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Par Frédéric Lebas Fruit de la collaboration de Grégory Chatonsky et de Reynald Drouhin, le site internet Revenances est un espace vrml, une œuvre en ligne immersive en 3D, qui a été réalisée en juillet 2000 au C3 (Centre pour la Culture et la Communication, Budapest) avec l’aide du CICV (Centre international sur la Création Vidéo) et de l’AFAA (Association française de l’Action Artistique) et présentée à la Biennale d’Art contemporain de Montréal. Depuis 1989, Grégory Chatonsky a réalisé de nombreuses vidéos, installations vidéo, cd-rom, puis de sites. Il est le fondateur de la plateforme incident.net, où l’on peut consulter de nombreuses œuvres en ligne de différents artistes du multimédia. Sa dernière œuvre intitulée Se touche toi, a été réalisée au Fresnoy (où il a été professeur) elle était en présentation en septembre dernier au festival « Emergences » 2004. Reynald Drouhin, quant à lui, est l’auteur de nombreux projets pour le web, et membre d’incident.net. Sa dernière œuvre s’intitule BetaGirl (présentée en décembre 2003 au festival « Acces », www.acces-s.org). Revenances est une réflexion spatio-temporelle sur la mort. Ce site met en scène un esprit perdu dans les limbes, un espace interstitiel d’errance des non vivants. Serait-ce l’autopsie d’un disque dur, retraçant l’expérimentation du téléchargement d’un esprit qui aurait mal tourné, le corps séparé à jamais de ce dernier? Une NDE participative (Near Death Expérience) ? Pour Chatonsky, « c’est l’histoire d’un homme qui rejoint le monde des morts. Il entend une voix, celle d’une femme. Cette femme raconte la mort de cet homme et leur séparation ». Revenances c’est un espace tridimensionnel, maelström noir, dans lequel est placé une structure architecturale à multi niveaux : un donjon infini. Dans cette simulation, les pièces ne sont soulignées que par les contours squelettiques du bâti en fil de fer. Quand on s’est familiarisé avec la navigation (à la souris ou au clavier), un avatar apparaît. C’est le fantôme d’une jeune femme qui parfois se dédouble. Elle entonne d’une voix blanche en anglais et en français une étrange litanie faite de questions et d’affirmations existentielles sur son devenir et le nôtre. Ne serait-ce pas à vous, tout compte fait, qu’elle s’adresse ? Face à cette étrangeté règne une ambiance sonore pesante aux échos lointains d’outre monde et entrecoupée de silence. Les textes sont inspirés du livre Spectres de Marx de Jacques Derrida. Le ghost de l’homme, ou son âme damnée, n’a pas d’autre solution que d’explorer ce lieu paranormal, accompagné de l’image schizo virtuelle de la femme. Le contact d’une chaise et d’un lit ou le passage d’une porte, les seuls éléments qui suggèrent qu’il y aurait eu un corps, font surgir des flashs back : des rêves sensoriels (caresses, bouffée de cigarette), des visions cauchemardesques, des voyages (bâtiments détruits de la Commune de Paris, visages, neige d’un écran de télé)… Tout corps devient spectre (caméra infrarouge) et serait un fragment mémoriel d’une humanité oubliée. En épilogue, « Exit the ghost », tel Orphée nous quittons les enfers et réintégrons notre corps symbolisé par une main cramponnée à la souris de l’ordinateur. Revenances est une expérience mystique et philosophique du « téléchargement » de l’esprit dans la matrice, tel que Hans Moravec et Marvin Minsky l’ont prophétisée au début de la cyberculture. Ce site, certes un peu ancien (2000), repose sur la 3D, un procédé technique trop peu employé (3D), une initiative trop rare.
Liens — www.incident.net/works/revenances/ — www.incident.net/ — http://reynald.incident.net/
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