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INTERVIEW
Bruno Peinado, Perpetuum mobile



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Bruno-Peinado-<i>Influenza<-I>-2003-Skateboard-en-ceramique-©-Bruno-Peinado-courtesy-galerie-Loevenbruck

Bruno-Peinado-<i>Sans-titre-Still-life<-i>-2004-Antennes-paraboliques-hauts-parleurs-antennes-structure-echafaudage-peinture-©-Bruno-Peinado-courtesy-galerie-Loevenbruck

Bruno-Peinado-<i>Sans-titre-Born-to-be-Mild<-i>-2003-Neon-miroirs-a-facettes-et-betonniere-©-Bruno-Peinado-courtesy-galerie-Loevenbruck

Bruno-Peinado-<i>Sans-titre-Anti-pure-03<-i>-2003-Plantes-tropicales-peigne-afro-batterie-©-Bruno-Peinado-courtesy-galerie-Loevenbruck

Bruno-Peinado-<i>Sans-titre-Anti-Pure-02<-i>-2003-Combi-Volkswagen-miroirs-a-facettes-stroboscopes-neons-©-Bruno-Peinado-courtesy-galerie-Loevenbruck

  
tiennent le coup et si elles sont justes. La notion de pureté m’intéressait depuis très longtemps, car pour moi c’est une notion très violente. La pureté est généralement associée aux idées d’innocence et de blancheur, et ce sont des mythes qui sont et ont toujours été vivaces partout, même en Afrique noire, où plus une femme est blanche de peau et a les cheveux raides, plus elle est jolie.
Je veux mettre à bas ce mythe terrifiant en montrant qu’on est dans un monde fondé sur une logique d’
change, et ce depuis le début, les sociétés les plus florissantes ayant toujours été les sociétés carrefours. Si toute la richesse vient des mélanges, la notion de pureté devient alors complètement dérisoire et inappropriée.
Plusieurs séries de pièces s’appellent donc Anti-pure et jouent sur la notion de blancheur, d’innocence, de pureté. L’une d’elle représente une espèce de radeau à la dérive sur lequel sont plantés des cristaux (ou des obélisques) en polystyrène, qui renvoient donc très bien la lumière, et sont éclairés par intermittence par trois gros stroboscopes. Cette blancheur, évoquant logiquement quelque chose de doux, de subtile — contrairement au noir qui rappelle le triste, le sale, le malin —, devient ici très violente par le biais de ce matraquage binaire. Le blanc finit par faire très mal au yeux, et le regard se pose ensuite sur un petit néon écrivant "anti" à l’envers, toujours dans ce positionnement binaire, d’être pour ou contre quelque chose. Cette confrontation représente la rébellion, adolescente par exemple, et devient pourtant le seul endroit où peut s’accrocher le regard sans être agressé.

Dans l’approche en termes de créolisation, il y a une absence de hiérarchie entre les différents éléments auxquels vous empruntez. Que pensez-vous de la notion de "société" ou de "culture du zapping" ?
Je ne suis pas du tout dans une écriture du monde qui passerait par la morale. Ce qui m’intéresse c’est de regarder le monde et d’essayer de le comprendre de le percevoir. La société du zapping nous entoure et laissera sans doute une trace dans l’humanité. Mais la profusion et la multiplicité sont toujours des choses qui attirent et quand quelqu’un lit quatre livres en même temps, c’est finalement assez sain.
On a peur que l’attention passe, mais cette accélération de l’attention tend à exister depuis toujours.
Ce phénomène du zapping a paradoxalement été médiatisé à travers des évènements très longs, les "Nuits du zapping" où les gens viennent voir des trucs qui passent très très vite pendant très très longtemps ! L’attention est toujours là, mais la notion de temps s’est déplacée.
Cela peut être très intéressant de passer d’une chose à une autre et c’est à chaque acteur de la rapidité d’être vigilant de ne pas se perdre, de "faire pause" à un moment. Il n’y a pas de formule, tout est possible.

L’exposition est justement construite sur une apparente légèreté et sur cette notion de temps de pause…
Cela va être un peu le même esprit de la pièce Les Ambassadeurs qui consistait en de la marqueterie, donc une matière qui convoque l’idée de préciosité, mais que j’avais fabriquée à partir de bois de chantier. De même, on a dans l’exposition un mélange entre des choses précieuses et d’autres plus massives, avec sans cesse un aller-retour entre l’éphémère et le durable, le solide.
C’est aussi un peu à l’image de la bétonnière couverte de miroir à facettes, et ce, pour aller toujours contre les évidences, et non seulement dans l’alliance des contraires.
L’exposition se nomme "Perpetuum mobile ", donc perpétuel mouvement, mais reste presque tout le temps en arrêt, dans un état de pause. Elle fonctionne, c’est vrai, comme une espèce de zapping figé, un arrêt dans le temps à la Matrix... Les pièces sont ainsi activées de manière symbolique, à chaque fois qu’un courant d’air, au sens propre, balaie le Palais de Tokyo grâce à d’énormes ventilateurs. Quand le vent se met à souffler, certaines pièces commencent à se réveiller, à tourner, à s’illuminer.

Ce qui correspond un peu à l’air du temps, puisque de plus en plus d’œuvres et de démarches d’artistes contemporains sont vivantes et vont vers le spectateur.
Justement, je tenais aussi à contredire l’idée selon laquelle désormais dans les musées tout est actif, on peut toucher à tout, tout est ouvert et prêt à recevoir. Je veux montrer que non, tout n’est pas disponible au premier abord et en permanence.
Même si je travaille beaucoup sur l’évidence de la couche, de la poudre à la surface, qui doit exprimer autant de choses que le fond, il faut rappeler qu’une œuvre d’art n’est pas perceptible immédiatement et que certaines choses se construisent progressivement dans la durée. Il faut tourner autour des choses, creuser un peu.
Il s’agit donc d’un jeu sur l’évidence trompeuse de la surface, à un moment où l’art devient de plus en plus spectaculaire et donc présent dans les magazines et les médias en général.
Une démarche est donc nécessaire de la part du spectateur pour appréhender des pièces, qui ne sont pas tout le temps actives, au sens propre, mais aussi au sens de "parlantes", et pour saisir ce langage.

Finalement, le spectateur n’est donc pas que l’eau plus ou moins chaude dans la tasse ?
C’est justement une tasse d’eau plus ou moins chaude, il y a toujours quelque chose qui passe, mais il faut jouer avec ce travail que le spectateur doit faire, qui n’est pas tout le temps dans le ludique et dans l’amusement. Dans cette espèce d’art faussement participatif, ce n’est pas parce qu’on appuie sur un bouton qu’on participe à une œuvre. J’essaie de rappeler qu’il s’agit presque d’un engagement politique dans une cité, autant intellectuel que physique et de rejouer avec cette croyance qui fonctionne comme un leitmotiv que tout est donné et que "si je comprends pas ça en deux secondes, alors c’est nul…" et vice versa. Quand

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