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INTERVIEW
Ernest Pignon-Ernest
Ernest Pignon-Ernest
01 mai 2008
Ernest Pignon Ernest parle des incompréhensions que suscite son travail. «Aimé pour de mauvaises raisons», mis au banc des champions de l’art contemporain à cause de ses qualités de dessinateur, il est un de nos grands artistes français. Depuis 40 ans, il colle ses affiches, sur les murs blessés, afin d’en récupérer la mémoire vacillante. 


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Ernest-Pignon-Ernest-<em>-Maurice-Audin<-em>-Alger-2003-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

Ernest-Pignon-Ernest-<em>Neruda<-em>-Chili-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

Ernest-Pignon-Ernest-<em>Commune<-em>-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

Ernest-Pignon-Ernest-<em>Commune<-em>-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

Ernest-Pignon-Ernest-<em>Naples<-em>-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

Ernest-Pignon-Ernest-<em>Rimbaud<-em>-Dessin-©-Ernest-Pignon-Ernest

  
Votre travail en extérieur est né de votre refus du nucléaire.
Ernest Pignon-Ernest. En 1966, j’ai essayé de répondre par le dessin à l’installation de la force de frappe nucléaire française, sur le plateau d’Albion. Installé depuis peu dans le Vaucluse, j’ai cherché un moyen de contrer cette violence, enterrée sous les champs de lavande. Toutes ces têtes nucl&eacut

Le créateur :
  • Ernest Pignon-Ernest


    L'interview :
  • Ernest Pignon-Ernest


    Autre expo liée aux artistes :
  • Extases


  • ;aires étaient des Hiroshima potentiels.
    Mes croquis passaient à côté de cette terrifiante menace. Ils étaient trop éloignés de la réalité. Seuls les lieux pouvaient exprimer ce que je ressentais. Un parcours de pochoirs a vu le jour. Le modèle de la matrice était une photographie de la tragédie. Sur le cliché, il ne restait que la silhouette d’une personne et celle d’une échelle sur un mur. Brûlé par l’explosion, l’homme avait été soufflé avec le reste de la ville. L’éclair l’avait découpé. Seul son ombre survivait sur le mur, elle le décalquait, le redoublait. Transféré sur pochoir, ce cliché a formé un parcours, à travers les routes et les fermes environnantes et en s’insérant sur quelques rochers.

    Après la Provence, s’est l’histoire de Paris qui a inspiré vos premières affiches.
    Ernest Pignon-Ernest. Ce sont les thèmes qui me guident et non les villes. Les techniques changent en fonction des sujets à traiter. En 1971, j’ai été invité à une exposition traitant de la «Semaine sanglante». L’histoire de la Commune était envisagée à partir de son écrasement.
    L’idée s’est imposée d’elle-même. Là encore, les lieux avaient davantage à donner que les murs d’une galerie. Il fallait trouver le bon langage pour raconter cette révolution qui a toujours porté des espoirs réprimés. Cette dimension était à prendre en compte. La peinture était trop anecdotique pour porter cette double idée. Elle aurait été tout ce que je déteste, c'est-à-dire Réaliste soviétique.
    A l’inverse, les lieux étaient chargés d’un potentiel dramatique et poétique. La difficulté consistait à les transformer en matériaux plastiques.
    J’ai repris ce travail en extérieur, commencé en Provence. Si le pochoir en 1966 était adapté pour le projet, il était trop pauvre plastiquement pour celui-là. Le corps à réaliser devait montrer et dire beaucoup de choses. Sa présence devait l’imposer. Le dessin était du coup, plus complexe, plus expressif.
    Je n’ai pas de réserve vis-à-vis des pochoiristes, mais j’investis tellement dans l’image que cette technique montre très vite ses limites dans ma pratique. Chez moi, elle ne fonctionne pas, elle ne répond pas à mes attentes.
    Je voulais mettre des milliers d’images dans Paris. Un pochoir au Sacré Cœur, au métro Charonne ne pouvait pas fonctionner. Je me suis tourné vers la sérigraphie qui offrait beaucoup plus de liberté. J’aimais sa fragilité, sa fin annoncée. A tout moment une affiche peut se déchirer.

    Vous opérez par couches. Vos affiches s’ajoutent aux strates de mémoire que les murs portent en eux.
    Ernest Pignon-Ernest. Chaque intervention dans la rue prend en compte la réalité physique et l’histoire de l’endroit. L’espace environnant est à prendre en considération. Sa dimension plastique, son potentiel symbolique, historique, archéologique forme un tout. En s’attaquant à un bout de réalité, il faut rendre visible ce qui échappe à l’œil. L’opération doit découvrir les strates de mémoire enfouies sous la pierre. Souvent le sens dans mon travail découle de ce que l’on ne voit pas.

    Le métro Charonne est autant un caveau qu’une pierre tombale.
    Ernest Pignon-Ernest. Quand je colle une affiche au métro Charonne, je fais remonter à la surface le souvenir du drame qui s’est passé dix ans auparavant [huit personnes tuées en 1962, lors d’une manifestation dénonçant les agissements de l’OAS].
    La bouche de métro provoque une cassure avec le trottoir. Les affiches collées sur les marche, accentuent encore plus cette rupture. Le corps s’en trouve modifié, il est littéralement démantibulé. Cette idée se renforçait par le piétinement des usagés. Ils sont obligés d’emprunter cette entrée et de fouler les affiches collées sur le sol. Cette intervention télescope deux événements : la Commune de Paris et la Guerre d’Algérie. Les communards piétinés permettaient de parler de ce qui s’était passé de l’autre côté de la Méditerranée. Convoquer deux événements différents était volontaire à l’époque. Je continue à procéder ainsi en élaborant ce genre

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