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Rajak Ohanian
Portrait d’un village: un monde d’hier et d’aujourd’hui, Sainte-Colombe-en-Auxois (1979-1982)

L’œuvre de Rajak Ohanian se présente comme une mosaïque dont chaque élément compose à lui seul un univers avec ses propres lois, sa lumière et ses ombres. 


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Rajak-Ohanian-<em>Marguerite-Cadouot<-em>-1979-1982-Photographie-120-x-180-cm-Courtesy-Galerie-Laurent-Godin-Paris-©-Rajak-Ohanian

Rajak-Ohanian-<em>Pascale-Cadouot<-em>-1979-1982-Photographie-120-x-180-cm<br->
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-nbsp;-Courtesy-Galerie-Laurent-Godin-Paris-©-Rajak-Ohanian

Rajak-Ohanian-<em>Bernard-Flaceli-egrave;re<-em>-1979-1982-Photographie-120-x-180-cm<br->
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-nbsp;-Courtesy-Galerie-Laurent-Godin-Paris-©-Rajak-Ohanian

Rajak-Ohanian-<em>Sainte-Colombe-en-Auxois-34-7<-em>-1979-1982-Photographie-30-x-40-cm-Courtesy-Galerie-Laurent-Godin-Paris-©-Rajak-Ohanian

Rajak-Ohanian-<em>Sainte-Colombe-en-Auxois-41-18<-em>-1979-1982-Photographie-30-x-40-cm<br->
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-nbsp;-Courtesy-Galerie-Laurent-Godin-Paris-©-Rajak-Ohanian

  
Par Etienne Helmer

Des scènes de théâtre aux portraits d’artistes, de Chicago au village de Côte d’Or, sur les traces du père à Alep, aux Saintes-Maries-de-la-Mer avec les Gitans, face aux forces cosmiques des éléments naturels: autant de sujets, autant de manières de voir et de procédés photographiques créés pour l’occasion.
Une patiente fréquentation de cette
œuvre aux cents visages fait pourtant affleurer des continuités souterraines, vibrer des résonances subtiles entre ces lieux et ces manières de vivre. Chacun brille dans l’éclat de l’autre, comme les facettes d’un seul et même brillant qui s’appellerait le monde.
L’aventure à Sainte-Colombe commence ainsi comme un voyage aux antipodes: après l’univers du théâtre, Rajak Ohanian aspire à une vie sans mise en scène qui s’offrirait à son objectif. Sainte-Colombe-en-Auxois, Côte d’Or, 44 habitants: peut-on rêver moins théâtral ?

Rajak Ohanian présente son projet au maire, qui obtient l’accord de ses administrés pour se laisser photographier. Il s’installe alors dans l’école du village et entame son acculturation, son immersion en milieu indigène, tel un ethnographe en pays auxois. De ce village singulier où il passe deux ans au total, il ramène un véritable portrait, dont la veine documentaire est patente.

Elle apparaît d’abord dans le souci d’exhaustivité. Le projet ne se limite pas aux 44 portraits individuels: c’est le tableau d’ensemble d’un village que le photographe nous propose, de sa vie rythmée par les nécessités agricoles et les événements sociaux, réguliers ou occasionnels.
La vie à Sainte-Colombe, la vie de Sainte-Colombe, ce sont avant tout les travaux des champs, moissons et vendanges, la tonte des moutons, les vaches qu’on mène paître sur les chemins alentour. Toutes les générations participent à ce même effort collectif, qui mobilise corps et machines. On prête aussi main forte au village voisin, où l’on emprunte du matériel à l’occasion.

La vie sociale est à l’unisson du labeur: on s’entraide pour les tâches quotidiennes, on échange sur le pas de la porte, on se rencontre à tout moment sur la place, les femmes causent avec les femmes en « faisant les haricots » sur le seuil de la maison, les hommes avec les hommes. Les commerçants itinérants, le poissonnier et le boulanger, apportent aussi des nouvelles des environs en plus de leurs produits. Les rencontres sont toujours l’occasion de faire circuler l’information, qui vient de plus ou moins loin.

Chacun vit donc à Sainte-Colombe à la fois comme un individu singulier et comme un voisin, avec lequel on est en rapport au quotidien, à différentes occasions, à différents moments. Aussi la frontière du privé et du collectif est-elle souvent ténue, et les célébrations d’événements personnels associent toujours l’ensemble du village. Inimaginable par exemple de ne pas convier tout le monde à un mariage célébré sur place. Les noces d’or de Jeanne et Camille sont sans doute le cas le plus exemplaire: la fête à laquelle tout le village participe, le cadeau commun qui leur est offert, c’est Sainte-Colombe qui célèbre indirectement un nouveau moment de son histoire et se forge sa propre mémoire. Le village tient à la fois de la tribu et de la famille élargie: on vit ensemble, on travaille ensemble, chacun suivant pourtant son destin singulier.

Si tous ont leur personnalité, leur personnage même, il n’en demeure pas moins qu’on se ressemble beaucoup à Sainte-Colombe: même travail, même quotidien, même milieu. Le jeu des différences sociales est donc d’autant plus perceptible que les habitants sont peu nombreux et vivent de la même manière. Ces écarts infimes sont donc plutôt le fait de ceux qui ont quitté le village pour un bourg voisin où souffle déjà l’air de la ville: une robe plissée qui n’est plus simplement une blouse, un maintien ou une voix qui disent l’éducation de celui qui évolue dans un monde différent, plus citadin. Le souci de distinction bourdieusien affleure dans ces infimes détails, et nous montre Sainte-Colombe par ses ramifications extérieures, par ce qui s’en sépare sans lui échapper tout à fait: il n’est pas de meilleur miroir.

Le style documentaire ne tient toutefois pas uniquement au souci de fidélité et d’exhaustivité qui anime Rajak Ohanian. Il tient aussi au regard «ethnographique» qu’il pose sur ce qu’il voit: un regard soucieux de la bonne distance, ni trop près ni trop loin, afin que la présence de l’observateur trouble le moins possible ce qu’il veut observer, que l’intrus se fasse oublier pour mieux voir et enregistrer. Comment faire ? Ce regard n’est possible que par la ligne de conduite que Rajak Ohanian se fixe dans ses rapports avec les habitants, que par une «éthique» du photographe en terre inconnue, qui tient à la fois de la

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