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Hop là! Nous vivons
Hop là ! Nous vivons

Entre art du costume, photo et vidéo; spectacle vivant et arts plastiques; performance et chorégraphie, mise en scène et sculpture. Entre la scène de théâtre et la salle de musée. Une œuvre d’une joyeuse et insolente originalité.


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Hop-la-Nous-vivons-<i>Interieur-(detail)<-I>-2004-Resine-tissus-120-x-60-x-70-cm-©-Hop-la-Nous-vivons

Hop-la-Nous-vivons-<i>Comme-un-gant<-I>-2001-Performance-©-Hop-la-Nous-vivons

Hop-la-Nous-vivons-<i>Crashs<-I>-2003-Bois-tissus-silicone-video-450-x-450-x-50-cm-©-Hop-la-Nous-vivons

Hop-la-Nous-vivons-<i>Oops-<-I>-2004-Spectacle-installation-©-Hop-la-Nous-vivons

Hop-la-Nous-vivons-<i>FOMBEC<-I>-2004-Performance-installation-©-Hop-la-Nous-vivons

Hop-la-Nous-vivons-<i>La-Chambre-rose<-I>-2001-Performance-installation-©-Hop-la-Nous-vivons

  
Par Jérôme Fronty

Hop là ! Nous vivons, ou la rhétorique de l’ajustement
Il n’y a pas d’argument, pas de fable. Comme en avertit une réalisation de 2001 : Cela dit exactement ce que cela dit. Pourtant, sur la durée, Hop là ! Nous vivons, dirigé par deux plasticiens, Coco Petitpierre et Yvan Clédat, construit et poursuit un cheminement, le langage se développe dans l’espace et dans le temps, et l’œuvre écrit son histoire.

Ouvrons-en un chapitre, presque au hasa
d. Dans la mesure où ce qui a précédé, et ce qui suit, participe de la même fascinante cohérence, Cisfinitum (1999) est hautement significatif de la démarche de Hop là ! Nous vivons — de la fête à laquelle on nous convie. Comme si, paradoxalement, quoique ne cessant de se chercher à travers des expériences nouvelles, Coco Petitpierre et Yvan Clédat avaient très tôt connu et exprimé un style reconnaissable entre tous. Que voit-on? Une pièce peinte en rose. Deux femmes et un homme, vêtus de courts habits blancs, entrent et sortent, et manipulent des formes de bois laquées roses. Parfois après s’être eux-mêmes juxtaposés à ces objets, parfois en étant recouverts, à d’autres moments s’y glissant, les personnages finissent par s’insérer dans ces espèces de patrons.

Plutôt que personnages, devrait-on dire interprètes, ou acteurs, ou artistes à l’œuvre, en oeuvre : ambiguïté fondamentale, délibérée. La posture du corps dans la forme a duré quelques instants. Le jeu de construction et de déconstruction reprend, à un autre endroit. Lorsque les trois personnages y concourent ensemble, ce serait presque un ballet. Mais tout se passe comme s’ils ne se voyaient pas. On entend des cris, des appels, depuis les coulisses ou sur le plateau. Mais jamais on ne se parle, les interjections apparaissant curieusement comme à côté des êtres. Cependant, une ossature musicale est dispersée dans la durée, tour à tour feulements, grattements électriques minimalistes, ou au contraire énormes explosions. Les formes prolifèrent. L’une d’elles est roulée, personne ne la remplit, celle-là est gainée, littéralement bâchée.

Mais, tandis qu’un personnage a pris position sous une sorte d’arc, ses comparses l’utilisent comme un banc, et regardent droit devant eux, nous tournant le dos. Un claquement de doigts : le noir se fait. Le mur, devenu écran, nous montre les mêmes personnages, les mêmes formes. Les mêmes jeux recommencent. Mais cela se passe maintenant dans une cabine de douche. Les corps, dénudés, à l’écran finissent par s’asseoir, eux aussi. C’est comme un signal : dès l’adhérence de l’image projetée avec la « scène », les interprètes quittent la salle. Dédoublement, découplage. Le jeu des formes se terminera à l’écran. Rideau ? Non, générique, immense, bouffon, la Terre entière est remerciée. Y a-t-il là-dedans des hommages. ? Doit-on y chercher le Vermeer de l’Atelier du peintre ?

A partir de cet échantillon, il serait possible d’identifier, comme autant de clefs de lecture, des éléments constituant la matière et le langage de la dizaine d’œuvres réalisées par Hop là ! Nous vivons au cours des dernières années. Il y a des invariants, peut-être parce que la formation de Coco Petitpierre et d’Yvan Clédat leur a fourni certains outils : l’art du costume, la photographie, la vidéo, une double familiarité avec le spectacle vivant et les arts plastiques, tout cela, en un sens, est reconnaissable.

Pourtant, il en résulte une irréductibilité à la définition des genres et à leurs frontières : on peut parler de performance si l’on veut, ou de chorégraphie, ou de mise en scène, ou de sculpture, et de tout cela à la fois et de rien de cela pris individuellement. A la vérité, il n’existe pas de descriptif qui ne fonctionne par défaut, et la délicieuse désorientation provoquée chez le spectateur (ou visiteur ? ou voyeur ? ou petite main participant au même atelier que celui des artistes en scène ?) pose la question de l’adéquation du lieu et du public de ces œuvres. Hésitation entre la scène de théâtre et la salle de musée. Refuser de choisir ne serait-il pas un moyen de dépasser les chausse-trappes de la théâtralité ? S’agit-il de découvrir à cette occasion que le public, à l’instar de l’œuvre, gagne être décompartimenté ?

Corps, formes, couleurs, personnages (quoique figures puisse sembler plus juste, afin d’éradiquer toute psychologie), mixité des moyens : voilà le corpus autour duquel s’assemblent et se disjoignent les œuvres de Coco Petitpierre et Yvan Clédat, sans formule toutefois, selon une aventure poétique laissant aussi peu de place aux approximations expérimentales qu’à l’esprit de système. De l’arrangement des membres (1997) déformait le corps et citait les traités de Léonard de Vinci — Parcours (2001) juxtaposera, à une sorte de totem, une vidéo où les encoches de cette planche de bois dessinent une démarche à la fois orthopédique et improbable. Cela dit exactement ce que cela dit (2001) explorait simultanément une multiplicité d’actions (dont un musicien, du graphisme vidéo, le découpage de planchettes à la scie sauteuse …) — Specimen (2002) rassemblera au contraire, autour d’un monologue dramatique (introspection publique d’un individu réputé ordinaire et dépourvu d’expérience de la scène), toute une gamme de moyens convergents. Découpe, ciseaux, cris, images : en un sens, c’est un gigantesque bricolage, mais proposé selon une rigueur absolue (Musique et bricolage, 2001). De la même manière que l’absence d’argument, de plus en plus radicalement assumée au fil des réalisations, détermine une forme particulière d’improvisation. On aboutit à un style indirect libre — démaniéré et sans fautes.

Exemplaire, l’ensemble développé en 2003-2004, que l’on pourrait considérer comme une trilogie, en tout cas développement d’une même œuvre selon différentes modalités (principe faisant d’ailleurs partie des éléments d’identification de Hop

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