en avant d’un zapping effréné entraîne le spectateur dans les soubassements d’une métropole glauque, imaginée par un mixage de séquences de films noirs.
Ultralab recycle à l’envi, par souci écologique (sic), et par conviction que la fictionnalisation du monde par les images (en particulier celles du cinéma et des jeux vidéos) mérite d’être renversée cul par-dessus tête.
Emblématique de ce renversement ludique, une fictionnalisation puissance deux en quelque sorte,
Vidéo 01TM du dispositif
Diorama IIITM de 2005. Un montage, fluide et haletant, y enchaîne gratuitement des scènes de guerre, et prend le spectateur au piège d’un plaisir coupable, et sans fin. Un dispositif qui n’est pas sans rappeler celui de Claude Closky, quand il entraîne son lecteur dans une vertigineuse descente, ou montée, aux enfers, ou au paradis, pornographique(s) (
Vacances à Arcachon).
Le film
L’Île de Paradis, Vidéo 01TM , est encore un remix, plus abscons — mais Ultralab déteste la transparence —, d’un seul film,
Nirvana (tout un programme) , une science-fiction de série B de la fin des années 90. La trame originelle s’est totalement perdue. Ne reste, après une reconfiguration par un discours philosophico-marketing aussi improbable que plombé de lieux communs, un monde et des personnages aussi troubles que paranos.
Le remix généralisé plonge le spectateur dans un univers infiniment délectable, parce qu’archi connu, mais dont le brouillage, par saturation, condensation, excès et télescopage inquiète, à force d’en effacer les repères. Dans la salle de documentation, les plans sont prêts : tout est calculé, et paramétré, pour la démolition par explosifs du Jeu de Paume, à l’instar des barres HLM de nos banlieues.
Ultralab trouble ainsi le rapport entre virtuel et réel : si le virtuel est bien contenu en puissance dans le réel, il se nourrit aussi de lui, et devient, dans leur travail de malaxation tous azimuts de la culture commerciale et populaire, un révélateur qui jette une étrange clarté sur la barbarie qui sourd, contenue dans, et par, les flux d’images, désormais sans origine ni fin.
Œuvre(s)Ultralab™
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L’Île de Paradis, Map 03™ - Unreal’ Super Sunshine Special K Exhibition Edit, 2007. Dispositif multimédia. Dimensions variables.
Ultralab™ et Sylvie Dupin
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Île 01™ - The Wonderful Island that almost was, Vidéo 01™ - Destruction’s Mix, 2007. Dispositif multimédia. Dimensions variables.
Ultralab™ et Jean-Baptiste Decavèle
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Vidéo 01™ - Nirvana®’s Decavele Firts Days Mix, 2007. Dispositif multimédia. Dimensions variables.
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