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ÉDITO
André Rouillé
Une esthétique des dispositifs
14 févr. 2008
Numéro 224



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Le temps paraît bien loin où les musées et centres d’art contemporain présentaient des objets — tableaux, sculptures, agencements, etc. —  à contempler dans leur singularité et leur autonomie. Ce qui était la règle est devenu l’exception. Non pas qu’il n’y ait plus rien à voir dans les lieux d’art contemporain, ou qu'ils seraient devenus des espaces vides. Bien au contraire. Il y a seulement autre chose à voir, et différemment.
L’actuelle exposition «Rooms, Conversations» (jusqu’au 17 février) organisée au Plateau par Xavier Franceschi à partir des collections du Frac Ile-de-France, souligne exemplairement que les expositions, qui sont des dispositifs de monstration, montrent de plus en plus d’œuvres en forme de… dispositifs de monstration. Dans une logique pleinement postmoderne de mise en abyme, on ne rentre plus dans le traditionnel dispositif-exposition pour voir et contempler des œuvres-choses, mais pour découvrir, expérimenter, activer d’autres dispositifs :des œuvres-dispositifs.

Les expositions d’aujourd’hui prennent de plus en plus des allures de dispositifs de dispositifs dans lesquels la mécanique du voir a totalement changé puisqu’elle déborde les objets présentés pour s’élargir à tout l’espace, et pour s’inscrire dans des procédures et des dispositifs mobilisant le corps et tous les sens. Alors que les œuvres-choses sollicitaient principalement le regard du spectateur, ce sont toutes ses capacités sensorielles, ses dispositions à agir et réagir, ainsi que ses aptitudes à conceptualiser qui sont requises par les œuvres-dispositifs.

Ce n’est pas le moindre intérêt de l’exposition du Plateau que de souligner la part croissante dans l’art d’aujourd’hui d’une véritable esthétique des dispositifs.
Conformément à sa mission de diffusion, le Frac Ile-de-France a pris une série d’initiatives telles que l’organisation de prêts, de dépôts et d’expositions. Mais il est allé plus loin : il a donné à sa mission une dimension esthétique en commandant à des artistes des «œuvres — dispositifs d’exposition, espaces modulaires à activer — ayant pour particularité et pour fonction de présenter d’autres œuvres».

Des œuvres qui «présentent d’autres œuvres», ou, comme on l’a vu cette année à la Biennale de Lyon, des commissaires qui confient à d’autres commissaires le soin de sélectionner les œuvres et les artistes : ce sont là des fonctionnements allégoriques.
Au sens large, le mécanisme de l’allégorie consiste en effet à doubler un texte, une image ou une œuvre par d’autres textes, images ou œuvres. A les lire à travers d’autres, à la manière du commentaire et de la critique qui produisent des textes sur des textes et des images.
En fait, l’allégorie fonctionne sur le principe du palimpseste. La production allégorique ne vise pas à rétablir une signification originelle perdue ou obscure. Au contraire, elle ajoute et substitue une signification autre (allos=autre) à la signification antérieure.

A l’opposé du fameux white cube moderniste dont l’idéal (et l’illusion) était de ménager un accès aussi direct et neutre que possible aux œuvres, de plus en plus d’expositions sont aujourd’hui structurées par un projet, une problématique, ou un point de vue qui président au choix et à l’accroche des œuvres, et qui se superposent à elles.
Les œuvres ne sont plus le point de focalisation vers lequel le dispositif d’exposition fait converger les regards, elles sont de plus en plus traitées comme des matériaux inscrits dans des œuvres-dispositifs (Le Plateau), dans la mécanique d’un accrochage, ou dans la problématique d’un commissaire — ce que ne cesse de dénoncer avec force Daniel Buren.

Au Plateau, l’œuvre de Didier Trénet intitulée Extra Muros (2007) se compose d’une série de modules en métal et grillage gris dans lesquels sont enchâssées — pour ne pas dire enfermées — des œuvres d’autres artistes choisies par Didier Trénet. Conçus pour s’adapter à différents lieux d’exposition et pour répondre à leur fonction de diffusion (on est très loin de l’esthétique kantienne!), ces modules servent à la fois de cimaises et d’éléments régulateurs de la circulation des spectateurs.
En accueillant Didier Trénet dans l’exposition dont il est le commissaire, Xavier Franceschi a choisi à la fois des œuvres-dispositifs qui présentent d’autres œuvres, et un artiste qui choisit d’autres artistes. C’est-à-dire une posture esthétique doublement allégorique.

L’exposition rassemble ainsi plusieurs œuvres-dispositifs qui, en abyme, accueillent en leur sein d’autres œuvres dont elles sont supposées assurer la diffusion. La

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