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ART | CRITIQUES
John Bock, Christoph Büchel...
Dionysiac
16 févr. - 09 mai 2005
Paris. Centre Pompidou
Le programme annoncé « d’explosion et d’enthousiasme » dionysiaques a tourné au cauchemar. Les œuvres conjuguent dérision désespérée et cynisme tapageur, comme pour conjurer l’horreur vraie du monde, l’effondrement de la raison (apollinienne), des certitudes et des utopies.


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Martin-Kersels-<em>Dionysian-Stage<-em>-2005-Sculpture-monumentale-avec-bois-meubles-moteurs-mat-eacute;riaux-de-r-eacute;cup-eacute;ration-produite-par-le-Centre-Pompidou-Env-300-x-400-cm-Courtesy-galerie-G-Ph-et-N-Vallois

Richard-Jackson-<em>Pump-Pee-Doo<-em>-2005-Installation-de-8-ours-en-fibre-de-verre-moul-eacute;-peinture-produite-par-le-Centre-Pompidou-Haut-210-cm-sans-socle-Courtesy-galerie-G-Ph-et-N-Vallois-;-galerie-Hauser-Wirth-Zurich-Londres

Richard-Jackson-<em>Oh-Dear<-em>-2004-OElig;uvre-en-cours-de-fabrication-dans-l-rsquo;atelier-de-l-rsquo;artiste-agrave;-Los-Angeles-Courtesy-Richard-Jackson-;-galerie-Hauser-Wirth-Zurich-Londres-;-galerie-G-Ph-et-N-Vallois-Paris

Fabrice-Hyber-<em>Peinture-hom-eacute;opathique-n-deg;2-DIO-BIO<-em>-2000-2004-Techniques-mixtes-Courtesy-Unlimited-Responsability

Thomas-Hirschhorn-<em>Jumbo-Spoons-and-Big-Cake<-em>-2000-Oeuvre-cr-eacute;e-agrave;-The-Art-Institue-of-Chicago-Dimension-globale-nbsp;-nbsp;120-m2-Collection-Stephen-Friedman-Gallery-Londres

Gelatin-<em>Sans-titre<-em>-2004-Photo-plasticine-couleur-sur-panneau-de-bois-153-x-162-cm-Courtesy-galerie-Mayer-Kainer-Vienne-;-galerie-Emmanuel-Perrotin-Paris

Malachi-Farrell-<em>O-rsquo;black-(atelier-clandestin)<-em>-2004-2005-Installation-sonore-produite-par-le-Centre-Pompidou-en-collaboration-avec-l-rsquo;Association-In-Extenso-Dimensions-variables-©-Malachi-Farrell

Christoph-B-uuml;chel-<em>Minus<-em>-2002-Installation-r-eacute;activ-eacute;e-en-2005-avec-les-groupes-Los-Chicros-et-I-love-UFO-chambre-froide-mat-eacute;riel-pour-concert-lumi-egrave;res-280-x-540-x-400-cm-Collection-Migros-museum-fur-gegenwarstkunst-Zurich

  
Par Muriel Denet

La coupe est pleine. Tel est l’effet que produit la concentration en une même exposition d’œuvres produites, la plupart spécialement pour l’occasion, sous l’égide de Dionysos. De salle en salle, se déploie une lourde palette des modalités plastiques de l’excès, jusqu’à la nausée. Les artistes invités à cette orgie sont de ceux qui ont pris acte de la capacité sans préc&eacte;dent du marché, qui désormais régit le monde — et l’art — sans entrave aucune, de digérer et recycler toute manifestation humaine, jusqu’aux plus subversives, surtout les plus subversives. Plutôt que d’opposer une vaine résistance, chacun se livre à une véritable surenchère, en recyclant, à son tour, images et déchets, les produits phare de ce monde glouton.

Dans les branchages du nid géant concocté par Martin Kersels se sont pris tous les détritus imaginables d’une décharge publique. Mais il danse, tourne sur lui-même imperturbablement, en lançant des éclats de lumière au plafond telle une boule miroitante de discothèque. La fête de l’art continue.

Hommage et pied de nez aux avant-gardes du XXe siècle, les grands ours monochromes de Richard Jackson pissent, chacun sa couleur, dans des urinoirs fort duchampiens. Mais les pompes sont inertes, le dispositif débranché, inopérant.
L’art n’a peut-être plus à produire de nouvelles images, mais bien plutôt à tenter de mettre de l’ordre dans leur flux informe. Une juxtaposition de tableaux de Keith Tyson s’y essaie, par cadrages et décadrages successifs des choses ordinaires du quotidien. Mais cela dégénère en une constellation interstellaire, imaginant le cosmos en poubelle planétaire. En face, All from One Zigugurat , une installation blanche sur velours noir, propose une généalogie de ce devenir-rebut du monde. On y voit une sphère immaculée, d’avant le big-bang du gaspillage généralisé, engendrer des formes qui se répandent en se complexifiant, jusqu’aux objets fantômes du quotidien : clavier d’ordinateur, truelle, candélabre, etc., dont il ne reste que l’enveloppe hors d’usage.

En noir et blanc encore, la provocation de Kendell Geers est plus brutale, et sans suite. Sur les murs d’une chapelle vouée à la Vierge Marie, les fresques exhibent des femmes lascives, cuisses ouvertes, tout droit sorties de revues pornographiques.
À côté, c’est dans la pénombre que Fabrice Hyber, enfant sage dans cette tourmente de débauches, bégaie, dans de petites vidéos en boucle, le B.A.BA de l’animation : variations colorées, envol de mouette en flip-flap, pitreries de l’artiste, ou va-et-vient copulatoire (pudiquement masqué). Le tout sous le regard d’un nounours, héros d’un tableau patchwork saturé de dégoulinures colorées.

C’est aussi avec une peluche que Gelatin accueille le visiteur d’une exposition qui laisse libre cours aux régressions infantiles, elle lui tire une langue rose bonbon surdimensionnée. L’ambiance est foraine et grotesque. Les artistes de rue, saltimbanques et autres pieds nickelés, s’égaillent dans des tableaux tout aussi immenses, faits de bric et de broc (photos, peinture, pâte à modeler et autres matériaux), dans des compositions chaotiques dadaïstes, des contorsions naïves, des couleurs de mauvais goût et une profusion baroque. Guernica est plus sombre, tout en pâte à modeler. La violence des dislocations de la toile historique s’est muée en un grouillement de vermine, métaphore de l’état de guerre rampante qui ronge le monde. Couleur merde.

Merde, ou savon, la salle de McCarthy et Jason Rhoades est un foutoir total sur moquette rouge. Y sont entreposées des bites en savon. Une réplique clean d’une production trash pour la Documenta XI, dont le matériau était les excréments des visiteurs. Des vidéos en face à face présentent les deux chaînes de production, dont la similitude des processus est plutôt troublante.
Les statues sur socle de marbre de Jonathan Meese sont aussi couleur merde, ou bronze, on ne sait plus. La débauche est ici guerrière, sous couvert de mythologie, les dieux, gueules cassées, demeurent assoiffés de sang. Mais l’horreur absolue, ou le sordide le plus glauque, peuvent être atteints sans tant de grandiloquence.
John Bock en fait la démonstration magistrale par excès d’absurde, agencé par quelques effets cinématographiques efficaces : dévider un tube de dentifrice dans l’oreille de sa victime se révèle une torture d’une insupportable cruauté. Mais que l’on ne s’y trompe pas, il s’agit d’un film d’amour (avec le baiser convenu du happy end), certes mixé avec du gore, du fantastique, et de la comédie musicale. Le décor en est ce béton brut des constructions en ruine avant d’être achevées qui mitent nos métropoles et nos écrans.
On le voit, les œuvres conjuguent dérision désespérée et cynisme tapageur, comme pour conjurer

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