ART | EDITOS
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Le spectacle, le vrai, est redoutable pour les outsiders. C’est un peu l’impression que l’on pouvait avoir en arrivant le soir de Nuit Blanche dans le quartier Châtelet littéralement soulevé par les réactions de la foule compacte qui suivait le match de la Coupe du monde de rugby : tour à tour haletante, hurlante ou intensément attentive, vaste force d’émotions suspendue à l’écran géant installé sur la place de l’Hôtel de Ville. Et quand l’équipe de France a gagné le match, c’est tout le quartier, toutes les rues, tous les bars, et toute la ville qui ont été emportés dans l’élan immense qui a duré toute la nuit, et qui a (presque) totalement submergé la pauvre petite Nuit Blanche. Bien que cette liesse populaire des amateurs de sport me soit assez étrangère, elle s’est imposée à moi par sa force et son ampleur, et par cette beauté et cette énergie qui émanent des gens heureux
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Le personnage maudit de la scène artistique contemporaine n’est plus l’artiste, comme au bon temps des avant-gardes, quand il effrayait par ses extravagances, et sa quête effrénée d’un nouveau permanent. Aujourd’hui, c’est le commissaire — le curator, pour faire plus chic et plus léger — qui est de toutes parts la cible de critiques, parfois vigoureuses. On connaît la mécanique du «combat d’arrière garde» récemment relancé par Daniel Buren contre ses vieux ennemis les commissaires (éditorial n° 204, 27 juil. 2007). La charge est à double détente (Libération, 21 juil. 2007). D’une part, Daniel Buren affirme que l’artiste est presque naturellement habilité à remplir la fonction de commissaire d’exposition : «Il en a automatiquement les attributs». D’autre part, et de façon «fondamentale», Daniel Buren prétend que, dans une exposition de groupe, ce n’est pas le commissaire, mais les «artistes sélectionnés qui font l’exposition, qui la définissent avec leurs travaux»
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Cela pourrait être banal et anodin, mais ce presque rien prend, par les temps qui courent, valeur d’événement. De quoi s’agit-il? Un texte a été écrit par un artiste, Benoît Lambert, sous la forme d’une lettre à son directeur pour servir d’éditorial au programme de la saison du théâtre du Granit (Belfort), où il est metteur en scène associé (31 mai). Puis la ministre de la Culture, Christine Albanel, jugeant le texte «particulièrement déplacé», a très officiellement adressé une lettre de réprobation au directeur de ce «théâtre investi d’une mission de service public et financé par l’État et les autres collectivités» (29 août). Enfin, Anne Hidalgo, Première adjointe au Maire de Paris, et secrétaire nationale à la Culture et aux Médias du Parti socialiste, a cru pouvoir publier un communiqué pour condamner la démarche de la ministre. Entre ces trois textes quelque chose transparaît de la situation de la culture, voire de la France, d’aujourd’hui
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Les Français ont voulu le changement, ils auront la «rupture» qui s’incarne dans chaque geste du Président, dans son omniprésence, sa sur-activité, sa sur-visibilité, et sa sur-implication dans les moindres événements de la nation. Son attachement scrupuleux à tenir (presque) tous ses engagements de campagne est une autre version de la «rupture», tant cela est assez nouveau dans la République! Plus encore, la «rupture» s’exprime dans l’hyper-pragmatisme du pouvoir qui veut examiner «sans tabou» tous les rouages de l’appareil d’État dans le but d’«abandonner les politiques qui ne marchent pas au profit des politiques qui marchent». Trancher, rogner, refondre, déplacer ou recomposer: le grand jeu de la «rupture» bat son plein. La lettre de mission
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Longtemps l’esthétique a été une esthétique de choses, de frontières, dominée par des questions de délimitations, d’exclusions, de légitimités, de hiérarchies. L’esthétique servait souvent à défendre un territoire, à légitimer des frontières, à assurer la souveraineté d’un certain type d’art contre un autre. Il n’est qu’à se souvenir des polémiques qui ont accompagné la naissance de l’Impressionnisme, ainsi que des affrontements, avec pléthore de manifestes et de groupuscules, qui ont ponctué l’épopée des avant-gardes tout au long du XXe siècle. En cette matière, la photographie aura incarné durant près d’un siècle et demi l’envers presque absolu de l’art, son en dehors
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L’exposition Pierre & Gilles vient signifier une nouvelle fois qu’en troquant sa fonction documentaire pour son rôle de matériau de l’art contemporain, la photographie a basculé du domaine de l’empreinte à celui de l’allégorie. Au cours des trente dernières années, la réflexion sur la photographie s’est, non sans pertinence, arrimée à la notion d’empreinte, afin de distinguer la photographie du dessin qui, lui, relèverait plutôt de l’icône. D’un côté, la représentation, l’icône, l’imitation; de l’autre côté, l’enregistrement, l’indice, l’empreinte. Au-delà de leur fécondité, les notions de trace, d’empreinte ou d’indice ont eu l’immense inconvénient de proposer une approche totalement
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