ART | EDITOS
«Un monde parfait»: le titre de l’exposition de Pierre & Gilles à la galerie Jérôme de Noirmont (fin 2006), résonnait étrangement, et sans doute fortuitement, avec celui du fameux ouvrage d’Albert Renger-Patzsch, Le monde est beau qui, paru en 1928, a servi de manifeste en images au célèbre mouvement de la photographie moderniste : la Nouvelle Objectivité. Du «monde est beau» au «monde parfait», près d’un siècle s’est écoulé, et le monde a totalement basculé. La publication de l’ouvrage de Renger-Patzsch est intervenue en Allemagne à un moment où, en économie autant qu’en esthétique, régnaient une véritable euphorie en faveur de la machine
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Madame la ministre de la Culture et de la Communication, vous êtes à la tête d’un petit ministère investi d’une grande mission. Devant la convention UMP «Culture, l’heure du nouveau souffle» (26 janv. 2006), Nicolas Sarkozy ne déclarait-il pas que son projet présidentiel était «fondamentalement culturel», doté d’«un seul objectif: que la France soit de nouveau une terre qui brille, qui brille dans tous les domaines, et notamment dans la science, les arts, les lettres et la culture». Excellent objectif à la réalisation sans doute difficile parce que la situation de l’art et de la culture dont vous héritez est extrêmement dégradée. Comme Nicolas Sarkozy le constatait lui-même devant la même Convention UMP: «Paris n’est plus la capitale internationale de l’art. […] Pourtant, les talents existent. Comment faire pour qu’ils puissent vivre en France de leur métier, qu’ils deviennent des artistes et des auteurs à la fois aimés d’un public français et connus dans le monde entier? Voilà la première question qui est posée à notre politique culturelle»
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A une lectrice qui regrettait vivement que les éditoriaux de paris-art.com aient depuis plusieurs semaines directement trait à l’actualité politique plutôt qu’à celle de l’art proprement dit, il m’a fallu rappeler cette évidence que la France vit une période politique intense et riche qu’il serait pour le moins curieux de vouloir à toute force ignorer. Et cela pour plusieurs raisons, plusieurs évidences. Première évidence, la campagne de Nicolas Sarkozy a été de part en part culturelle, notamment par sa violente et insistance dénonciation du «relativisme intellectuel et moral» des héritiers de Mai 68 qui ont, selon lui, imposé «l’idée que tout se vaut», que n’existe «aucune différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid». Autre évidence, la culture au sens large, et l’art en particulier, n’évoluent pas dans des bulles étanches, imperméables et insensibles aux fluctuations économiques, sociales et politiques. L’art est «autonomie et fait social» (Theodor Adorno)
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Les résultats du scrutin présidentiel amorcent une rupture plus profonde encore que Nicolas Sarkozy ne l’estimait lui-même: un tournant majeur dans les discours, les valeurs et les modes d’action gouvernementaux; une grave crise stratégique, programmatique et d’identité de la gauche, singulièrement du Parti socialiste. Dans cette situation, la culture a été, et va rester, au premier plan. Contrairement aux apparences, il a été constamment question de culture au cours de la campagne. Autant chez Nicolas Sarkozy, qui a peu parlé d’art mais beaucoup de culture, que chez Ségolène Royal, qui a, heureusement mais trop tard, remonté la pente d’un Projet socialiste indigent en matière de culture. D’un côté comme de l’autre, la culture a été lourdement malmenée
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Lors du grand débat de ce 2 mai entre les deux candidats à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a su tenir ses nerfs et présenter ses pires positions sous le jour rassurant du bon sens. Pour apprécier les conséquences qu’aurait son élection du point de vue de la culture, de l’art et de la pensée, il faut donc se reporter aux déclarations qu’il martèle dans ses nombreux meetings, en particulier celle du 14 janvier devant le congrès d’investiture de l’UMP: «Mes valeurs sont celles de la droite républicaine. Mais dans les valeurs auxquelles je crois, il y a le mouvement. Je ne suis pas un conservateur». C’est vrai, Nicolas Sarkozy n’est pas un conservateur, c’est un réactionnaire. Son projet politique consiste à remplacer à la tête de la France l’actuelle droite conservatrice par une droite réactionnaire. A droite toute, franchement, à fond, «sans complexe». A la différence de la droite conservatrice, timorée dans ses principes, qui se limite à freiner le changement, à maintenir le statu quo
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