Par Muriel Denet
Lors de la Biennale de Venise de 1999, le duo de designers graphistes M/M réalise, sous forme d’une peinture murale, le générique de la compilation de films de Dominique Gonzalez-Foerster, Philippe Parreno et Pierre Huyghe, projetée dans le Pavillon italien. Cette fresque sera condensée et éditée en une affiche grand format.
C’est une réduction de celle-ci, mise sous blistère en plexiglas, version supermarch&eacut
; de la vitrine d’exposition, que l’on voit dans le Forum.
Depuis, la collaboration avec des artistes a continué, et M/M expose trente-deux posters qui en résultent, format réduit et tirage limité, dans le Forum du Centre Pompidou. Chacun, tiré en digigraphie sur papier raisin 240 g, a suivi le même processus de réduction. D’images fonctionnelles, multiples et amplement diffusées, elles deviennent rares et précieuses, archives encapsulées d’événements passés.
Bien que les affiches soient très différentes les unes des autres, puisque le travail de M/M consiste à combiner différents éléments plastiques de l’œuvre source, avec leur propre univers de graphistes, un style, fondé sur le recyclage et le collage, s’impose. Souvent touffus, complexes, voire difficiles à appréhender du premier coup d’œil, les visuels ne se livrent pas facilement et requièrent un travail de décryptage qui promène le regard entre surface et profondeur, ensemble et détail.
Ainsi la typographie du titre du film de Dominique Gonzalez-Foerster,
Ryo, est-elle composée de bonshommes digitaux qui viennent se connecter les uns aux autres pour former les lettres, illustrant ainsi, quasi littéralement, le propos d’un film travelling sur des berges japonaises, où les contacts téléphoniques renvoient les rencontres physiques dans un espace virtuel définitivement hors champ.
Pour certaines affiches, l’effort demandé participe du message même (
Démocrartist, Alien Seasons, dont les textes se fondent avec le fond). Soit l’exact envers de l’efficacité publicitaire quand elle doit atteindre sa cible malgré elle. Bien qu’elles en aient la fonction, puisque liées à la diffusion d’un produit (exposition, film, livre,.. ), ces affiches sont aussi une porte d’entrée dans un univers artistique singulier.
Suivant cette logique, l’appel à idées, tout aussi utopique que le projet lancé par les artistes Carsten Höller et Philippe Parreno, pour la Biennale de Dakar — construire un parc d’attractions d’un genre nouveau, directement inspiré par le public —, est d’une limpidité aussi candide que déconcertante.
Mais le plus souvent le message reste abscons, enrobé dans un écrin un peu kitsch de circonvolutions végétales stylisées, entre Art nouveau et décorum indien. À l’image de la sucette publicitaire — réplique miniature de sa grande sœur présentée lors de l’exposition
Airs de Paris —, qui trône au centre de la boîte tapissée de rose conçue comme espace d’exposition, l’art de M/M est un alliage éclectique de marketing, sampling, collage dada, poésie graphique, et divinités hindoues, aussi improbable que réjouissant.
Œuvre(s)M/M (Paris)
— About (reproduction), 2008. D’après l’affiche du film : About (Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe & Philippe Parreno), juin 1999, Biennale de Venise.
— No Ghost Just a Shell (reproduction), 2008. D’après l’affiche de la présentation du personnage de manga Ann-Lee: No Ghost Just a Shell (Pierre Huyghe & Philippe Parreno), avril 2000.
— Annlee in Anzen Zone(reproduction), 2008. D’après l’affiche du film: Annlee in Anzen Zone (Dominique Gonzalez-Foerster), décembre 2000.
— Cosmodrome (reproduction), 2008. D’après l’affiche de l’exposition : Cosmodrome (Dominique Gonzalez-Foerster & Jay-Jay Johanson), avril 2001.
— Alien Seasons (reproduction), 2008. D’après l’affiche de l’exposition : Alien Seasons (Philippe Parreno), mai 2002.