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INTERVIEW
Taysir Batniji



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Taysir-Batniji-<i>Gaza-journal-intime<-i>-2001-video-5-minutes-©-Taysir-Batniji

Taysir-Batniji-<i>Sans-titre<-i>-1997-Empreintes-de-clefs-sur-toiles-roulees-20-elements-de-30-cm-de-longueur-chacun-©-Taysir-Batniji

Taysir-Batniji-<i>Sans-titre<-i>-Paris-2002-Installation-projection-d-146;un-diaporama-de-58-photographies-prises-dans-Gaza-et-100-photographies-sur-bande-adhesive-noire-et-papier-noir-mate-Pas-de-dimensions-specifiees-©-Taysir-Batniji

Taysir-Batniji-<i>Voyage-impossible<-i>-Berlin-2002-Sable-et-projection-video-1-tonne-de-sable-©-Taysir-Batniji

Taysir-Batniji-<i>Inflammable<-i>-1997-pochoirs-sur-toiles-roulees-Pas-de-dimensions-specifiees-©-Taysir-Batniji

  
projet spécifique?
Non, ou très peu de fois. Maintenant que j’ai plus de projets, je n’en ai plus envie. Mais, les démarches administratives ne me conviennent pas. Pour les deux précédentes résidences, ce sont les responsables qui m’ont directement sollicité. Je n’aurais peut être jamais postulé de moi-même.

Souvent on te présente comme photographe ou vidéaste, mais ce que l’on sait moins c’est que tu es peintre de formation. Quel moment de ta vie se rattache à la peinture?
Qu’est-ce qui a été le déclencheur du changement?

Depuis douze ans, je ne possède plus réellement d’atelier, car je me déplace en permanence. Les seuls médiums avec lesquels je peux travailler sont donc la photographie et la vidéo. Entre temps, j’ai aussi réalisé des installations, des performances (Voyage impossible, Galerie K&S, Berlin, 2002). Je trouvais que ces médiums correspondaient bien à ma situation. Toutefois cela me gêne d’être appelé photographe ou vidéaste, car je ne peux prétendre être l’un ou l’autre. Plasticien, est le terme qui conviendrait le mieux: il regroupe tout et me permet d’être libre. Je peux voyager entre les disciplines et les médiums, quand je veux, selon les idées que j’ai.
En Palestine, dans le département des Beaux-Arts à Naplouse, où j’ai eu ma première formation, la conception de l’art et de l’artiste se réduisait à la peinture et la sculpture académiques: un artiste doit travailler de ses mains. La photographie était quelque chose de tout à fait étranger et représentait surtout, avec la vidéo, un moyen de documentation. Initialement, ma formation de peintre reposait sur un apprentissage occidental : on apprenait à dessiner une nature morte, un paysage, un portrait, mais pas le nu qui était interdit. Dans un certain sens, cela m’a aidé et servi par la suite. Mais à l’époque, j’ai été bloqué et, de fait, mon ouverture à l’univers de la création artistique a été plus tardive. A contrario du peu d’informations auquel nous avions accès, j’ai commencé à me libérer de la contrainte académique par tous les moyens. En peinture, j’expérimentais beaucoup sur la matière et la forme. J’ai ainsi toujours gardé cette envie de chercher à m’exprimer autrement, de trouver un langage qui m’est propre et de pouvoir me situer.

La situation que tu décris perdure-t-elle aujourd’hui?
A l’époque, une poignée d’artistes sortait déjà des normes, mais leur nombre était très restreint. Aujourd’hui, la situation a changé avec les jeunes générations d’artistes, même s’ils rencontrent toujours les mêmes difficultés, car les conditions d’existence sont les mêmes qu’il y a vingt ans. Cependant, certains accèdent à des programmes de résidences ou sont invités pour des expositions, par le simple fait que l’on s’intéresse plus "artistiquement" à la Palestine. Parmi les professionnels arabes ou occidentaux de l’art, certains aident les artistes à sortir du territoire ou leurs apportent des ouvrages pour qu’ils puissent mieux connaître l’environnement artistique et culturel à plusieurs échelles. C’est un acte presque de résistance que de s’ouvrir!

Si je te dis Suleiman Mansour, Tayseer Barakat, Nabil Anani. Qu’est-ce que ces noms d’artistes palestiniens t’évoquent?
Ils appartiennent un peu la "vieille" génération. Ils représentent une période de l’histoire de l’art palestinien, ou plutôt d’un mouvement artistique. L’histoire a voulu que l’art en Palestine soit intimement lié à la politique et que l’engagement des artistes soit, parfois, partagé entre politique et artistique. À l’époque, on ne citait pas un artiste sans citer son appartenance politique ou idéologique. Eux, et d’autres, sont représentants de cette époque. Dans le même temps, ils ont eu un rôle important pour faire connaître la question palestinienne. Ils ont aussi gagné une certaine popularité au sein de la population palestinienne et à l’étranger. Par contre, ils ont crée une série de clichés et des motifs que les générations d’après ont eu du mal à gommer. Cela est devenu récurrent dans le travail des artistes et peu novateur.

Est-ce que tu veux dire que la seconde génération d’artistes tente d’échapper à cette condition?
Elle essaye de refuser les clichés. Auparavant il existait une certaine reproduction entre l’offre et la demande qui était toujours la même. On attendait une image de l’artiste et celui-ci l’exécutait, mais il y a eu un ras-le-bol aussi bien du côté des artistes que de la population elle-même. Parce qu’au final la Palestine, ce n’est pas seulement conflit, sang et fils barbelés !

Quand a eu lieu ce "ras-le-bol"?
Je pense que cela date de la première Intifada. Car à l’époque nous pouvions assister à un fort bouillonnement littéraire. De nombreux poètes, écrivains et comédiens ont alors émergés. Des délégations, non exclusivement composées de politiciens, se rendaient souvent en Palestine, car ils souhaitaient prendre contact avec les Palestiniens et comprendre leur situation. La vision en Europe de la Palestine était celle de groupes terroristes et non d’un peuple et de son histoire. Puis l’attention s’est progressivement portée sur les artistes. L’Intifada a réveillé un espoir très présent à travers ce mouvement de révolte. Le sentiment que nous étions en train de tout changer nous traversait. Alors qu’un grand découragement gagnait la population suite aux accords d’Oslo, moment où la paix était proche, les événements successifs ont encouragé ce désespoir tout en nous éloignant de cette paix.

Tu te situes donc dans cette seconde génération d’artistes. Est-ce qu’en tant qu’artiste palestinien tu ressens une forme de catégorisation nationaliste lorsque l’on fait appel à toi? Par exemple lors de l’atelier de Joal-Fadiouth?
Au début je pense qu’il y a toujours la volonté de colorer le groupe, une sorte de variation pour créer un melting-pot…

Avec un côté exotique?
Il y a eu un peu

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