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ART | CRITIQUES
Denise A. Aubertin, Michaël Borremans...
Darger, Borremans, Aubertin, Darrot
08 juin - 24 sept. 2006
Paris. La Maison rouge


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Henry-Darger-<em>Untitled<-em>-(d-eacute;tail)-nd-Dessin-Courtesy-l-artiste-Copyright-Kiyoko-Lerner

Henry-Darger-<em>Untitled<-em>-(d-eacute;tail)-nd-Dessin-Courtesy-l-artiste-Copyright-Kiyoko-Lerner

Micha-euml;l-Borremans-<em>The-House-of-Opportunity-(The-Chance-of-a-Lifetime)<-em>-2003-Courtesy-Smak-Stedelijk-Museum-voor-Aktuele-Kunst-Citadelpark-Gand-et-Zeno-X-Gallery

Micha-euml;l-Borremans-<em>Portrait<-em>-2005-Peinture-80-x-60-cm-Courtesy-David-Zwirner-Gallery

Denise-A-Aubertin-<em>Ramon-Gomez-de-la-Serra-La-femme-d-rsquo;ambre<-em>-2000-Courtesy-de-l-artiste-Collection-privee-Photo-La-Maison-rouge

Nicolas-Darrot-<em>Cispeo<-em>-2004-Mat-eacute;riaux-divers-moteurs-dispositif-sonore-53-x-38-5-x-45-5-cm-Courtesy-de-l-artiste-Collection-privee-©-Galerie-Eva-Hober-Paris

Nicolas-Darrot-<em>Le-Souillot<-em>-2005-Mat-eacute;riaux-divers-moteurs-dispositif-sonore-75-x-80-x-80-cm-Courtesy-l-artiste-©-Galerie-Eva-Hober-Paris

  
Par Pierre Juhasz

des journaux et des livres, des images pieuses, dont s’est servi l’auteur, des coupures de presse, toute l’épopée du Royaume de l’irréel, composée au cours d’une cinquantaine d’années à l’abri de tout regard.

C’est vers les années 20 que Henry Darger décide d’illustrer son récit. Il a alors recours au collage et au report au carbone des illustrations qu&rquo;il glane dans les journaux et les livres. Plus tard, il se servira aussi de la photocopie. La force de l’œuvre tient à la fois de ce pouvoir d’appropriation et de détournement au profit d’une fantasmagorie personnelle, mais aussi des techniques mises au point (le collage, le report au carbone), dans une quasi clandestinité, à une époque où parallèlement se développait de façon plus manifeste dans le domaine de la création artistique, l’appropriation et la manipulation des images, par les artistes Dada — les premiers photomontages datent de 1918 —, ou plus tard, par les surréalistes ou encore plus près de nous, par les artistes du Pop Art.
Ce qui trouble avant tout dans cette œuvre, c’est la violence de certaines images (massacre des innocents, enfants étranglés, etc.) dont le traitement ressemble pourtant à celui des illustrations familières des livres pour enfant.

Quittant le bruit et la fureur du monde fantasmatique de Henry Darger (on peut visionner un film en version anglaise, réalisé par Jessica Hu en 2003, sur l’œuvre et l’artiste) ; on contourne le patio de la Maison Rouge sous le regard des imposants corbeaux alignés sur une structure qui leur sert de perchoir, du dispositif de Nicolas Darrot.
Une sonde blanche — ou œuf gigantesque — emplie d’air circule le long d’un dispositif, qui la guide autour de l’édifice. Lorsque la sonde blanche approche les noirs corbeaux, ceux-ci s’animent et croassent. Les aléas de la technique ne permettent pas toujours de répéter le cycle continu du dispositif prévu et construit par l’artiste. Mais, même immobiles, les ailes légèrement animées par le vent, ces oiseaux d’allure guerrière, dont la mécanique n’est pas sans évoquer les pièces de Rebecca Horn et dont le nombre et l’alignement rappellent les célèbres Oiseaux d’Hitchcock, ne manquent pas, à travers leur mise en scène et la symbolique qui les traversent, de produire une part d’étrangeté.

Enfin, loin du bruit et de la fureur, le visiteur pénètre l’exposition de huit peintures et de seize dessins de Michaël Borremans : The Good Ingredients. Des personnages dans des situations énigmatiques, des positions étranges — corps couchés au sol en quinconce, ailleurs, un homme s’enfonce des branches dans les narines —, semblent attendre dans un temps suspendu.
Une dimension photographique, voire cinématographique, traverse les peintures et les dessins, tant par le contenu de l’image que par le cadrage particulier qui participent à leur composition. Les peintures à l’huile aux éclairages subtils rappellent dans leur transparence et la finesse de leur picturalité la peinture flamande mais aussi Manet et la peinture surréaliste belge.
Quant aux dessins, de petits formats, parfois exécutés sur des supports particuliers, comme des couvercles de boîte, ils figurent de façon itérative une architecture qui lie l’infiniment grand avec l’infiniment petit : une maison plutôt banale aux très nombreuses fenêtres, comme amplifiée, qui ressemble à un jeu d’enfant, à une maquette ou à une architecture monumentale. Des personnages minuscules sont dans sa proximité ; d’autres, plus grands, les côtoient ou bien encore la maison est perçue comme maquette. Jeux d’échelle, de mises en scène étranges, de mise en abyme, chorégraphies de corps lilliputiens distribués dans l’espace des petits formats des supports, l’œuvre dans son ensemble développe toute une géométrie dont la logique reste secrète, la géométrie d’une énigme poétique.

En passant de salle en salle en salle, d’œuvre en œuvre, sous le noir regard des corbeaux aux ailes de parapluie de Nicolas Darrot, le long des livres boursouflés par la cuisson de Denise A. Aubertin, en longeant les figures et architectures étranges peintes et dessinés de Michaël Borremans, en traversant le monde onirique, parfois cauchemardesque, du Royaume de l’irréel de Henry Dager, face à ce que chacune de ces œuvres déploie comme méticuleuse rigueur, obstination, obsession et singularité, revient en la mémoire l’aphorisme de Georges Braque : «L’Art est fait pour troubler, la science rassure».

English translation by Marion Ross

Œuvre(s)
Henry Darger
Untitled, n.d. Dessin.

Nicolas Darrot
Le Souillot, 2005. Matériaux divers, moteurs, dispositif sonore. 75 x 80 x 80 cm.
Cispeo, 2004. Matériaux divers, moteurs, dispositif sonore. 53 x 38,5 x 45,5

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