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INTERVIEW
Emmanuel Perrotin



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Mariko-Mori-<i>Connected-World<-i>-2003-Video-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris-©-paris-artcom

Guy-Limone-<i>Je-compte-sur-vous<-I>-2002-2003-Installation-Ligne-de-2146-figurines-jaunes-Long-11-m-;-ligne-de-figurines-roses-long-evolutive-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris-©-paris-artcom

Bernard-Frize-<i>Usine<-i>-2005-Acrylique-et-resine-sur-toile-150-x-150-cm-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

Patrick-Tosani-<i>Regard-II<-i>-2001-Photo-couleur-C-print-bois-123-x-154-cm-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

Tony-Matelli-Fucked-2005-Polyester-mousse-peinture-55-x-21-x-20-cm-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

Giuseppe-Gabellone-<i>I-Giapponesi<-i>-2003-Mousse-de-polyurethane-rigide-235-x-100-x-62-cm-Courtesy-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

  
Mais à l’origine, il aurait été plus simple de vendre seulement deux pièces uniques, cela m’aurait rapporté beaucoup plus d’argent. Cette idée de proposer, à un moindre coût, une œuvre était généreuse, mais elle a été mal comprise par certains, c’est dommage. La mentalité française voudrait que l’on fasse profil bas. Je ne suis pas du tout d’accord avec ce type d’attitude. Cette vente de prints était l’occasion de montrer à tous les professionnels et à tous les médias qu’il existait en F
ance des acheteurs et des collectionneurs. En vendant des grosses pièces et des éditions limitées sur papier, la démonstration était faite qu’il se passait des choses dans l’Hexagone et qu’il y avait véritablement un marché capable de générer des revenus. Au sein de la sinistrose ambiante, il y avait la place de faire des choses...

Pour vous, les professionnels, le succès public de la Fiac n’est pas forcément facile à gérer.
C’est très bien que se mélangent les badauds et les acheteurs. Mais quand les premiers commencent à remplacer ceux qui nous font vivre, cela devient complètement absurde. Avec 110 000 visiteurs, ce n’était plus possible. Il y avait tellement de monde que les œuvres étaient en danger. Il fallait se battre tout le temps pour les sauvegarder, les protéger. Énormément de pièces ont été endommagées à cause de cette trop grande fréquentation. Nos galeries sont ouvertes et gratuites toute l’année, elles restent quasiment vides la plupart du temps. J’engage les visiteurs à venir nous découvrir sur toute une saison. La Fiac est, par définition, une foire, et nous sommes là pour vendre. Il faut pour cela trouver un équilibre entre les visiteurs et les acheteurs. Au-delà de cette dichotomie, ce phénomène nous amène à savoir pour qui nous travaillons, est-ce pour une poignée d’élus ou pour un public plus large ? Mes artistes sont eux-mêmes partagés: il y a ceux qui se dirigent vers les connaisseurs et les autres qui veulent être visibles au plus grand nombre, et ne pas rester en dehors de la société.

Murakami — en collaborant avec Louis Vuitton — est emblématique de cette volonté de rapprocher l’art et la vie. Beaucoup de gens hermétiques à l’art contemporain ne sont pas conscients qu’ils tiennent sous leur bras un sac signé par un artiste mondialement célèbre.
Takeshi parvient à faire le lien avec le grand public en effet, mais c’est au prix d’un travail de titan qui est à mille lieues de la facilité qu’on lui prête.

Frize est le seul artiste français présent à Venise cette année, c’est une réussite pour la galerie ?
Bernard Frize est présent à la Biennale de Venise, mais il n’aurait jamais été choisi pour être dans le pavillon français car il est chez moi. Ce qui est dommage, outre mon cas personnel, c’est que dans ce genre de manifestation les galeries ne soient pas plus associées. Il y aurait des synergies formidables à créer. Les artistes et la scène française seraient gagnants à l’arrivée. C’est dommage. J’aimerais beaucoup plus travailler avec les institutions publiques. Les ventes pour l’état sont réduites à une portion congrue de mon chiffre d’affaires: cette année j’ai réalisé seulement cinq ventes pour l’institution.

C’est bizarre, j’avais l’impression que tu avais des contacts étroits avec Beaubourg, le Musée d’Art Moderne et la Fondation Cartier ?
J’ai commencé à travailler avec Jean-Michel Othoniel juste avant qu’il ne soit exposé chez Cartier, mais l’expo avait été programmée depuis longtemps. Par contre pour Takeshi Murakami, nous avons assisté à un moment de grâce. Il avait été approché pour être commissaire d’exposition et au final, il a monté une exposition de groupe, Coloriage, et a présenté une exposition personnelle intitulée Kawaii ! Vacances d’été. Cette opportunité a été une très belle expérience. Pour la rétrospective de Sophie Calle à Beaubourg, je ne peux pas avoir la prétention de dire que j’y suis pour quelque chose, j’ai juste été à l’initiative de la rencontre. A aucun moment, je ne peux me flatter ou m’approprier cette exposition. Elle a existé uniquement parce que Sophie Calle est l’une des plus grandes artistes françaises, c’est tout. C’est la même chose pour l’exposition de Bernard Frize au Musée d’art moderne, je n’y suis malheureusement pour rien, car il a été contacté directement.

Bizarrement, les choses se goupillent bien entre ces expositions institutionnelles et les vernissages à la galerie ?
Quand ce genre d’événement arrive, il est évident que je convaincs les artistes d’attendre un peu. Je leur explique qu’il est préférable d’avoir les deux expos en même temps, cela provoque une synergie incroyable. Parfois, je ne suis pas entendu ; par exemple, je ne suis pas parvenu à convaincre Xavier Veilhan d’attendre un peu lorsqu’il a été présenté à Beaubourg.

Malgré les succès tu sembles être encore le vilain petit canard de l’art contemporain.
Les choses changent doucement, mais j’espère très prochainement prouver que je ne suis pas le jeune homme arrogant que l’on décrit. J’espère pouvoir m’imposer comme quelqu’un avec qui il faut compter, avec qui il faut travailler. J’espère prouver ça au monde médiatique et institutionnel. J’aimerais pouvoir travailler beaucoup plus avec les institutions. Pour l’instant, mes artistes sont invités, mais encore une fois je n’y suis pour rien. J’aimerais que cela change. J’aimerais initier des projets, proposer des partenariats, des rencontres. Jennifer Flay jouait ce rôle moteur il y a encore peu de temps. Internationalement, ce type de démarche serait porteuse. Pour l’instant, je ne vois que Chantal Croussel qui soit parvenue à travailler d’une manière satisfaisante avec les institutions.

Tu débauches les artistes pour qu’ils viennent chez toi ?
Non, pas du tout. Sophie Calle était depuis longtemps sur le marché avant qu’elle ne vienne, Jean-Michel Othoniel

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