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INTERVIEW
Space Invader (Art urbain)

Space Invader a envahi Paris avec ses petites mosaïques. En général stratège, il a transformé les murs de nos cités en véritable écran vidéo; en bon tacticien-cartographe, il a transformé ses champs de bataille en cadastre. Ses pixels en mosaïque font le lien entre l’Antiquité et notre monde virtuel.


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Space-Invader-<i>12-premieres-cartes-d-146;invasion<-i>-1999-2004-Cartes-impressions-off-set-Dimensions-variables-©-Space-Invader

Space-Invader-detail-de-l-exposition-Game-not-Over-a-la-galerie-Magda-Danysz-2003-©-Space-Invader

Space-Invader-<i>Invader-at-Work<-i>-(Manchester)-2004-©-Space-Invader

Space-Invader-<i>Space-Invaders<-i>-(Paris)-2003-Extrait-du-livre-<i>L-146;Invasion-de-Paris<-i>-©-Space-Invader

Space-Invader-<i>Carte-d-146;invasion-12<-i>-(Los-Angeles)-2003-Carte-impression-off-set-72-x-42-cm-©-Space-Invader

Space-Invader-<i>Night-Driver<-i>-2003-Mosaique-et-matiere-reflechissante-160-x-120-cm-©-Space-Invader

  
Interview
Par Pierre-Évariste Douaire

paris-art.com ouvre ses colonnes à une longue série d’interviews consacrée aux artistes urbains. La succession des portraits permettra de découvrir les visages et les pratiques de ces artistes qui transforment la ville en galerie à ciel ouvert.

Space Invader propose un art urbain calqué sur celui des traités militaires. Soldat solitaire d’une armée dont il est l’unique fantassin, c’est en franc-tireur qu’il intervient dans nos villes. S
n art de la guerre s’apparente à de la guérilla urbaine. Ses attaques sont pourtant pacifistes, elles se résument à coller des mosaïques sur les murs de nos cités. Les Space Invaders sont les aliens des premières consoles de jeux vidéo que l’on peut croiser un peu partout dans nos promenades.
Les grands boulevards de Paris ou les artères de Los Angeles deviennent alors les circuits imprimés d’un jeu de rôle qui prend des dimensions planétaires. L’invasion est un mode d’action artistique autant qu’un mode de vie. Après la publication de cartes d’état major, Invasion de Paris est le premier livre édité par Space Invader, il revient sur ses premières invasions de la capitale.

Pierre-Évariste Douaire. Tu as commencé ton invasion de Paris avec des mosaïques en 1998, six ans plus tard cela donne ton livre Invasion de Paris, ta mission est accomplie ?
Space Invader. Non, ce livre serait plutôt un compte rendu de l’invasion parisienne. Il est sous-titré « La Genèse » et chronique les 500 premiers Space Invaders réalisés dans la capitale. Il apporte également pour la première fois une vision globale du projet. Un Space Invader que l’on croise n’est pas une simple mosaïque placée là mais l’élément d’un réseau.

Comment s’est passée la publication de ce livre, tu es allé jusqu’en Thaïlande pour le faire imprimer, est-ce que ça a été une aventure ?
Non pas en Thaïlande mais au Bangladesh, je crois qu’il s’agit du premier livre qui a été imprimé là-bas (sur des machines allemandes des années 1960 !). Ça a été une vraie croisade en effet, mais je suis satisfait du résultat. Il s’agit d’un pur livre d’artiste, dans le sens où je l’ai réalisé de A à Z, ça se ressent car il est très brut. En fait il s’agit du premier titre d’une collection, le suivant porte sur l’invasion de Los Angeles. L’idée est de détourner les guides traditionnels, chaque titre racontant l’invasion d’une ville. Ils présentent des archives jusque-là tenues secrètes...

Les Space Invaders ont été créés en 1978 au Japon, ce sont des petits aliens, des étrangers qu’il faut combattre, ils apparaissent dans la fin de la guerre froide traversée par la peur du danger nucléaire. Comment intègres-tu cette dimension dans ton travail aujourd’hui ? Es-tu en guerre ?
Non je ne suis pas en guerre. Je suis dans une logique épidémique planétaire. Ces « petits aliens » ont été créés pendant la guerre froide c’est vrai mais aussi avec les premiers ordinateurs, j’aime cette rudimentarité technologique. Cela fait ressortir l’élément fondateur de toute image numérique : le pixel.

D’autres artistes ont pris la ville comme champs de bataille, je pense aux pochoirs de petits soldats de The Art of Urban Warfare, sont-ils dans ta lignée ou dans ta ligne de mire ?
Ces petits soldats sont apparus il n’y a pas si longtemps. J’aime l’idée que mon projet puisse être une source d’inspiration pour de futures générations. Debord disait « les arts du futur seront des bouleversements de situations ». Cela fait déjà longtemps que je songe à amener ce projet vers une dimension collective, je vous en reparlerai au moment venu ...

Ton invasion est ludique, mais c’est aussi une violation de territoire ?
Oui il y a cette idée, mais je la qualifierais plutôt d’infiltration de territoire. C’est aussi un coté ambigu que je cultive. Les Space Invaders sont marginaux et ludiques, ils prolifèrent de manière pacifiste.

Tu aimes te définir comme un « envahisseur d’espace », ton appropriation peut être physique, topographique, géographique, cartographique, médiatique, je trouve que tu es à la croisée entre l’art contemporain et la scène graffiti, ce sont deux modèles que tu revendiques ? Quels sont tes rapports avec ces deux courants ?
Ma vie est étroitement liée à l’art, je ne la conçois pas autrement et c’est ce qui m’a mené aux Space Invaders. Les Space Invaders m’ont ensuite amené à découvrir la scène et la culture graffiti. Il y a des choses très intéressantes dans cette culture. J’aime l’idée d’engagement total que suppose le graffiti, c’est quelque chose de très intense que je ressens également à mon niveau, c’est une mission que l’on vit de manière solitaire et totale. Ce projet demandait un investissement total et je lui ai donné, je lui donne toujours car il n’est pas arrivé à son terme.

Les artistes du Land Art et les artistes conceptuels sont très importants pour moi, car ils décontextualisent et dématérialisent l’œuvre d’art, es-tu dans ce prolongement avec tes mosaïques ?
Oui bien sûr, je m’inscris dans une continuité et ces deux mouvements sont importants. En même temps je ne m’en suis pas directement inspirés. Bizarrement les Land artistes ont peu travaillé en milieu urbain (à quelques exceptions près comme Gordon Matta Clarck ou Christo).

Dan Graham, Yves Klein, Daniel Buren, Fred Forest, ont utilisé le journal comme matériau et comme support, est-ce que ton invasion passe par l’édition ?
L’édition m’intéresse autant comme support potentiel d’invasion que comme médium. J’aime les artistes qui ont édité leurs propres livres ou qui y ont apporté un soin particulier. Tu aurais d’ailleurs pu citer Warhol, Sophie Calle, Claude Closky ou Damien Hirst également !

Si on change le terme belliqueux « invasion », par le terme médical d’épidémie, on passe du virus informatique au V.I.H.,

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