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NUMÉRIQUE

Samuel Bianchini, Dispothèque

Dispothèque? La bibliothèque des dispositifs disponibles? Trouverions-nous ici des objets susceptibles d’être utilisés? Et pour lesquels nous devrions prendre du temps, le temps nécessaire — à jouer avec eux? à les comprendre? Vérifions.


Cliquez sur les images
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Samuel-Bianchini-<i>Sniper<-i>-1999-Serie-des-Dispn-Developpement-informatique-Emmanuel-Mehois-Courtesy-Palais-de-Tokyo-et-Heiner-Stadler-(<i>Warshots<-i>)

Samuel-Bianchini-<i>D-autant-qu-a-plusieurs<-i>-2001-Serie-des-Dispn-Developpement-informatique-Emmanuel-Mehois-Courtesy-l-artiste-et-Palais-de-Tokyo

Samuel-Bianchini-<i>pOlymic-Games<-i>-2003-Dispositif-interactif-multiutilisateurs-Developpement-informatique-Emmanuel-Mehois-Production-Dispotheque-Courtesy-l-artiste-et-Palais-de-Tokyo

Samuel-Bianchini-<i>If-I-Were-U-Si-j-etais-toi-Une-economie-du-regard<-i>-depuis-2000-Environnement-ludique-multi-utilisateurs-Production-Dispotheque-Courtesy-l-artiste-et-Palais-de-Tokyo

Samuel-Bianchini-<i>IDiKIT-Un-generateur-d-identites-sur-le-web<-i>-depuis-2001-Site-web-cooperatif-avec-Ultralab-Developpement-informatique-Sylvie-Tissot-Frederic-Durieu-Courtesy-l-artiste-et-Palais-de-Tokyo

Samuel-Bianchini-<i>Ta-garde<-i>-2000-Serie-des-Dispn-Developpement-informatique-de-la-version-web-Christophe-Salaun-[Icono]-Developpement-informatique-de-la-version-installation-Alexis-Amen-[Piloti]-Courtesy-l-artiste-et-Palais-de-Tokyo

Samuel-Bianchini-<i>Temps-libre<-i>-2004-Installation-interactive-Developpement-informatique-Elian-Chrebor-(visuel)-et-Thierry-Fournier-(son)-Animations-Patrick-Hepner-et-Pascal-Loddo-Production-Dispotheque-Courtesy-l-artiste-et-Palais-de-Tokyo

  
Par Anne Kawala

Une page d’accueil orange vif, où, monumentale, trône l’icône d’un dossier. L’icône typique d’un dossier des plus banals. Signalétique efficace pour n’importe quel système d’exploitation: Windows, OS X ou encore Linux. Entr’ouvert, invite à feuilleter, consulter les pages à venir ?

Puis une page blanche, soulignée d’une barre de navigation orange, où figurent, outre la version anglaise, les onglets: .exp, leurs .doc et des .txt. L’organisation est simple, clair
, efficace. Samuel Bianchini, artiste, maître de conférence à l’université de Valenciennes, présente sur ce site ses œuvres en ligne, leurs commentaires et ses textes théoriques.

Dans la continuité de cette logique — et dans laquelle il est impossible de se perdre — s’exposent chronologiquement quelques œuvres individuelles: Sniper (1999), Ta Garde (2000), D’autant qu’à plusieurs (2001), et Seul à seul (2002). Y figure également une œuvre collective Jeux pOlymiques (2003). Enfin des projets, aboutis ou non, mais significatifs de l’engagement de l’artiste : une réflexion et une mise en œuvre au sein d’un groupe, sont présentés: If I Were You (depuis 2000) et Projet de projet (1995-1997)

L’exposition des pièces, sur ce site, est d’une grande rigueur. L’artiste — là commissaire de son propre travail, pour une sorte de rétrospective idéale — semble vouloir réfléchir à l’organisation de sa dispothèque en lui y intégrant les codes du white cube.
Le cartel de la pièce survolée apparaît dans l’espace blanc, central. Chacune des pièces cliquées s’ouvre dans une nouvelle fenêtre pop-up. L’espace, délimité, de taille variable, surgit en superposition du site initial. Une pièce par salle.
Si ce n’est que les pièces s’ouvrent en superposition des pièces déjà ouvertes — qui ne se ferment pas à l’ouverture des suivantes. S’il est possible dans un lieu de monstration d’entendre ou de voir conjointement des pièces, leur manipulation libre n’existe généralement pas. L’ubiquité, propre à Internet, peut, si le spectateur le désire, être présente. Or cette idée même de manipulation par le spectateur, pour faire apparaître le sens de l’œuvre, est une récurrence dans le travail de Samuel Bianchini.

Qui manipule qui ? Sniper, 1999. Sur un fond blanc, un écran 4/3 est subdivisé en 25 parties. Les images sont tirées de Warshots, d’Heiner Stadler. Dès le départ cette image a ce que Bianchini appelle des «profondeurs de temps» différentes. Le survol d’un 25e permet l’accès au 25e suivant.
Peu à peu on prend conscience que la séquence présente une femme se faisant abattre par un sniper, et que l’on est conduit par l’artiste à prendre part au geste même.
Que cela ait lieu sur un écran d’ordinateur particulier, dans une installation à Maison populaire de Montreuil (à l’occasion de Art et jeux numériques), ou dans l’installation au Palais de Tokyo, en 2004, lors de sa soutenance de thèse intitulée Opérer dans la réalité médiatique. Pour une pratique critique des images interactives.

Dans un même principe de survol d’images dans un jeu dont le spectateur se révèle victime, et avec cette utilisation d’images médiatiques sportives, Bianchini a réalisé Ta garde (un match de boxe réinterprété) ainsi que POlympiques Games (une cérémonie d’ouverture de jeux olympiques jouable à plusieurs). Ces grandes messes récupérées visent-elles à dénoncer que, seuls ou à plusieurs, ce sont les spectateurs qui font le spectacle par leurs désirs? Et que ces désirs manipulés par les médias lient les spectateurs entre eux?

Cette esthétique est si puissante qu’il faut la désincarner pour la dompter. Dans D’autant qu’à plusieurs, l’origine de l’image est plus mystérieuse. Si le principe reste le même (activation de l’image par survol), la répétition d’une même petite image, à quoi s’ajoute que chaque image flottante est une ovation au spectateur actif, est rapidement nauséeuse.

Un principe à peine différent dans Seul à seul: aucune image, du son. Un tennisman, le même, toujours, qui, selon un mouvement de la souris, exulte son effort. L’effort que fait le spectateur pour trouver comment jouer?

Les dernières pièces de Bianchini ne sont pas présentées en ligne: ces installations ne s’adaptent peut-être pas à la forme d’un dispositif web interactif.
Attaché à la représentation sportive, Temps libre (2004) propose au spectateur d’invectiver des golfeurs pour qu’ils jouent de plus en plus. Jouer de plus en plus! L’obligation de se divertir… Le rapport interactif étant lié au volume de la voix, le spectateur avait à crier. Et le «vrai» spectateur était peut-être celui qui, passif, regardait ce spectateur actif, lié à la conséquence de son action, à tel point qu’il s’en oublie, dans ses cris, sorte de drame social qu’orchestrerait Bianchini.
Mais lui-même n’est il pas fasciné par ce qu’il produit? Et en cela ne lui est-il pas, de la même manière que le supporter sportif qu’il pointe, assujetti? Comment déjouer ce mécanisme? Ne plus avoir de désir?

Que l’artiste soit fasciné par le regard, If I Were You nous le confirme. Nous découvrons ce que l’autre regarde. La structure, sur laquelle le faisceau lumineux porte, est un objet insolite dans le champ lexico-visuel de Bianchini. Agrégation de formes cubiques. Si le principe de juxtaposition n’a rien d’étonnant, son minimalisme étonne.
Le formalisme de ce projet, engagé depuis 2001, peaufiné à mesure des évolutions technologiques, trouve un écho dans Contretemps, une autre installation de Bianchni, non présentée sur son site. L’artiste use de la simplicité d’une représentation ascii binaire. L’action du spectateur est celle du représenté: l’effacement du temps et de l’individu.

L’ambivalence est récurrente. Rien n’existe sans action; l’action est désir; le

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