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La langueur estivale a été troublée par les humeurs amères du sang de la répression en Syrie et en Libye, du sperme de l'outrage sexuel à New York, et des larmes des peuples de tous les pays d'Europe, y compris la France, frappés de plein fouet par la crise financière et les plans de rigueur, sous l'œil à peine compatissant des maîtres de la bourse dont les résultats nets ont globalement crû au premier semestre de plus de 30%.
C'est sur ce fond de désordres politiques, éthiques, sociaux et économiques profonds du monde que se préparent en France les échéances électorales, et que s'engage à nouveau le débat sur la culture.
Tout a commencé à Avignon quand, le 17 juillet, Martine Aubry — première secrétaire du Parti socialiste, maire de Lille, candidate à la primaire socialiste en vue des élections présidentielles — a proposé d'accroître, si elle était élue, le budget du ministère de la Culture de 30% à 50% (soit 200 millions d'euros par an), pour notamment assurer «le financement de 10 000 emplois d'avenir» en faveur de 10 000 jeunes.
Ce n'était pas le seul aspect de son propos que Le Monde a publié a posteriori sous le titre «Un nouveau printemps pour la culture» (26 juil. 2011). Mais c'est celui qui a mis le petit monde de la culture en effervescence, en premier lieu le ministre qui a réagi par une interview à Libération (19 juil.), puis par une tribune libre au Monde (22 juil.).
Si la forme-interview réussit à peu près à contenir son agressivité, ses paroles frôlent parfois, comme souvent chez lui, le lapsus pour dériver sur des terrains douteux: «L'argent, déclare-t-il, ne sert qu'à lubrifier. La focalisation sur l'argent révèle peut-être une panne d'idées»…
Une telle difficulté à saisir les résonances de son lexique sur sa propre réputation laisse perplexe et augure mal de sa lucidité.
Dans sa tribune libre du Monde, où plus rien ne le canalise, Frédéric Mitterrand éructe littéralement un amas désordonné de chiffres invérifiables, de vaines justifications (sur les vertus culturelles d'Hadopi), de contre vérités («le gouvernement a, et sanctuarisé, et augmenté le budget de la culture en 2011»), et de vieux slogans, le tout sous un titre pathétiquement triomphaliste: «Plaidoyer pour une politique culturelle du XXIe siècle».
Là, ce n'est plus le lapsus qui mène subrepticement aux franges de pratiques délictueuses; ce sont les clichés, les slogans, les accusations baignées de mépris, qui sont jetées à la figure en guise d'arguments.
Car il ne s'agit pas d'éclairer la réalité d'une politique, mais de la masquer: «Les piliers sur lesquels repose l'action de l'ensemble de mes prédécesseurs restent d'actualité, affirme le ministre. Il s'agit d'assurer l'accès du plus grand nombre aux œuvres de l'esprit […], en d'autres termes la démocratisation culturelle».
Cela, le ministre l'assène sans vergogne après avoir, pendant de longs mois, fustigé la «démocratisation culturelle» au nom de sa chétive petite notion de «culture pour chacun». On ne trouvera «nul changement de paradigme, nul désengagement dans les politiques qui ont été conduites sous ma responsabilité», insiste-t-il sans craindre de falsifier les faits, de se renier, et de décrédibiliser plus encore sa parole.
Pour tenter de se donner une épaisseur à laquelle personne ne croit, pas même son propre camp politique, Frédéric Mitterrand se présente donc comme l'inventeur d'un juste milieu, d'une troisième voie: «Entre une dérégulation et le Tout-État, il y a une place pour la politique culturelle que j'ai construite, pas à pas, avec pragmatisme et résolution».
Mais cette place qu'il revendique est une fiction politique destinée, d'une part, à faire oublier qu'il est l'acteur et la caution dociles d'une politique de «dérégulation» systématique de la culture, et, d'autre part, à dévaluer les propositions de Martine Aubry en les assimilant à de l'«étatisme d'un autre âge».
La question des moyens de la culture mérite mieux qu'une débauche de slogans et de stéréotypes, mieux que des fanfaronnades dérisoires. D'autant plus qu'à la proposition d'augmenter le budget du ministère de la Culture est souvent opposée une sorte de réalisme qui voudrait sacrifier la culture sur l'autel de la dette: réduire les déficits au lieu de les creuser en finançant la culture…
Il s'agit évidemment là d'une conception de la culture comme activité superflue, de second ordre, voire frivole: socialement stérile et économiquement improductive. ... |