ART | EDITOS
On parle souvent d’art contemporain au singulier, comme d’une généralité, alors que les parcours, les pratiques et les œuvres sont sans cesse plus singuliers en cette période d’extrême éclectisme. Toutefois, par delà leur singularité, certains artistes incarnent ce que pourrait être une démarche contemporaine de création. C’est le cas de Christian Marclay : représenté par la galerie Yvon Lambert, il expose actuellement à la Cité de la musique de Paris (jusqu’au 24 juin) un parcours de neuf installations vidéo intitulé «Replay». L’itinéraire artistique de Christian Marclay accrédite l’idée que créer consiste à se situer en dehors, à aller construire et tracer ailleurs, hors des sillons coutumiers, son propre espace d’expression. La démarche artistique de Marclay, telle qu’il la décrit lui-même (Libération, 31 mars 2007), s’est en effet forgée au fil d’une série de ruptures et de fuites, de dissonances et de désaccords
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En ces temps de confusion des valeurs, il n’est pas toujours bien vu de souligner des différences, ou de tracer des territoires, aussi souples et poreux soient-ils. En particulier dans le domaine de l’art où la notion d’«artiste contemporain» est ouverte à tous les errements définitoires, tout comme celle, conjointe, d’«art contemporain» qui se dilue à mesure que s’accroissent les performances du marché international de l’art. Mais n’en déplaise à certains, l’«art contemporain» ne se confond pas avec un espace illimité et indifférencié de pratiques, d’acteurs et d’œuvres unis par ce seul trait, aussi ténu que distendu, de s’inscrire dans le présent
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Les bouleversements du monde secouent la culture, comme ils agitent les musées occidentaux et aiguisent leurs stratégies face à la concurrence culturelle planétaire. A cet égard, la France et la Grande-Bretagne diffèrent radicalement. Suivant l’exemple du Musée Guggenheim, qui s’est fait le «désastreux pionnier de l’exportation payante de ses collections dans le monde entier» (Le Monde, 12 déc. 2006), le Louvre a ainsi déposé à Atlanta, pour une durée variant de trois mois à un an, certains des «plus grands chefs-d’œuvre de ses collections», en échange d’une somme de 13 millions d’euros. Il est également en cours de négociation pour vendre à Abou Dhabi, au prix d’environ 1 milliard d’euros, «la griffe ‘Louvre’»
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La belle exposition «Yves Klein» au Centre Georges Pompidou a eu l’immense mérite de présenter la cohérence implacable d’une démarche artistique de rupture, de manifeste, et presque de combat ; mais aussi de faire apparaître sa distance avec les artistes d’aujourd’hui. Son œuvre, Yves Klein l’a construite entre 1955 et 1962 à la vitesse de l’éclair, comme une aventure, celle du monochrome. Comme la recherche, typiquement moderne, d’une radicalité en peinture. En abolissant le sujet, le dessin, et la pluralité des couleurs, c’est-à-dire en franchissant les frontières du territoire de l’art et de l’esthétique. Et en défiant le monde de l’art établi qui, tel le jury du Salon des réalités nouvelles, pensait que des toiles d’«une seule couleur unie, non, non vraiment ce n’est pas assez, c’est impossible» (Yves Klein, Ecrits, p.226). Alors qu’Yves Klein élimine, exclut, épure, jusqu’à défier, repousser, et par cela même reconnaître, les frontières de la peinture, Xavier Veilhan déclare au contraire dans une intéressante interview ne pas se «considérer du tout comme un artiste de la rupture» (Libération, 19-20 août 2006). Et même, précise-t-il, «je ne vois pas les limites entre les différentes disciplines, ce qui me permet de passer facilement de l’une à l’autre»
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