PARIS-ART: art contemporain, photo, vidéo, design, danse en France - Annonces et critiques sur l’actualité en France de l’art contemporain, photo, vidéo, design, danse, livres sur l’art   CONTACT : PARIS-ART: art contemporain, photo, vidéo, design, danse en France - Annonces et critiques sur l’actualité en France de l’art contemporain, photo, vidéo, design, danse, livres sur l’art   PARIS-ART: art contemporain, photo, vidéo, design, danse en France - Annonces et critiques sur l’actualité en France de l’art contemporain, photo, vidéo, design, danse, livres sur l’art
    RECHERCHER  
  
  Newsletter
 
 
  Lieux
  Aujourd'hui
  Vernissages
  Blogs
  Forums
  Galeries perso
  Petites annonces
ÉDITO
André Rouillé
Politique qui divise, culture qui rassemble
20 mars 2008
Numéro 229



RÉAGIR
TOUS LES ÉDITOS
marquées par une extension et une pacification du champ de la culture, parallèlement à un rétrécissement de la place de la politique dans l’organisation de la vie en commun. Alors que «la politique divise, la culture rassemble» (Alain Brossat, Le Grand Dégoût culturel, p. 20). Elle tend à occuper une fonction délaissée par la politique, mais aussi le travail, et naguère le patriotisme: celle de ponctuer la vie, d’en apaiser les blessures et d’en orienter les comportements.

Le monde est devenu trop complexe pour s’enfermer dans les oppositions binaires qu’affectionne la politique. Face à l’épuisement de la démocratie parlementaire, perceptible dans l’abstention aux élections ou dans le désaveu croissant qui frappe les élites et les élus, la «démocratie culturelle» sert de relais, parfois à l’initiative des politiques eux-mêmes — le communiste Francis Parny dès son arrivée au Conseil régional Ile-de-France, et bien sûr le Président de la République dans sa récente lettre de mission à la ministre de la Culture Christine Albanel.

Mais la démocratie culturelle passe aussi et surtout par une série de dispositifs susceptibles de produire des rassemblements consensuels autour d’affects d’autant plus partagés qu’ils sont soigneusement déconnectés des clivages et des luttes politiques.
C’est le cas des émissions télévisées, non en raisons de leurs supposées qualités ou faiblesses, mais pour leur force de rassemblement et leur capacité à produire de la positivité (rire, être léger et applaudir beaucoup sont de rigueur sur les plateaux de télévision !).
C’est également le cas des dispositifs de communication numérique combinant téléphone mobile, appareil photo, SMS, et maintenant internet, email, vidéo et télévision, qui induisent de puissants rituels comportementaux et des modes nouveaux de relations au monde.
C’est encore le cas, plus classique sans être très ancien, des divers festivals, dont certains intitulés — rencontres, nuit, folle journée, printemps, etc. — expriment les intentions.
C’est évidemment le cas de l’attention accordée aux diverses déclinaisons du patrimoine qui visent à unir, à abolir les différences et les divergences, autour d’un passé national commun.
C’est largement le cas des actions de mécénat qui sont pour les entreprises l’occasion de rassembler les employés dans une opération de communication interne en forme de dépassement et d’oubli des luttes sociales et des conflits au travail.
C’est éloquemment le cas de ces fameux «Arts de la rue», mixte improbable fabriqué sur mesure pour produire du consensus et du partage avec la bénédiction et le soutien actif du ministère de la Culture.

Dans tous ces cas, la culture apaise en désamorçant les conflits. A l’inverse de la politique, elle gomme les aspérités et colmate les divisions, mais au risque d’occulter les différences, d’aplatir les hétérogénéités, et de produire de l’indistinction.
Le mixage des matériaux, l’entrecroisement des pratiques, et le meli-melo des références constituent la version esthétique du consensus social où tout se vaut, tout s’échange, et tout communique sans heurts.

Alors que la démocratie parlementaire s’adresse à des citoyens singuliers, électeurs à convaincre un à un, au moyen de discours tournés vers l’action,
la démocratie culturelle, elle, rassemble des publics en flattant leurs goûts et en les plaçant dans une posture de consommation.

Jamais sans doute la démocratie culturelle n’avait aussi nettement qu’aujourd’hui été affirmée comme une priorité politique. Le Chef de l’État a en effet confié à la ministre de la Culture pour «première mission de mettre en œuvre l’objectif de démocratisation culturelle». Parce que, selon lui, cet objectif a été manqué par tous les gouvernements qui ont négligé d’«élargir les publics» en favorisant une «offre [de culture] répondant aux attentes du public».

En France, une continuité d’un quart de siècle se dessine ainsi de Jack Lang à Christine Albanel dans la tentative d’adosser la démocratie parlementaire affaiblie à une démocratie culturelle. Il s’agit moins là de proposer de nouvelles politiques culturelles, que d’inventer, à partir de la culture, de nouvelles postures politiques: une «politique à la culture» (Alain Brossat).


André Rouillé.


A lire
— Jean Dubuffet, Asphyxiante Culture, éd. Minuit, Paris, 1986. Première éd. 1968.
— Alain Brossat, Le Grand Dégoût culturel, Seuil, Paris,

 Page précédente             Page 2 / 2           

RÉAGIR
TOUS LES ÉDITOS

 


 
VOS RÉACTIONS
3 réactions


fal7i
Merci ! Votre reaction va être examinée avant sa mise en ligne définitive.
C'était juste pour te signaler le commentaire que j'ai mis sur clansco, et pas fini d'ailleurs.
Très amicalement,
ff
21 mars 2008

fal7i
Je recommande vivement cette lecture
Je recommande vivement cette lecture. Surtout si vous vous dites, tiens ça fait longtemps que je ne suis pas tombé sur le cul. Alors allez vite lire André Rouillé, et tombez sur le cul.

Si vous fréquentez les éditos de paris-art.com, vous ne vous représentez certainement pas André Rouillé comme quelqu'un de virulent ou radical, vous n'associez pas son nom à quelque dénonciation de limites, vous ne l'imaginez pas rebelle le couteau entre les dents, l'invective aux lèvres, la diatribe au cœur, la juste colère dans la pupille, debout sur son tonneau au coin de la rue Mouffetard ou dans un champ de maïs transgénique vitupérant contre contre les assassins de l'art.
Et vous imaginez bien.
Monsieur André Rouillé est bien plus subtil que ça.
Et bien plus efficace aussi.
Monsieur André Rouillé est un Monsieur posé et cultivé, et qui connaît son sujet. Il connaît l'art, l'histoire de l'art, les écrits sur l'art, les philosophes, qu'il a lus et (contrairement à moi par exemple) compris. Il manie le verbe de façon modérée, cite à bon escient et porte sur les faits un regard analytique d'une grande objectivité.
Monsieur André Rouillé est à l'art d'aujourd'hui (soyons fous, osons) ce que Linné est aux naturalistes.
L'éditorialiste décrit l'art tel qu'il le constate de Jack Lang (et non Malraux*) à Christine Albanel. Il va à l'essentiel et décrit ce qui est, une culture hamburger avec un art réconcilié qui rassemble tout et n'importe quoi sous vos applaudissements et dans la joie, le rire et la bonne humeur sous la férule de nos animateurs télé les plus consensuels. Mais il va plus loin encore et nous dit le pourquoi du comment, à savoir que la religion comme opium du peuple c'est devenu plus efficace du tout, et que pour tenir le bon peuple, la bonne recette c'est Disneyland.

Monsieur André Rouillé est un activiste d'art diaboliquement efficace.
21 mars 2008

andrebarriere
Politique qui divise, culture qui rassemble
Bravo pour cet éditorial. L'art ne m'est jamais apparu aussi clair.
Merci.
Je profite de cette tribune pour vous faire part, si vous en souhaitez la réception, qu'un collectif de 4 individus arborant la bannière de TRACES, a réalisé et diffusé sur les ondes de TVHR9 (Télévision du Haut-Richelieu) une série de 26 émissions sur l'art intitulées ARTISTE CONTEMPORAIN.
Des extraits sont disponible à www.tvhr9.com et bientôt elles le seront en entier.
Merci de votre précieux temps et au plaisir.
André Barrière.
21 mars 2008


 



Dans la même rubrique




Rechercher un édito



 DÉPÊCHES
Madonna souffle le show et le froid : À Nice, première halte française de sa tournée «Sticky and Sweet», la star offre ...
Faux espions et vrais idiots sur la lagune : En ouverture de la Mostra de Venise, George Clooney, Brad Pitt, Tilda Swintonet ...
Rock en Seine, dernier festin de l'été : REM et Amy Winehouse sont les têtes d'affiche du festival de rentrée au Domaine ...
«Desperate Housewives», la série phénomène : Pour cette 4e saison, les cinq héroïnes vont devoir compter avec une nouvelle vo ...
De Buenos Aires à Paris, le tango mène la revue : Avec «Tanguera», le Châtelet propose un spectacle musical aux couleurs de Las Ve ...
L'opéra revient dans les salles de cinéma : D'ici à mai 2009, dix spectacles vont être projetés en direct en France depuis l ...
Yann Arthus-Bertrand au chevet des fleuves : «Vu du ciel» - Le célèbre photographe et son équipe continuent de sillonner le ...
Voyage au cœur de la galaxie George Lucas : Le créateur de «Star Wars» vient d'ajouter un épisode animé à sa célèbre saga. V ...
Bouquet, bouffon énigmatique : Le grand comédien retrouve «Le Malade imaginaire», la dernière comédie de Molièr ...
Les tops et les flops de l'été : Déjà renommés, Fred Vargas, Coldplay, Mika et «Batman» rencontrent le succès att ...

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 



Page exécutée en 0.763065 secondes.- requetes : 200- requetes différentes : 145