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NUMÉRIQUE

Christophe Avella-Bagur. Face FS Moratoire des vanités

Christophe Avella-Bagur, semblant s’intéresser à la représentation de la figure humaine à l’ère du numérique, nous en montre l’inanité. Dans un vertige d’apparences, la peinture se fait présentation du trouble et soulève une interrogation sur l’identité et le devenir humains.


Cliquez sur les images
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Christophe-Avella-Bagur-<i>I-m-More-Than-Thousand-Years-Old-Face-FS27<-i>-2005-<br>Huile-sur-toile-panneau-152-X-174-cm-Courtesy-Galerie-Jean-Luc-Takako-Richard-©-Christophe-Avella-Bagur

Christophe-Avella-Bagur-<i>Believe-that-I-m-Your-ClownFace-FS38<-i>-2007-<br>Huile-sur-toile-panneau-152-X-112-cm-Courtesy-Galerie-Jean-Luc-Takako-Richard-©-Christophe-Avella-Bagur

  
Par Evelyne Bennati

Des visages blancs énigmatiques, parfois des corps, se détachent sur le fond blanc opalescent de chaque toile. Plus grands que nature, ils nous entourent de leur silence et l’on tarde à percevoir que leurs paupières sont closes. Ont-ils même un regard ? Car ces faces blanches jusqu’à en être bleutées, à la plastique parfaite, sont les clones des avatars des mondes virtuels.
Androïdes inaccessibles, ils accueillent sur leur visage lisse le reflet comme projeté de
visages humains. Dans cette superposition de faces, nulle confrontation. Les visages humains suivent les courbes de leur sibyllin support sans en épouser la physionomie, créant des distorsions troublantes. Les avatars semblent esquisser un sourire en offrande à ce jeu de l’écart. Un tandem décalé.

Les portraits humains — fortement colorés — devraient trancher sur les faces livides en y apportant de la vie. Il n’en est rien : l’image blanche des androïdes — à la fois présente car effective et absente par sa neutralité — reçoit et renvoie le reflet des visages, qui semblent flotter. Les portraits apparaissent ainsi pour ce qu’ils sont, des images sur une image, une «sur-face».

L’impossibilité de pénétrer la surface, liée à toute peinture et à la planéité du tableau, est renforcée par le refus presque systématique de la perspective et le peu de matière picturale utilisé sur l’ensemble de la toile. Une sensation aérienne s’en dégage, évoquant une immersion dans un monde virtuel, baigné d’un fond laiteux.

Les faces blanches des avatars attirent les fantasmes, comme elles semblent attirer les visages qui s’y réfléchissent. Tous les visages et aucun en particulier : eux-mêmes sont aussi des masques qui se glissent sur les figures standardisées et aseptisées. La superposition des apparences fait vaciller l’identité.
Cette partie de cache-cache est redoublée jusqu’au vertige dans les oeuvres où le visage peint se donne d’emblée pour un masque, clown ou maquillage rituel. L’existence humaine se fait évanescente, de l’autre côté du miroir déjà, dans l’immatérialité ; le fond blanc de la toile et le corps bleuté des avatars remplaçant le fond bleu des images numériques.

A moins que, par delà notre diversité (sexe, âge, couleur…), perçue comme simple enveloppe, la texture ne soit la même : l’humanoïde comme archétype humain imputrescible, garant d’une unité de l’espèce humaine et de sa pérennité, qui se nourrit de notre propre finitude. Dans le tableau Face FS 21 I Want a Good Fortune v2 colored, le regard du personnage que l’on peut supposer être le peintre semble interroger cette éventualité.

La diversité des techniques employées — peinture, dessin, gravure — peut être appréhendée comme une tentative de capter cette dissipation du sujet.

Ces images qui tremblent de leur incertitude renvoient étrangement à la «vera eikôn» (l’image vraie), impression indélébile du visage du Christ sur le linge avec lequel Sainte Véronique lui essuya la face. Empreinte sur un voile, elle présente et ne représente pas la Sainte Face, condensant immanence et transcendance sur un simple tissu.
De même, la peinture de Christophe Avella-Bagur montre une présence et une absence de la figure humaine, dans un devenir technologique immatériel.


Sites :
www.galerierichard.com
www.christopheavellabagur.com


Exposition
13 oct. - 8 déc. 2007
Galerie Jean-Luc et Takako Richard
3, Impasse Saint-Claude et 74, rue de Turenne
75003 Paris
T : 33 1 43 25 27 22
info@galerierichard.com

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