Par Sandra Ktourza
Photos, dessins, illustrations, livres, baskets, plus une voix exaspérante chantonnant en boucle accueillent le visiteur.Que voit-on encore? Des photos oscillant entre trivialité et scatologie — un homme déguisé en porc, un autre qui défèque —, une basket encadrée de bois, un tas de vieilles baskets, des images et une peinture pornographiques, un téléphone portable...
La partie principale de l’exposi
ion est la reconstitution de la chambre même d’Artus: le lit, le bureau, les étagères, les livres, les photos personnelles, et d’innombrables canettes de Coca qui jonchent le sol. On y trouve aussi une collection de skates, puisque Artus a été à l’origine du magazine
Tricks destiné aux fans de skateboard.
Quant au sens, il est à chercher derrière cette affirmation selon laquelle «l’Art posthume encule l’Art contemporain», dans le manifeste de l’«Art posthume», rédigé par l’artiste (lire ci-après).
Morceaux choisis:
— «Le courage de ne rien être, personne ne l’a jamais».
— «L’authenticité, d’aussi mauvais goût soit-elle, finit toujours par payer».
— etc.
Et si, en ces temps incertains et chamboulés, le paroxysme de l’authenticité était tout simplement la Beauté?
Manifeste de l’Art posthume
Ne vous attendez à rien
Attendez tout
Selon le dictionnaire le plus commun, l’art, c’est «l’expression d’un idéal de beauté dans les œuvres humaines».
Nous nions cette définition que nous trouvons insuffisante en l’état.
L’art, c’est un environnement et une sensibilité, l’art c’est la vie. Votre vie, votre environnement, votre sensibilité.
L’art, c’est donner forme à l’espace qui nous sépare.
L’art est politique.
Depuis le carré de Malevitch l’art est, et, devant lui, «c’est une foule curieuse de critiques d’art instantané qui se presse à la traversée du miroir».
L’art est donc le seul domaine qui ait atteint son absolu, c’est-à-dire le domaine de la création pure. Le seul domaine où l’homme peut se vanter d’être l’égal d’un dieu, et où il peut créer librement, et sans contraintes.
Pourtant l’homme n’est rien sans le regard de l’autre. Cet autre qui juge, condamne, ratisse.
Seul dieu juge.
Et c’est pourquoi nous affirmons nous moquer de cet art sectaire et académique qui est le vôtre. Celui que vous nommez «contemporain».
Il n’a de contemporain que son marasme.
En ce jour brillant, nous décrétons la mort de l’«art contemporain» en terme d’époque de l’art, de mouvement, et l’avènement de l’«art posthume». L’art-vie.
«Il faut être un homme vivant et un artiste posthume».
Car «l’après-fin de l’art» ne peut-être ni moderne, ni contemporaine, mais posthume : «née après la mort de son père».
L’artiste posthume ne dispose pas, il propose.
Non, «Dieu n’est pas détrôné».
Ainsi :
De même que l’homme ne s’exprime jamais que dans ses contradictions les plus profondes, ce sont nos prétentions qui font de nous ce que nous sommes.
L’«art posthume» ne se justifie pas. Il n’a rien à prouver.
Nous préférons laisser l’art aux artistes qui le méritent, et vivre.
Mieux vaut vivre que de faire de l’art.
L’art est une conséquence, non un but.
Il est grand temps de tirer les leçons de l’histoire, et de dépasser ces notions obsolètes que sont : le talent, la nouveauté, et le génie. Ils ralentissent.
Si tout a déjà été dit, fait, et pensé, nous n’aurons aucune honte à redire, refaire, et repenser ce qui ne l’a pas été assez.
Imiter nos pères pour mieux les dépasser n’est que justice leur rendre.
Être multiple et agir dans tous les domaines nous permet de nous imaginer libre.
Nous affûtons paraît-il déjà les couteaux qui nous tueront plus tard.
Conscience du support et souci du détail valent bien chronologie et rétrospective dans le travail d’identification sociale de l’artiste.
Notre identité n’a que faire de vos peurs.
La réalité de nos faire est notre meilleure justification.
Il faut penser plus large et prendre en charge notre propre système de diffusion.
Nous rêvons de nouveaux lieux où les mannequins, les journalistes, et les artistes, iraient se faire voir.
Créer des lieux de vie plutôt que des lieux d’art.
«J’erre sans but et devenir parce que je suis déjà, par le seul pouvoir de ma volonté».
Rien n’existe sans faire valoir, dit-on.
Le mannequin est