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ART | EDITORIAL

324
Olivier Laban-Mattei, Bande de Gaza, 19 janv. 2009. Une Palestinienne console son enfant dans les décombres de sa maison du hameau d&rsquo;Ezbet Abed Rabbo, aux abords de Jabaliya. Photo.<br><br>Courtesy Visa pour l&rsquo;image / © Olivier Laban-Mattei<br /> Perpignan: visa pour l'enfer
02 sept. 2010
Numéro 324
Pour la vingt-deuxième année, le festival du photojournalisme «Visa pour l'image» vient, à Perpignan, clôturer la série des événements culturels de l'été. Et depuis vingt-deux ans, son directeur Jean-François Leroy ne se lasse pas d'afficher sa satisfaction et de répéter son crédo: «Présenter le meilleur de la production, découvrir les talents de demain, et faire redécouvrir les plus grands photographes du monde». Louable mais assez élémentaire mission...
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carre_rouge  Par André Rouillé

Pour la vingt-deuxième année, le festival du photojournalisme «Visa pour l'image» vient, à Perpignan, clôturer la série des événements culturels de l'été. Et depuis vingt-deux ans, son directeur Jean-François Leroy ne se lasse pas d'afficher sa satisfaction et de répéter son crédo: «Présenter le meilleur de la production, découvrir les talents de demain, et faire redécouvrir les plus grands photographes du monde». Louable mais assez élémentaire mission. Un festival sur le photojournalisme qui ne se fixerait pas ces tâches minimales n'aurait en effet guère de raison d'être.
En la matière, les grandes intentions comptent moins que leur mise en œuvre. C'est précisément là que le bât blesse à «Visa pour l'image».

D'abord dans la présentation des expositions. Le même schéma est répété de façon immuable. Chaque photographe sélectionné expose un reportage composé d'une série de tirages encadrés et légendés, tous équidistants et de mêmes dimensions. Cette uniformité et cette linéarité reposent sur un «choix assumé», mais sans que l'on en perçoive clairement la pertinence.
Ce type d'accrochage, qui aplatit tout sous la contrainte d'une même et rigide présentation, génère une monotonie préjudiciable à l'appréciation des images et du propos. Au fil des mètres et des mètres de photographies juxtaposées, l'œil se lasse, l'attention se relâche, l'intérêt fléchit, et s'allonge le pas qu'aucune intensité ne parvient plus à ralentir.

En fait ce parti-pris, fût-il «assumé», revient à réduire «Visa pour l'image» à une sorte d'archive murale dans laquelle toutes les images seraient accumulées, équivalentes en importance, valeur et sens. Plus encore, ce parti-pris aboutit à ne présenter que la moitié du photojournalisme: la photo sans le journalisme en quelque sorte, sans les supports.
Pour faire comprendre et apprécier le photojournalisme dans toutes ses dimensions et mécanismes, il conviendrait au contraire de ne pas en exclure, comme c'est le cas à Perpignan, les journaux et les magazines qui achètent, commandent, publient et mettent en page, c'est-à-dire en sens, les photographies.

Le photojournalisme n'est pas seulement une affaire de photographes, mais la conjonction d'au moins deux régimes de production d'objets et de sens: celui de la photographie et celui de la presse. Un reportage publié dans un magazine ne se réduit jamais à la somme arithmétique de ses images qui, dans le magazine, ne sont jamais alignées à la queue leu-leu. Elles sont au contraire toujours agencées de façon hiérarchique, de tailles très variables — certaines agrandies, d'autres réduites —, combinées à du texte, réparties dans l'espace et la succession des pages, selon une logique à la fois graphique et signifiante.
En réduisant délibérément le photojournalisme à la seule photographie, «Visa pour l'image» condamne ainsi les spectateurs à méconnaître comment un faisceau de sens émerge à la conjonction de la photographie et de la presse.

Sur le plan strictement photographique, «Visa pour l'image» propose une vision tragique du monde dont les photographes vont (héroïquement) chercher les manifestations à Gaza, en Haïti, en Irak, en Géorgie, en Birmanie: partout où des hommes et des femmes sont plongés dans l'«horreur», où ils sont «victimes de guerres, de régimes autoritaires ou de la nature elle-même» (Olivier Laban-Mattei).
A longueur de murs se succèdent ainsi «Violences à l'encontre des femmes en Inde» (Walter Astrada); luttes de la police contre la violence urbaine (Antonio Bolfo); migrants clandestins à la «Jungle» de Calais (Carsten Snejbjerg); guerre en Afghanistan (Stephen Dupont); «Eloi, l'enfant-bulle» (Hubert Fanthomme); ou «Haïti-Bangkok, de l'horreur à la révolte» (Corentin Fohlen), etc.
Cette vision catastrophiste, qui réduit le monde à un «enfer», est celle que défend Jean-François Leroy, persuadé que les photographes exposés à Perpignan ne font qu'enregistrer fidèlement «le monde tel qu'il est», et qu'ils donnent un accès direct au «monde réel» (17 juil. 2009), sans médiations ni distorsions.

Cette hautaine certitude est heureusement contredite par les faits! Si le monde est souvent rude, violent, voire horrible et catastrophique, et terriblement inégalitaire, il est tout autant tissé de rencontres et d'espoirs, et d'une multitude de moments de bonheur simple. L'horreur n'est pas le seul visage du monde, et les hommes ne sont pas d'éternelles victimes.

En fait, ce n'est pas le «monde réel» que présente «Visa pour l'image», ...


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