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INTERVIEW
Loris Gréaud
Loris Gréaud
25 mai 2005
Agé de 26 ans, Loris Gréaud est un artiste de l’expérimentation. Il sait s’entourer de personnes compétentes — scientifiques, ingénieurs, universitaires, artistes, etc. — pour parvenir à une œuvre en forme de laboratoire. Très récemment, il a reçu le Prix Ricard S.A. 2005.


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Samantha Longhi. Tu es loin d’être un artiste autodidacte. Quelle est ta formation?
Loris Gréaud. J’ai commencé dans un atelier de cinéma expérimental en regardant les films de Stan Brackage et un certain nombre de flicker films. En même temps, j’étudiais la flûte traversière au conservatoire, je découvrais alors Stockhausen, Steve Reich, John Cage. J’ai mont&eacut; un atelier de désapprentissage musical et ça a été la fin de mes études de musique classique. De là, j’ai créé un label de musique électronique qui nous a permis en moins de trois ans de faire construire un studio professionnel de post-production, «Sibilance Production», qui continue de fonctionner aujourd’hui avec un manager et mes deux associés Géry Montet et Max Breham. Cela m’a permis de produire mes premières pièces.
Pendant trois ans, j’ai suivi les cours de l’École de dessin technique et artistique. J’en suis sorti pour rentrer aux beaux-arts de Cergy pour cinq ans.

Tu as donc commencé à produire tes œuvres avec tes seuls financements?
Tout à fait. Produire une économie pour rendre les choses possibles m’a toujours préoccupé. J’étais l’élève de Catherine Strasser et nous évoquions souvent ensemble l’économie d’un travail, ou l’économie comme sujet et formulation plastique. J’aime l’idée d’une «sociologie spontanée» en regard d’artistes comme Fabrice Hyber, François Morellet ou encore Dubuffet.

Quelle est ta conception de l’exposition idéale?
Sans aucun cynisme, les plus belles expositions que j’ai visitées sont celles que l’on m’a racontées. L’exposition idéale est assurément celle qui se réalise et s’assemble au-delà de l’espace physique.
En tant que «conception», là où les choses sont belles, le moment central est, pour moi, celui du chantier de travail. Je ne parle jamais de collaborations, mais d’espaces de dialogues; l’image ou la forme passe toujours par une discussion spécifique. C’est sûrement plus important que l’aboutissement.

Peux-tu préciser les rapports que ton travail entretient avec la technologie et l’expérimental?
Je suis convaincu que le médium suit. Je mets en place des machineries empiriques où les choses se transforment, se distordent, se déplacent… L’origine et la production ne sont pas, chez moi, faites pour coïncider.
J’espère faire des choses qui résistent à des explications trop directes.
Je n’entretiens pas vraiment de rapports avec la technologie; j’ai de plus en plus confiance en cette utopie de travail, cette idée de discussion comme espace ouvert.

Peux-tu présenter le projet «Offshore» de Jean-Max Colard à l’Espace Paul Ricard? En quoi a consisté ton œuvre, Tremors Were Forever, qui t’a valu le prix Paul Ricard?
Ce fut une très bonne expérience. Jean-Max Colard connaît bien la manière dont je fonctionne et travaille. Il a vraiment pris le temps de jouer le jeu dialogique. Son idée consistait à s’abstraire de l’espace et à créer un terrain d’exposition. Il m’a parlé de ses sources, et cela m’a vivement intéressé. Nous avons pris le temps de discuter de la terraformation alors que j’étais en plein dans mes recherches autour du Big Bang.
En 1978, Arno Penzias et Robert Wilson, ont remporté le prix Nobel en enregistrant le son de la création de notre univers. Dans l’espace, tous les sons sont résiduels. Le Big Bang a été démontré par cette découverte. L’explosion a été tellement importante que le son du Big Bang continue de se diffuser dans l’espace. Les deux scientifiques ont donc créé une antenne et ont réussi à capter la fréquence résiduelle de cette explosion qui est une basse fréquence de 50 Hz. Et cela, évidemment, m’intéresse vivement: c’est l’idée qu’une explosion a produit notre univers et qu’on en sentirait encore sur notre planète les secousses, ce qui est une image impossible.
Donc, je me suis engagé avec Jean-Max sur ce projet : jouer avec l’échelle de cet îlot et l’espace du lieu, faire vibrer l’Espace Paul Ricard à l’aide de plusieurs plugs branchés dans le mur et dans le sol ainsi que sur la maquette. Paradoxalement, c’est une menace pour l’exposition.

Quels sont tes projets à venir?
Je participe à l’exposition collective présentée en ce moment à l’Espace Electra. J’y ai caché une œuvre. Il s’agit d’une drogue, plus précisément d’une goutte de LSD déposée sur un dessin original de William Burroughs représentant un petit smiley à lunettes. Cet acide est conservé dans un cadre frigorifique, je vous invite à venir le rechercher dans

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