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ÉDITO
André Rouillé
Insaisissable, la mort

Numéro 200



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«dernier voyage», le «dernier livre», la «dernière rencontre», la «dernière fête», les «dernières larmes», la «dernière volonté».
Ces instants que saisissent la photographie et la vidéo évoluent à l’intersection de deux réalités: celle des choses et des corps matériels, et celle des souvenirs immatériels. Les images adviennent au carrefour de deux grandes voies divergentes: la voie directe et objective de l’empreinte matérielle (réalisation), et le parcours subjectif, tortueux, voire inversé, de la mémoire (l’actualisation).

La saisie est ainsi l’instant d’une rencontre du passé avec le présent, d’une expansion du passé dans le présent. En tant qu’actualisation, la saisie participe donc d’un mouvement allant du passé au présent (du souvenir à la perception), et non pas du présent au passé, de la perception au souvenir.

Cette mécanique complexe de l’empreinte (réalisation) et de la mémoire (actualisation) propre à la saisie, la mort a pour effet de la dérégler en déconnectant le présent d’avec son passé, l’empreinte d’avec la mémoire. C’est ainsi que la mort bloque la saisie, et se rend insaisissable.
En photographie comme en vidéo, on va mourir, on est mort, mais jamais on ne meurt.



André Rouillé.


_____________________________
Sophie Calle, Prenez soin de sous, 2007. Vue du pavillon français, 52e Biennale de Venice. Galerie Emmanuel Perrotin, Photo : Florian Kleinfenn




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