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NOMADE
Caroline Escaich
Dessin, sculpture et étrangeté

Le parcours de Caroline Escaich est atypique. Titulaire d’un DESS «gestion des industries du luxe et des métiers de l’art-, elle commence par travailler dans le secteur de l’industrie du luxe avant d’être rattrapée par l’art. Elle expose au salon «Jeune Création» de 2004 à 2006, et participe à  «Arts Projects», en 2007 à la galerie Yvon Lambert et à «Zona Red Hook Art Show» à  Brooklyn –NYC . 


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Caroline-Escaich-<em>La-goutte-rouge<-em>-2007-Dessin-crayon-et-encre-sur-papier-76-cm-x-55-5-cm-Courtesy-Caroline-Escaich

Caroline-Escaich-<em>Foison<-em>-2007-Dessin-fusain-sur-papier-55-5-cm-x-76-cm-Courtesy-Caroline-Escaich

Caroline-Escaich-<em>L-rsquo;arbre-rouge-<-em>-2007-Dessin-encre-et-crayon-sur-papier-76-cm-x-55-5-cm-Courtesy-Caroline-Escaich

Caroline-Escaich-<em>R-eacute;seaux-I<-em>-2007-Dessin-gouache-crayon-et-fusain-sur-papier-65-cm-x-50-cm-Courtesy-Caroline-Escaich

Caroline-Escaich-<em>La-goutte-rouge<-em>-2008-Sculpture-corde-structure-m-eacute;tallique-enduit-glyc-eacute;ro-et-cheveux-naturels-166-cm-x-94-cm<br->
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-nbsp;-Courtesy-Caroline-Escaich

Caroline-Escaich-<em>-J-rsquo;embrasse-le-monde<-em>-2006-Sculpture-structure-m-eacute;tallique-enduit-glyc-eacute;ro-et-cheveux-naturels-100-cm-x-65-cm-x-35-cm<br->
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-nbsp;-Courtesy-Caroline-Escaich

  
Par Brigitte Camus

En catalan, «escaich» signifie «la pierre qui cache» ; chez Caroline Escaich, le trait qui est au cœur de son œuvre et de son désir d’art, nomme, façonne et révèle ce que la notion de lien a de plus antinomique.
En traitant du corps, de son apparence et de son enveloppe dans une série de dessins, sculptures et installations sous le titre «J’embrasse le monde»,
aroline Escaich embrase notre œil. Elle façonne avec son trait des formes volontairement non définies, des troncs aux membres escamotés et dont on ne perçoit pas toujours s’ils relèvent du féminin ou du masculin.

Rien n’est clairement cerné. Les organes  peuvent être aussi bien un cerveau,  des reins ou des poumons. Pour Caroline Escaich, le trait tisse ce lien qu’elle élabore entre des concepts paradoxaux. A partir de ce trait épuré et fragile, ou foisonnant et bouillonnant, qui mord ou effleure la feuille-souvent du très beau papier — avec une sensualité jamais assouvie, exaltée par le crayon, le fusain ou le pastel à l’écu, magnifiée par l’économie de moyens. Caroline Escaich signifie sa relation à l’espace et au volume. Ses dessins  semblent suspendus à un fil, donnant parfois l’illusion du volume en déliant les pleins et les vides et en dévoilant l’intérieur et l’ailleurs figurés par une composition qui déborde du cadre de la feuille ou de la toile.

On comprend donc qu’à partir de cette démarche, Caroline Escaich se dirige vers la sculpture et l’installation. Mais, et c’est un «trait» commun à de nombreux jeunes artistes de sa génération, la sculpture, l’installation (la vidéo pour d’autres) sont des éléments constitutifs d’une démarche qui a pour point de départ le dessin pour tenter de nourrir à défaut de l’expliciter la réflexion sur la relation entre concept, image et esthétisme en réfutant le dogme du médium.

Toison, touffe, le poil foisonnant alter-ego du trait, est omniprésent ; il envahit l’espace , ou au contraire le déserte. « L’espace, la dualité plein-vide sont au centre de mes préoccupations. Le blanc du papier, de la toile, c’est en soi l’espace » explique l’artiste. 
On pourrait presque paraphraser, après la lecture des titres sibyllins de ses oeuvres (My Sweat Heart, Relation I, Ensemble, Me and You), prolonger et mettre ces paroles dans la bouche de l’artiste : «Trop de désirs ambivalents nous tiraillent, je m’intéresse à cet élan vital, à cet équilibre chaotique… le trait traduit au plus juste cette force, cet élan».
Alors, elle élude : elle dessine des mains poilues de primate qui tiennent délicatement, une goutte rouge (un bijou ?), ou esquisse des mains de femme fragiles (les siennes ?) qui jouent avec un fil, avec en guise de pendule, un cerceau irrigué de traits au crayon.
La main, c’est celle du créateur, c’est aussi celle qui caresse le poil, dans le sens du poil, à l’endroit ou à l’envers. Là où l’on attend de la douceur, avec ses visages qui empruntent à la peinture primitive flamande et italienne et empreints de douleur intérieure, Caroline Escaich installe un casque inquiétant pour coiffer ses créatures très «Fra Angelico». Et elle nous fait basculer subtilement dans l’étrangeté en nous confrontant dans un même geste à la préciosité du féminin et à l’archétypal animal s’affrontant dans l’arène de l’espace pictural.

Ce poil sublimé, l’artiste est allé le chercher au plus près de la nature : les cheveux qu’elle utilise dans son installation avec perles et ses sculptures (J’embrasse le monde), sont naturels, longs et incroyablement soyeux. Ils génèrent chez le spectateur un trouble.
L’animalité (mains poilues) et la préciosité (les perles, la finesse de certains traits), l’organique et l’éphémère, tout concourt à mettre en scène ce qui peut constituer intrinsèquement notre sexualité. Eros et Thanatos s’affrontent-ils ? les dessins de Caroline Escaich posent inlassablement la question. Ses mains qui sont à la fois troncs et membres du corps tricotent, en une interminable frise, le fil de la vie : pour l’artiste,  «le cheveu, cette  matière vivante qui comme les ongles, continue à pousser quelque temps après la mort, est le témoin d’une vitalité, d’une énergie incontrôlable, notion du malgré soi».

Et le combat de l’être enchâssé dans l’ambivalence, autre «dernier malgré soi», se fracasse aux portes du néant lorsque  le dernier souffle de la vie a «rendu l’âme». Cette dimension est également omniprésente dans les sculptures/objets  de l’artiste tel ce Pied-beau qui fait un pied de nez aux mots et à la mort.

Le trait  dans le dessin évacue à

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