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ART | EDITORIAL

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Hervé Rabot, N.D, 2004. Photo couleur, tirage lambda contrecollé sur aluminium. 100 x 74,4 cm<br><br><div style="line-height: normal"><span style="font-size: 14pt">Courtesy Galerie Isabelle Gounod</span></div> Pour un vrai service public de la culture
10 déc. 2009
Numéro 295
En ces temps politiques de démantèlement compulsif des services publics, placés sous les coups de boutoir d'un arsenal de lois technocratiques, d'actions de privatisations et de marchandisations tous azimuts, il ne suffit pas de constater que la culture est en grand danger. Il faut, pour la culture, défendre la nécessité d'un service public fort, intelligent, dynamique, ouvert, efficace et dûment doté.
Ni se soumettre à la fausse nécessité libérale de la privatisation, ni se satisfaire de la caricature actuelle du service public de la culture, mais inventer un vrai service public capable de stimuler la vie culturelle et artistique autour de valeurs débattues démocratiquement.
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carre_rouge  Par André Rouillé

En ces temps politiques de démantèlement compulsif des services publics, placés sous les coups de boutoir d'un arsenal de lois technocratiques, d'actions de privatisations et de marchandisations tous azimuts, il ne suffit pas de constater que la culture est en grand danger. Il faut, pour la culture, défendre la nécessité d'un service public fort, intelligent, dynamique, ouvert, efficace et dûment doté.
Ni se soumettre à la fausse nécessité libérale de la privatisation, ni se satisfaire de la caricature actuelle du service public de la culture, mais inventer un vrai service public capable de stimuler la vie culturelle et artistique autour de valeurs débattues démocratiquement.

Le service public de la culture, tel qu'il existe en France depuis André Malraux et Jack Lang, n'a cessé de subir les assauts de tous ceux qui posent en principe que l'État, en tant qu'incarnation du pouvoir, est par nature incompatible avec l'art et la culture dont la liberté sans partage est l'une des conditions de possibilité. En d'autres termes, le marché, élevé, lui, au rang de parangon de la liberté, serait l'espace et le soutien naturel de l'art.
Cette antienne qui continue à courir contre vents et marées, et par delà les chaos du marché, a été dernièrement encore entonnée, à Paris, par… Patti Smith: «En tant qu'artiste punk-rock américaine, la politique culturelle française est un mystère. Je ne peux accepter de l'argent d'un gouvernement» (Libération, 25 mars 2008).

Face à ces fausses évidences, et sans nier la légitimité du marché, il faut souligner qu'il est moins un espace de liberté que le cadre d'une domination de la valeur d'échange sur la valeur artistique, de la marchandise sur l'œuvre, de la dynamique du profit sur la logique du sens. Le marché est moins un espace de libre création artistique que le territoire des œuvres-marchandises.
Or, l'art et la culture ne sont pas seulement des marchandises à acheter et vendre, ce sont aussi des opérateurs de cohésion sociale, des générateurs de communauté, des vecteurs de valeurs, des éléments de reconnaissance. Dans les sociétés de liberté, ils peuvent contribuer à la mission sociale et historique de construire entre les hommes, par delà les différences et les origines, du commun, du lien et de l'humanité.

Mais, par ses visées amples et à long terme, une telle mission déborde amplement les enjeux et les cadres du marché, tandis qu'aujourd'hui plus que jamais les pouvoirs publics, gouvernement et ministère de la Culture, semblent manifestement ignorer ces potentialités civilisatrices de l'art et de la culture contre lesquels ils ont lancé une offensive ouverte.

L'arme gouvernementale de destruction massive de l'art et de la culture a pour nom la RGPP, qui signifie exactement la «Révision générale des politiques publiques». C'est un programme très concret qui est en train de bouleverser tout l'édifice de la société française conçu au sortir de la Seconde Guerre mondiale: un plan méthodique de démantèlement des services publics, sous couvert de les moderniser, de les revaloriser, de les réformer. Si c'est une réforme, c'est une réforme à l'envers, une contre-réforme.

C'est en application de la RGPP que la France est désormais soumise au dogme ultra libéral de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraire. Appliqué systématiquement, arithmétiquement, avec une brutalité aveugle, ce dogme technocratique et obtus ignore les besoins des populations, la fécondité sociale et économique d'une action publique dynamique, et les exigences nouvelles du monde tel qu'il se profile.
Version comptable d'une politique consistant à dissoudre les services publics dans les entreprises privées, la RGPP est menée au pas de charge puisqu'en 2010 seront supprimés 33 754 postes dans la Fonction publique — éducation, santé, transports, culture, etc.

Au cours des dix prochaines années, le Centre Pompidou va pour sa part perdre 400 postes d'agents permanents sur les quelque 1000 actuels, alors que l'établissement est au bord de l'asphyxie. Cette saignée de 40% des effectifs s'accompagnera d'une multiplication des vacations et d'une externalisation massive de l'emploi, c'est-à-dire d'une généralisation de la précarité et de la déqualification du travail.
La formidable aventure collective, teintée d'utopies progressistes et libertaires de l'après Mai 68, s'effondre aujourd'hui dans une plate recherche de rentabilité et de profit, dans la gestion bêtement comptable d'une institution qui a pourtant affaire avec les plus hauts degrés de la création et de la pensée.
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