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Une esthétique de la disparition, Untitled de Fiorenza Menini



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œuvre dont le référent est une catastrophe historique qui n’a rien de naturel !

L’expérience esthétique est à penser comme l’expérience d’un sentiment. C’est lui qui s’exprime dans le sujet pensant quand il juge et apprécie que «c’est beau». Il est évident que la nature de la relation sujet/objet est modifiée. La relation esthétique au monde ne s&rsqu
;établit pas dans un rapport de connaissance. Elle est en deçà ou au delà de la connaissance. Le regard esthétique sur le monde ne vise pas le monde comme ensemble des phénomènes connaissables. Le monde, ici notre film, se fait «occasion», occasion d’un sentiment.

Mais encore, «L’approche esthétique s’interdit non seulement de recourir à la détermination par concept, mais aussi de situer l’objet esthétique, si l’on peut dire, dans un procès de vouloir, dans un domaine de désir»(1). Ni connaissance, ni volonté, ni désir, mais juste un sentiment, et c’est précisément ce en quoi le beau n’a rien de moral. Ce sentiment se signale d’abord comme sentiment de plaisir et de déplaisir, principe déterminant absolument subjectif, que l’on trouve au fondement du jugement esthétique. L’objet sur lequel porte le jugement «c’est beau» n’est à penser que comme «occasion» dans un rapport désintéressé. C’est le sentiment qui se fait «origine» du jugement, sentiment qui trouve son fondement dans l’état d’âme, comme libre jeu des facultés, lié à une capacité de communication universelle, comme nécessité qui a pour fondement, à son tour, le sensus communis auquel aboutit la déduction transcendantale du jugement esthétique de Kant. Voici, concentré à l’extrême, le chemin que parcourt l’analyse du pur jugement de goût. Pour mieux comprendre la possibilité du «c’est beau” que peut convoquer Untitled, il faut être attentif aussi à ce que propose Lyotard.

En effet, il nous met sur la voie quand il propose, dans Que peindre ? ceci : «Pas de frontière à franchir entre un objet et un sujet dans leur clôture respective, mais franchise instantanée. Le paysage ne s’expose pas, il se pose en état d’âme.» Cette phrase pointe précisément ce qui s’opère en nous tout au long de ces 28 minutes de projection, occasionné par cette manière de regard propre à Fiorenza Menini ?

Pour mettre en évidence ce qui s’opère arrêtons nous un moment sur la notion d’intrigue dont Lyotard use dans un certain nombre de ses textes d’esthétique. D’abord, un texte de 1993, Paradoxe sur le graphiste(2), dans lequel Lyotard aborde le problème des contraintes des graphistes : «Les plus grosses sont évidentes : faire aimable, faire persuasif, et faire juste. [...] Que l’objet donne du plaisir au regard ; que l’objet induise chez le regardeur une disposition à se rendre à la manifestation, à l’exposition, à l’institution, etc. ; que l’objet soit fidèle à la chose qu’il promeut, fidèle à sa lettre et à son esprit.» Ainsi, le graphiste ne doit pas seulement, ou ne doit pas d’abord, occasionner le plaisir esthétique, mais répondre à d’autres contraintes, qui sont sa finalité, en vue d’éveiller l’intérêt du passant. «C’est pourquoi je vous répète que les graphistes sont coincés. Artistes, mais promoteurs. […] Leur œuvre est un objet qui doit induire autre chose que le plaisir pris à sa beauté. C’est un art subordonné, «appliqué», […]».
Et voici ce qui le subordonne, «Le mot intriguer. L’objet du graphiste doit intriguer. En intriguant, il satisfait peut être à toutes les contraintes d’un seul coup.» Ainsi l’art du graphiste est subordonné à l’intrigue : «Art des villes modernes, le graphisme est exclusivement dépendant des «événements», culturels, commerciaux, politiques, utilitaires, …», plongé dans l’intrigue. L’art graphique pourra toujours donner lieu à un sentiment de plaisir, mais qui ne sera jamais le pur jugement de goût, c’est-à-dire qu’un intérêt quelconque y sera toujours attaché, supposé, ou tachera de s’imposer. Et si ce n’est pas le cas, le graphiste aura manqué son «but», la représentation n’aura pas été conforme à sa fin. C’est cette obligation à l’intrigue qui interdit le désintéressement, condition du pur jugement de goût, qui fait de cet art un “art appliqué”.

Du côté du peintre par contre, c’est tout autre chose : «Il y aurait plusieurs manières d’être au monde, plusieurs manières de monde. La manière du peintre ici ne serait justement pas celle de l’intrigue et du désir»(3). A l’inverse du graphiste, le peintre n’est

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