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Ivan Ilic
Ivan Ilic, Devenirs

L’artiste serbe décline à l’infini, sur de multiples supports, le message I Am Guilty: « Je suis coupable » se mêle à un « Tu es coupable », et potentiellement à un « Nous sommes (tous) coupables ».


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Ivan-Ilic-i>Passive-agressive<-I>-2000-Photo-digitale-90-x-125-cm-©-Ivan-Ilic

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Par André Rouillé

Dans I Am Guilty (Je suis coupable), que doit-on d’abord percevoir ? Les questions de responsabilité et de culpabilité que formule l’énoncé verbal, la monumentalité du support, ou le média qui véhicule cette information-affirmation ?
L’image est conçue pour autoriser tous les formats de présentation : carte postale, autocollant, page web, etc. Autrement dit, c’est moins l’œuvre matérielle qui compte ici que le message « I am guilty », et surtout la possibili
é de le disséminer sur tous les supports d’information possibles.
Le message sature le support sans laisser place à une quelconque explication. Pour qui vaut exactement ce « Je » iconique ? Jusqu’où peut-on s’identifier à cet énoncé ? En réponse à la façon dont la responsabilité serbe a été envisagée par les médias au cours des conflits en ex-Yougoslavie, l’œuvre complexifie le message. On glisse en effet rapidement de l’aveu de culpabilité de l’artiste (serbe) Ivan Ilic à la culpabilisation implicite du spectateur de l’œuvre. « Je suis coupable » se mêle à un « Tu es coupable », et potentiellement à un « Nous sommes (tous) coupables ».

Alors que la culpabilité est orientée vers le passé, la série de photographies numériques Passive/aggressive exprime un état de profonde désillusion qui oblitère les voies du devenir. Des chambres d’hôtels minables — avec meubles bon marché, lustre démondé et matelas sans draps — apparaissent comme des lieux de solitude et de désespoir, de passivité ou de réaction agressive, c’est-à-dire comme l’expression d’une impuissance à agir, d’une perte de foi dans l’action. Un présent vidé, sans futur.

(Les œuvres ci-contre d’Ivan Ilic sont présentées dans l’exposition itinérante, « Devenirs, art contemporain dans l’Europe du Sud-Est », avec le soutien du ministère des Affaires étrangères et de la Commission européenne — programme Culture 2000.)

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