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ÉDITO
André Rouillé
Un coup de Gréaud dans l'art
28 févr. 2008
Numéro 226



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Loris Gréaud avait fait sensation à la Fondation Ricard en captant les échos lointains du Big Bang pour faire vibrer les murs et exciter l’imagination des visiteurs. Au Palais de Tokyo, c’est toute son exposition qui sonne comme un véritable big bang sur la scène tranquille de l’art contemporain. En effet, sous les aspects d’un opéra néo-spiritualiste, il reconfigure l’art et la forme de l’exposition, en nous associant à cette aventure.

Il nous faut auparavant franchir un seuil tenu par une porte électrique noire («Il était une porte où le futur entrait d’abord») pour être littéralement immergé dans un autre espace, une autre lumière, une autre atmosphère sonore, un autre tempo, un autre régime de vérité. Une autre scène de l’art.


Dans cette quasi-monade sombre, presque hermétiquement séparée du monde extérieur, ne s’entr’ouvrant que de courts instants scandés par les battements secs de la «Cellar door», on n’est pas convié à visiter une exposition, encore moins à la contempler, mais à la jouer.

L’espace n’est pas un dispositif de présentation d’œuvres-choses que les visiteurs-spectateurs viendraient voir et apprécier. Ici, l’espace, les choses, les visiteurs, les sons, l’air, la lumière et leurs variations et mouvements: tout fait activement partie de l’œuvre-exposition. Ce n’est pas seulement le regard qui est sollicité, mais l’oreille, le corps, le goût, et surtout l’imagination et le cerveau. Nos facultés à nous projeter ailleurs, hors-là, aux confins des espaces et des temps.

 

Tout ce qui ici se voit (les pulsations de la lumière), s’entend (les modulations sonores), s’éprouve (les souffles de l’air), se goûte («Celador, le bonbon au goût de l’illusion»), se sent et se produit (les mouvements des corps) est enregistré, coordonné, mixé, synchronisé, différé, piloté par l’action occulte du «Studio» dont les appareils et ordinateurs se laissent deviner de l’autre côté d’une longue vitre sombre. «Le fait est étrange, on n’a jamais vu personne entrer ou sortir du Studio. Il semble tout entier verrouillé de l’intérieur, impénétrable, sans personne aux commandes».

 

Alors que la plupart des expositions d’art contemporain sont repliées sur des objets-vestiges proposés à notre admiration, «Cellar Door» rassemble une série d’œuvres-relais qui renvoient à des œuvres-événements que Loris Gréaud aurait réalisées avant et ailleurs, ou peut-être pas.

Telle partie du plafond de l’exposition est ainsi associée au «17 août 2006 à 2h27 du matin, [quand] un important feu d’artifice a été enterré à 3m70 sous terre et sur une surface de 280 m2. Le sol a été moulé après le tir, l’empreinte prend la forme d’un plafond, la célébration d’une activité souterraine».

Entre le temps suspendu du plafond-empreinte et la fugacité du feu d’artifice souterrain, Loris Gréaud nous transporte, aux confins de la fiction, hors d’ici et maintenant, de la chose à l’événement, du haut en bas… Tout en retournant ironiquement la proposition d’Adorno, qui, dans sa Théorie esthétique, avait fait du feu d'artifice «le seul art qui ne veuille pas de la durée mais désire, au contraire, ne briller qu'un instant puis se perdre en fumée».

 

Les distorsions de l’espace et du temps prennent une ampleur cosmique, qui fait basculer l’art dans la science-fiction, quand Loris Gréaud prétend avoir, après d’autres, acquis des noms

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