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ÉDITO
André Rouillé
Un coup de Gréaud dans l'art
28 févr. 2008
Numéro 226



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d’étoiles afin de produire «un dessin intergalactique disproportionné en années lumière». Grâce à son motif supposé reprendre la «combinatoire du dôme géodésique», ce dessin aurait le pouvoir de révéler la «structure de la pensée globale».

 

Une autre des nombreuses «failles spatio-temporelles» qui traversent l’exposition «Cellar Door» passe par la reconstitution en son sein de l’exposition que Le Plateau avait consacrée en 2005 à Loris Gréaud. Au-delà de l’hyperbole ironique des citations postmodernistes, la réplique du Palais de Tokyo vise, par une série calculée de différences, à susciter un «sentiment de déjà-vu», c’est-à-dire de trouble.

Entre répétition et différence, familiarité et souvenir, présent et passé, le déjà-vu, qui s’inscrit dans la catégorie des troubles hallucinatoires et somnambuliques, entraîne l’art du côté de la neurologie, mais aussi de l’occultisme et du spiritualisme.

 

Loris Gréaud poursuit le même but quand, en enregistrant un encéphalogramme de sa pensée de l’exposition du Palais de Tokyo, il désigne son cerveau comme le lieu de sa puissance créatrice ; ou quand il fait par intermittences émerger sur un grand mur noir les élévations et perspectives fluorescentes d’un mystérieux et lointain «Atelier», sorte de super «Studio», qualifié de «centre de l’imaginaire de l’exposition» ; ou quand, dans la lumière d’un astre tour à tour lunaire et solaire, il nous fait traverser une très étrange forêt d’arbres carbonisés enduits d’un «composite élaboré à partir de poudre à canon», et côtoyer 140 tubes fluorescents qu’une connexion électrique feraient exploser parce que, selon la rumeur, le gaz lumineux aurait été remplacé par du propane…

 

Faute de réussir à ébranler l’incrédulité, tous ces poncifs spiritualistes, cette quincaillerie scénographique et ces grosses ficelles fictionnelles ont pourtant le mérite de faire dériver l’art et le dispositif de l’exposition. A l’émotion et à la sensation esthétiques, sont substitués le trouble et les mécanismes psychiques. Aux traditionnelles matières physiques de l’art, sont ici associées les matières psychiques du spiritisme, ou fictionnelles de la rumeur et de la science-fiction.

 

L’exposition n’est plus un dispositif de présentation d’œuvres, mais l’œuvre elle-même. Œuvre perpétuellement changeante, co-produite par les visiteurs-acteurs sans doute plus impliqués que les fameux «regardeurs» à qui Marcel Duchamp confiait la mission de «faire les tableaux».

En poussant à son plus haut degré la clôture du dispositif canonique de l’exposition, Loris Gréaud cherche à l’ébranler : en mobilisant le corps, les sens et l’imagination des visiteurs, mais surtout en les faisant se projeter par la pensée dans l’en-dehors temporel et spatial des événements virtuels, et improbables, mobilisés par «Cellar door».

 

 

André Rouillé.

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VOS RÉACTIONS
6 réactions


olivier
Gréaud again
Totalement d'accord avec peopleday. Loris Greaud, c'est le Dj remix de l'art contemporain...
07 mars 2008

oedipe
laurent le vaguerèse
Bonjour!
Je cite un édito d'André Rouillé dans un article dont voici le lien:
http://www.oedipe.org/fr/actualites/saintecolere

Cordialement.
DR L. Le vaguerèse
Psychiatre psychanalyste responsable du site oedipe.org
04 mars 2008

guiseppe
censure
Je vois que vous n'avez pas le courage de mettre des réactions qui ne vont pas dans votre sens!!!!

Réponse d'André Rouillé:
Merci de republier votre réaction qui aura été victime des petits problèmes techniques que nous avons connus. Rassurez-vous, je n'ai peur d'aucune critique, et ne pratique aucune censure. Je n'attends pas que l'on pense comme moi, mais seulement que l'on pense.
02 mars 2008

Betz
Bravo
Je tiens juste à féliciter André Rouillé pour cet article. Depuis que je suis allée au "vernissage" de cet... évennement, je cherche à savoir si les critiques, eux, ont réussi à cerner le phénomène Gréaud.
C'est l'écho le plus pertinent et le plus éclairant que j'ai lu jusqu'à maintenant. Merci.
B.R.
29 févr. 2008

olivier
Cellar door, le Canada Dry de l'exposition contemporaine
Effectivement l'exposition de Loris Gréaud bouscule les codes d'une expo d'art contemporain classique, mais pour en adopter d'autres.
Est-il possible de réaliser une exposition interactive sans pour autant utiliser des dispositifs de communication événementielle ou de scénographie d'exposition itinérante classiques ?
Car c'est le cas ici. Hormis certaines oeuvres comme Celador le bonbon (vu néanmoins dans Pif avec le flan adoptant le goût du meilleur plat mangé par le consommateur), on se retrouve devant un grand nombre de dispositifs vus et revus dans telle ou telle exposition "de famille" sur le futur, la science-fiction, Alice aux pays des merveilles, fées et lutins, ou autres...
Quand on est enfant c'est sympa... Bref, un bon concept, mais une application plutôt plate et conventionnelle. Au fait Andre, y avait quelqu'un dans le studio quand j'y étais...
29 févr. 2008

peopleday
habitat retro-futuriste
Les magasins Habitat ont lancé une ligne de meubles vip dont la table basse-dance-floor des daft punk-l imaginaire est sur wifi une voix est entrée sur l'ipo: "Je suis Edith Piaf qui reprends temptation de new order”
29 févr. 2008


 



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