ART | EDITOS
Le grand spectacle de l’élection présidentielle au suffrage universel est désormais ouvert pour cent jours. Nous allons assister à la plus grande représentation théâtrale de France, avec ses acteurs-vedettes, ses seconds rôles, ses figurants, ses machinistes. Avec aussi ses thèmes et ses intrigues. Sur cette scène surexposée par les médias et traversée par d’énormes enjeux, les questions brûlantes ne manquent pas, en premier lieu celles qui engagent directement la vie des gens. Les sujets abordés et débattus ne correspondent pas toujours aux problèmes concrets des spectateurs-citoyens et aux besoins du pays, mais plutôt aux intérêts propres des acteurs de la représentation (les candidats). Dans cette pièce à grand spectacle, pleine de connivences et de tactiques, les acteurs se donnent la réplique dans une curieuse langue où les mots désignent des situations concrètes, mais signifient d’autres choses : les conditions de la lutte pour la conquête du pouvoir. Seuls les citoyens-spectateurs attentifs ou exercés comprennent que sous les discours qui parlent explicitement d’eux, tout autre chose se dit et se trame
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L’excellence, la qualité, ou tout simplement la dignité, ne sont pas de nos jours les choses les mieux partagées dans les médias. Particulièrement à la télévision où il est de plus en plus difficile de trouver des émissions dans lesquelles les spectateurs sont respectés en tant qu’individus doués de pensée, de réflexion, ou d’attention esthétique. Dans la presse-papier, les tirages des magazines «people» ont depuis longtemps écrasé ceux des journaux d’information et d’opinion. Là aussi l’émotion tend de plus en plus à se substituer à la réflexion. Il existe heureusement en France une belle tradition de magazines culturels, notamment d’art, attachés à un haut niveau d’exigence. Mais cet héritage doit faire face aux transformations du monde de la presse, de la culture et de l’économie. La culture est de plus en plus soumise aux lois implacables de l’économie, tandis que la presse papier est bousculée, notamment par l’essor des journaux gratuits et la croissance rapide d’internet. Dans ce contexte agité obligeant à réagir vite, à trouver sans cesse de nouvelles solutions pour maintenir le cap et rester fidèle aux orientations prises, des hégémonies vacillent, faute de savoir prendre le nouveau tempo et faire face à la nouvelle situation
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Sans vraisemblablement s’être concertés, le Centre Georges Pompidou et le Ministère de l’économie sont, chacun de leur côté, en train d’introniser l’un des personnages majeurs du millénaire commençant : l’immatériel. Du côté du Centre Georges Pompidou, avec la très belle exposition «Yves Klein. Corps, couleur, immatériel» ; du côté du Ministère de l’économie, avec la publication récente du rapport L’Économie de l’immatériel. La croissance de demain. Cette simultanéité traduit l’actualité de l’immatériel, son caractère de trait caractéristique de l’époque, de facteur bouleversant de toutes les grandes activités sociales. «L’économie a changé, stipule le rapport. En quelques années, une nouvelle composante s’est imposée comme un moteur déterminant de la croissance des économies: l’immatériel». De l’après-guerre à nos jours, on est passé d’une économie matérielle, reposant essentiellement sur les matières premières et les industries manufacturières, à une économie immatérielle, fondée sur la capacité à innover, à créer des concepts et à produire des idées. Au capital matériel a succédé le capital immatériel, c’est-à-dire le capital des talents, de la connaissance, du savoir. La vraie richesse d’un pays repose désormais moins sur ses machines que sur ses hommes et ses femmes, est-il souligné non sans quelque démagogie
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«Les musées ne sont pas à vendre!» s’émeuvent dans les colonnes du Monde trois autorités de la culture et des musées : Françoise Cachin, directeur honoraire des Musées de France ; Jean Clair, conservateur général honoraire et écrivain ; Roland Recht, professeur au Collège de France. Au nom de la morale, de l’exigence scientifique, d’une haute idée de la culture, des chefs-d’œuvre de l’art et des devoirs de la République, ils déplorent que certains musées français suivent l’exemple du Musée Guggenheim qui s’est fait le «désastreux pionnier de l’exportation payante de ses collections dans le monde entier» (Le Monde, 12 déc. 2006). Le Louvre a ainsi déposé à Atlanta, «la riche cité de Coca-Cola», pour une durée variant de trois mois à un an, certains des «plus grands chefs-d’œuvre de ses collections», en échange d’une somme de 13 millions d’euros. Le Louvre, toujours lui, est en cours de négociation pour vendre à Abou Dhabi, pour environ 1 milliard d’euros, «la griffe ‘Louvre’», mais en obligeant les grands musées français à consentir des prêts d’œuvres à long terme. Quant au Musée national d’art moderne (Georges Pompidou), une annexe semble être envisagée à
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L’éditorial de la semaine dernière avait trait à l’impossibilité pour parisART de nouer le moindre contact, sinon un dialogue, avec M. Francis Parny, vice président de la Région Ile-de-France, chargé de «la Culture et des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication». Il s’agissait, à quelques mois des élections présidentielles, d’illustrer de façon concrète le grand écart qui sépare les beaux principes et les mauvaises pratiques, et qui nourrit la défiance croissante des citoyens vis-à-vis des élus. Phénomène qui n’épargne malheureusement aucun bord politique, et surtout pas M. Francis Parny, membre du Parti communiste et grand ordonnateur des fameuses «Assises régionales pour la Démocratie culturelle». Mais surprise : après tant de mois de silence obstiné conférant au mépris, nous avons reçu (par mail) une réponse de M. Parny. Geste que nous apprécions à sa juste valeur, et qui est tout à son honneur. Il réagit avec vigueur à nos propos et nous invite à publier son texte «en même place» que l’éditorial. Ce que nous faisons tout naturellement, non par simple «respect du droit de réponse», mais par attachement au dialogue et à la démocratie
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A quelques mois des élections présidentielles les états-majors politiques s’activent à sceller des alliances, à boucler leur programme, à parachever leurs arguments, à ciseler leur discours. Chacun des challengers s’apprête à présenter aux citoyens son «grand récit» sur la meilleure façon d’assurer un avenir radieux à une France en bien mauvaise posture. Devant tant de paroles pleines d’assurance et de solutions miracles, les citoyens restent de plus en plus dubitatifs, trop souvent échaudés par l’écart immense qui sépare les discours et les actes, l’avant et l’après des élections. Aussi mesurent-ils les discours des candidats à l’aune de la réalité concrète et de leurs propres expériences. Le fait politique majeur d’aujourd’hui est peut-être cela que les citoyens ne croient plus les élus sur parole, mais les jugent sur leurs actes — tous bords politiques confondus… Ce grand écart entre les mots et les faits, entre les programmes et la réalité des actions, entre les beaux principes et les mauvaises pratiques, nous l’avons expérimenté, à l’association parisART, avec le grand ordonnateur, pourtant communiste, des fameuses «Assises régionales pour la Démocratie culturelle» : M. Francis Parny
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Pour le marché de l’art, c’est le printemps en automne. Les records s’enchaînent. A peine une œuvre a-t-elle pulvérisé une cote qu’une autre atteint un nouveau sommet. En ce début de mois de novembre, la vente de tableaux impressionnistes et modernes organisée à New York chez Christie’s a rapporté près d’un demi-milliard de dollars en seulement deux heures, dont 88 millions pour un Klimt, 40 millions pour un Gauguin, 22 millions pour un Schiele, etc. Cette euphorie du marché s’explique, on le sait, par l’explosion des profits des grandes entreprises internationales et l’accroissement des dividendes reversés aux actionnaires. Mais cette conjoncture économique favorable se combine avec une période durant laquelle, après de longs litiges, de grands musées internationaux procèdent à la restitution de tableaux aux ayants droit de familles spoliées par les nazis. C’est cette conjonction entre une demande importante et une offre exceptionnelle qui met le marché en effervescence
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Manifestement, le grand mouvement de repentance qui a traversé l’institution judiciaire au cours des derniers mois, après le fiasco inqualifiable du procès d’Outreau, ne semble pas vraiment avoir porté ses fruits, comme en témoigne la mise en examen par le parquet de Bordeaux de Henry-Claude Cousseau, l’actuel directeur de l’École nationale des beaux-arts de Paris, pour «diffusion de message violent, pornographique ou contraire à la dignité, accessible à un mineur: diffusion de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique». Délit passible de 75 000 euros d’amende et de trois ans de prison. Henry-Claude Cousseau se voit reprocher (six ans plus tard !) d’avoir accueilli, de juin à octobre 2000, quand il était directeur des musées de Bordeaux, l’exposition «Présumés innocents: l’art contemporain et l’enfance». Et ce n’est pas tout : les deux commissaires de l’exposition, Marie-Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon-Tremblay, pourraient, elles aussi, être mises en examen. Le grand jeu...
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A quelques mois des prochaines élections présidentielles, le ministre de la Culture et de la Communication vient de publier «Un plan d’action et de développement en faveur de l’art contemporain» qui mérite l’attention pour ses propositions et sa dynamique, pour sa rhétorique et son lexique, mais aussi pour cette façon magique de suspendre le temps, de tracer des perspectives par dessus les échéances électorales et d’installer la présente équipe gouvernementale dans une durée sans limite ni rupture. Bref, à faire croire à l’éternité. En outre, et ce n’est pas la moindre habileté de ce «plan d’action», le ministre répond avec un art consommé de l’esquive à certaines critiques qui ont émaillé sa mandature, sans oublier de se dessiner au passage une image moderne et ouverte qui pourrait s’avérer utile en cas… d’élections prochaines. Face au discrédit qui frappe désormais la parole politique, les projets annoncés doivent être nécessairement assortis d’éléments concrets, comme autant de preuves qu’ils sont inscrits dans un processus en cours, que ce ne sont pas des projets imaginaires ou des effets de tribune sans lendemain. Pour espérer être entendus, les responsables politiques ont aujourd’hui l’obligation d’accompagner leurs discours d’un appareillage d’attestation
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Aurions-nous si peur du présent et du futur, en France, pour nous enfermer à ce point dans le passé et la nostalgie ? C’est l’une des questions qui viennent à l’esprit devant l’omniprésence de la «photographie humaniste» dans le paysage français des expositions et de l’édition. Izis, Édouard Boubat, Brassaï, Robert Doisneau, Willy Ronis, Marcel Bovis, René-Jacques, Jean Dieuzaide, Janine Niépce, etc., et évidemment Henri Cartier-Bresson, bénéficient depuis une vingtaine d’années d’un écho que leur incontestable talent et l’indéniable qualité de leur œuvre, à eux seuls, ne sauraient expliquer. Après avoir consacré une importante exposition à Willy Ronis, la Ville de Paris vient de récidiver, exactement un an après, avec Robert Doisneau dont 280 clichés de la période 1934-1991 vont occuper pendant quatre mois (19 oct. 2006-17 févr. 2007) la salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville, au cœur de la capitale. Simultanément, et non loin, la Bibliothèque de France (site Richelieu) présentera «Autour d’Izis, Boubat, Brassaï, Doisneau, Ronis et les autres. La photographie humaniste, 1945-1968» (31 oct. 2006-28 janv. 2007) : une exposition des photographes humanistes les plus célèbres qui ont, avec d’autres moins connus, «nourri de leurs images le paysage visuel des Français de l’après-guerre à travers revues, ouvrages, calendriers, agendas ou affiches»
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