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NUMÉRIQUE

Yael Kanarec, World of Awe

Un site internet qui nous plonge dans un monde nostalgique et magique. Dans un espace fictionnel, désert post-technologique, entre rêves et souvenirs, une expérience entre narration et navigation.


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Yael-Kanarec-Sunset-Sunrise-<i>World-of-Awe<-i>-(Monde-de-l-etonnement)-1995-2002-Œuvre-sur-internet-<br>-<br>-Courtesy-Yael-Kanarec

  
Par Caroline Zahnd Kassimo

Yael Kanarec est une artiste multimédia. Au sens propre: son travail se développe sur différents supports; et au sens aujourd’hui commun: elle privilégie le support numérique et en utilise les multiples possibilités.
Peintre, net artiste, web designer, elle organise aussi des rencontres autour du net art à New York (The Upgrade!), participe à différentes publications et événements on line et off line autour de l’art et des nouveaux médias. El
e montre son travail dans le monde entier.

Elle développe depuis 1995 un unique projet en perpétuelle expansion: World of Awe (Monde de l’étonnement): : www.worldofawe.net.
Travail exclusivement présenté sur le web qui, selon elle, a «prouvé qu’il était un environnement idéal pour explorer les frontières floues entre fiction et réalité, qu’il est un environnement plus malléable pour un projet en constante expansion».
Le travail de Yael Kanarec est si efficacement en dialogue avec cet espace sans endroit (ni envers) qu’est le web, qu’on ne peut le considérer séparément de ce médium-véhicule-lieu atopique non seulement de monstration, de présentation, mais surtout de génération où il se développe.

L’œuvre World of Awe est un ensemble de projets qui émanent d’une matrice centrale: le site web (lui-même très tentaculaire).
Visuellement, WOA ressemble à une interface Mac ou Pc, mais décalée, recollée, vieillie. Si on pouvait imaginer transposer l’aspect jauni et corné des pages d’un vieux livre à une interface graphique, cela donnerait un peu cela.

Le visiteur de WOA est plongé dès son arrivée dans un monde nostalgique et magique. Il entre dans un espace fictionnel, un désert post-technologique, entre rêves et souvenirs, pour une expérience entre narration et navigation.
Il est sensé explorer les bribes d’informations et de données laissées par un voyageur solitaire sur un ordinateur portable qu’il aurait construit lui-même, avec des morceaux de vieilles machines, laissées pour mortes dans un cimetière informatique appelé Silicon Canyon... Le mystérieux voyageur en quête d’un trésor en perpétuel mouvement évolue dans le sunset-sunrise, espace désertique et quasi vide, accessible depuis un portail quelque part dans Manhattan.
Le visiteur dispose d’«objets de navigation» aussi étranges et mystérieux que le reste: une carte mi-électronique mi-cuir, une bague en plastique à 1 qui parle, etc.

A l’entrée du site, plusieurs choix:
— «Love letter dispatcher», où l’on peut lire les lettres (e-mails) envoyées par le voyageur à son aimé absent;
— «Music for the World of Awe», où l’on peut écouter les différentes compositions réalisées en collaboration, et qui croisent dans leurs titres et corps le journal ainsi que les lettres;
— «Nowheres», où l’on peut voir des extraits graphiques de rendus 3D du sunset-sunrise;
— «Le journal», pièce maîtresse du site, où l’on est convié à se plonger, à se perdre.

Le journal lui-même ne suit pas de plan linéaire. Au gré des hyperliens, et des explorations de l’interface, Yael Kanarec emporte l’internaute dans une narration rhizomatique où l’intégration multimédia très bien pensée et techniquement impeccable (temps de chargement, lisibilité multiplateforme, etc.) laisse tout le loisir de s’immerger pleinement.

L’artiste joue beaucoup avec l’autoréférencement; le site web, lui-même créé sur le modèle de l’interface graphique, s’affiche à l’intérieur des fenêtres de l’ordinateur sur lequel il est visualisé. Cela crée une mise en abyme où les fenêtres dans les fenêtres acquièrent une transparence et font passer l’internaute à un autre niveau d’interaction avec cette interface qui est ainsi à la fois fiction et fonction.
Lieu de la navigation, ou plutôt de la pérégrination, l’interface est aussi partie prenante du monde imaginaire où se développe cette quête. Le voyageur mystérieux et le visiteur se confondent et la quête du premier dans le sunset-sunrise est assez proche du cheminement à tâtons de l’internaute plongé dans ce monde étrange et vide.

Cette œuvre extrêmement diverse et riche s’inscrit dans l’histoire séculaire du récit de voyage, tout en ne laissant planer aucun doute sur l’aspect fictionnel de l’«histoire». L’écriture, souvent comparée au «réalisme magique» de Garcia Marquez, ne peut être séparée des autres médias présents. C’est en cela que cette œuvre ouvre une nouvelle voie de la narration en exploitant pleinement les possibilités du web en tant que véhicule-support-médium, rendant possible une narration combinatoire, réellement multi-média.

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