Par Clément Dirié
"La dénonciation trop policée par “Playlist” d’une uniformisation des cultures" titre Philippe Dagen dans
Le Monde pour rendre compte de cette exposition qui entend "réunir des artistes dont la matière première n’est pas le bois, le marbre ou la toile, mais la culture".
C’est effectivement cette impression que peuvent donner les bibliothèques de Saâdane Afif, de Clegg and Gu
tmann et de Carol Bove, les formulaires d’Angela Bulloch et de Daniel Perrier, les énumérations (et non les accumulations) de Rémy Markowitsch et de Samon Takahashi, les compilations généalogiques de Pauline Fondevilla et de Dave Muller…
Cela plus fortement encore au contact des seringues et des amphétamines de l’installation de Bjarne Melgaard, peut-être la seule installation de " Playlist " qui exige de prendre parti, qui renvoie à l’affect et non à l’intellect.
Dans la sculpture
Sans titre, écran total de Bruno Peinado, double insignifiant et signalétique du logotype du Centre Georges Pompidou, de ce que chaque artiste fait d’une culture mondialisée à l’occidentale, de sa formation et de son environnement, on s’aperçoit que la figure du renvoi est finallement plus importante que la figure du choix dans une playlist.
Cette figure du renvoi, du retraitement, situe l’artiste comme un point dans un ensemble culturel et iconique qu’il doit prendre en compte, sinon en charge.
Bertrand Lavier prend en charge l’histoire de l’art —
Ifafa III parodie en néons une œuvre de Frank Stella —, alors que Jacques André ou Allen Ruppersberg, ne font que la prendre prendre en compte, en agissant comme des collectionneurs et stockeurs.
La " Playlist " du Palais de Tokyo manque sans doute d’ironie, de dérision. Son registre est plutôt du côté de la parodie qui désigne étymologiquement le "chant d’à côté", celui qui s’inscrit en creux de la voix principale, qui la commente plus ou moins ironiquement.
La parodie caractérise la pratique réflexive des artistes qui " perçoivent la culture comme un chant chaotique infini dont l’artiste serait le navigateur par excellence " (Nicolas Bourriaud, catalogue).
L’artiste est ainsi un nouvel Ulysse perdu sur la mer de la culture où il lui faut se frayer un chemin, un parcours. Pour revenir à quelle Pénélope ?
C’est sur cette idée que repose exposition
Code Unknown de la promotion 2004 du Pavillon (présentée du 12 au 22 février) : il s’agissait de travailler sur les protocoles de compréhension et d’identité, de reconnaissance des valeurs et des formes.
Du coup, la priorité revient à la forme perçue comme moyen de répondre aux flots d’images, de délivrer des sensations, de traduire l’être-ici culturel et artistique. Comme une bibliothèque, la forme est le support de la création conçue comme programmation artistique (le sous-titre anglais du livre de Nicolas Bourriaud,
Postproduction, est " Culture as Screeplay : How Art Reprograms the World ".
Tous les médias sont ici mobilisés, à l’exception notable de la performance, peut-être la pratique la plus inscrite dans le social.
Des grandes fresques murales aux œuvres minimalistes, de l’installation exubérante proclamant " This is What I Do to Make Money. Pictures Are Observing us, Not the Opposite " (la morale de l’exposition ?) au poétiquement et politiquement correct
Upside Down. Pastoral Scene (qui n’est pas sans rappeler les beautés de Chen Zen) : toutes les œuvres exposées agissent plus comme commentaires que comme citations.
On en veut pour preuve les actions de déconstruction et la répétition que, dans
Répertoire, Jonathan Monk fait subir aux lignes de Buren, que Daniel Perrier fait subir aux recherches formelles et interactives de Piet Mondrian et Bruce Naumann (
110 Composition 1921-1943/Piet Mondrian et …Him…neon works/1965-1998/Bruce Naumann).
Ces pratiques instaurent un meilleur dialogue que ne le fait l’aporétique programme de conversation Sowana de
Black Box par le Cercle Ramo Nash. Celles-ci proclament en effet la supériorité de l’humain sur la machine, et prétend rompre le clivage entre la haute culture et la culture de masse en saisissant des objets et des pratiques culturels variés.
Œuvre(s)Saâdane Afif :
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(Blanc, jaune, rouge, vert), 1971-2003. Lightshow.
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Pirate’s Who’s Who, 2000-2004. Edition de six exemplaires, étagère Lovely Rita de Ron Arad, collection de livres sur la piraterie. Peinture pailletée.
Jacques André :
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Do it de Jenny Rubin, 2003. Photo.
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Frise, derniers achats effectués par Jacques André, 2003. Installation.
John Armleder :
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Sans titre (tryptique d’Utrecht), 1992. Technique mixte sur toile. 300 x 600 cm.
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Peter Pano, 2004. Impression numérique sur papier.
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