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17.01.07. Une esthétique de la disparition, Untitled de Fiorenza Menini

Un commentaire du film de Fiorenza Menini, Untitled, revient à commenter une expérience irréductible à la posture de l’artiste parce qu’elle est aussi l’articulation d’un événement de l’histoire des hommes, une narration, une intrigue...


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Conférence prononcée à la MSH Paris Nord
Par Laurence Manesse

Je propose un commentaire du film de Fiorenza Menini Untitled, ce qui revient nécessairement à commenter une expérience. Cette expérience n’est pas réductible à la posture de l’artiste parce qu’elle est aussi l’articulation d’un événement de l’histoire des hommes, une narrati
n, une intrigue, et ce qui nous arrive à nous spectateurs à l’occasion de la projection. Une expérience collective donc. Ce que je veux dire c’est que nous ne pouvons pas penser cette œuvre seulement en tant qu’objet. Ce qui est à penser ou à commenter c’est ce qui arrive, ce qui va apparaître pendant les 28 minutes de silence et de disparition en images.

Cet objet est d’abord l’œuvre de Fiorenza Menini, il est aussi un document/témoignage d’un événement historique en ce qu’il est une trace, une mémoire de ce qui est arrivé dans l’histoire des hommes de chair et de sang. Cette «proximité» du faire œuvre et d’un événement inouï tel que le 11 septembre 2001, cette «co-habitation» dans l’image d’un «réel» et de l’art est ici tout à fait intrigante. Ce film fait œuvre, bien plus en ce qu’il est posture du vidéaste qu’en ce qu’il est objet, bien plus en ce qu’il est manière de regard que témoignage, bien plus en ce qu’il installe chez le spectateur une certaine disposition de l’esprit qu’en ce qu’il montre. S’il était une phrase, et il en est une, quelles seraient ses instances présentées ? le référent : l’événement du 11 septembre – le destinateur : l’artiste vidéaste, Fiorenza Menini et tout le dispositif que le mot vidéaste suppose – le destinataire : le spectateur, vous, nous, moi. Quant au sens il se réduit à notre expérience même.

Cet objet à lui seul mobilise l’histoire des hommes, la création artistique en ce qu’elle est ici une manière de regard, cette manière de regard qui nous détermine en tant que sujets esthétiques, et en dernière analyse ce qui est mobilisé sont la question du sens et la question du temps. Cette posture, cette manière de regard de Fiorenza Menini est presque celle de la disparition. En effet, si rien ne vient modifier, retravailler ce qui nous est offert à voir, ce maintien de l’identité à soi de l’événement, ce geste de retrait, celui de l’immobilité, sont précisément ceux de l’artiste, d’une décision de l’artiste.

Voici les circonstances dans lesquelles la vidéo a été tournée, je cite un extrait d’entretien de FM avec Eric Corne : «La vidéo Untitled, où l’on voit le temps et l’espace entre la chute des deux tours, dure 28 minutes et ne ressemble en rien aux images véhiculées par la télévision, par sa durée réelle sûrement, mais surtout par son absence d’image puisque l’image disparaît dans un épais brouillard qui se dissipe peu avant la chute de la deuxième tour. Il me restait par coïncidence ce temps exact sur ma cassette, j’étais arrivée la veille à NY par un vol intérieur, je n’avais aucune idée des événements, j’étais là-dehors, le matin ou les tours fumaient, j’ai allumé la camera pour me protéger peut-être de ce que je voyais, en tout cas quand j’ai voulu appuyer sur start la première tour est tombée, il y a eu quelques secondes de suspend avant que je finisse mon geste, mais à partir de là je n’ai plus bougé. Quand le nuage de fumé est arrivé, les quelques personnes autour de moi se sont enfuies, et je suis restée seule dans le silence et le brouillard.»

Ainsi cette œuvre ne se fait pas commentaire, elle ne se pose pas comme un commentaire, mais comme un regard dans toute son obstination. Un regard silencieux (le son a été coupé) et immobile (plan fixe), perdu dans la vue de ce qui disparaît, de ce qui a disparu. Ce n’est cependant pas un no comment mais un au-delà ou un en-deçà du commentaire.

Fiorenza Menini ajoute dans le même interview : «… certains trouvent l’image très belle et même sereine. A New York je m’étais dit qu’il fallait que je me souvienne de l’ «esthétique du désastre», que le beau n’a aucune valeur morale, que la perception d’une image déshumanisante pouvait provoquer un sentiment de beauté, que cette notion de beau n’a pas de valeur en soi, même si elle sublime l’esprit.»

1. A la manière d’une relève de cette réflexion, je propose de nous attarder sur notre expérience, à nous spectateur, et comprendre comment, regardant cette vidéo, nous pouvons dire effectivement que «c’est beau» ? Ce beau dont on dit qu’il n’est plus la question de l’art contemporain ressurgit pourtant bien ici, au spectacle d’une

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