Palais de Tokyo: petits meurtres entre amis 05 mai 2011 Numéro 355 La valse des nominations et des démissions continue au ministère de la Culture. Après l'épisode ubuesque du Théâtre de l'Odéon où le ministre reconnaissait la qualité du travail d'Olivier Py tout en mettant fin à ses fonctions de directeur, un nouveau rebondissement vient cette fois agiter le Palais de Tokyo avec la démission de son «président» Olivier Kaeppelin. On pourrait s'en amuser s'il ne s'agissait pas là de deux symptômes du profond malaise qui ronge la culture en France.
Par André Rouillé
La valse des nominations et des démissions continue au ministère de la Culture. Après l'épisode ubuesque du Théâtre de l'Odéon où le ministre reconnaissait la qualité du travail d'Olivier Py tout en mettant fin à ses fonctions de directeur, un nouveau rebondissement vient cette fois agiter le Palais de Tokyo avec la démission de son «président» Olivier Kaeppelin. On pourrait s'en amuser s'il ne s'agissait pas là de deux symptômes du profond malaise qui ronge la culture en France.
Au Théâtre de l'Odéon, la décision d'évincer Olivier Py au profit de Luc Bondy est apparue tellement ridicule dans sa monarchique désinvolture qu'elle a soulevé une horde de protestations face auxquelles le ministre a été contraint de battre en retraite, et de prendre la décision tout aussi inopportune de propulser Olivier Py à la tête du festival d'Avignon pour la saison 2014, alors que les deux actuels directeurs viennent d'être renouvelés…
C'est ainsi que la pratique ordinaire des petits services entre amis, alliée à l'incompétence et l'impudence, font oublier aux gens de pouvoir les règles élémentaires de la République et les exigences supérieures de la culture. Au risque, nouveau sport ministériel, de déraper de mal en pis.
Il n'est pas certain que l'on comprenne toujours bien les enjeux et raisons des décisions, mais on a assez nettement l'impression qu'elles se jouent sur la petite scène très fermée du pouvoir et de ses alentours où s'affrontent les ambitions, se tissent les complicités, et se conjuguent les intérêts.
L'artiste suisse Luc Bondy, qui, paraît-il, «désirait diriger un théâtre à Paris», aurait «demandé en haut lieu la direction du Théâtre de l'Odéon», et obtenu satisfaction… sans même présenter de projet (Le Monde, 02 mai 2011).
Coût de l'opération: la déstabilisation de deux structures, de deux équipes, et de deux programmations — celles de l'Odéon et d'Avignon. Et un immense mépris pour la culture.
A peine l'émoi était-il retombé du côté du théâtre, et alors que l'on s'interrogeait encore sur le curieux — ou sans doute intéressé — silence d'Olivier Py après l'extravagant épisode dont il venait d'être l'objet, on apprenait la démission d'Olivier Kaeppelin de la (très formelle) présidence du Palais de Tokyo. Il ne s'agissait à vrai dire que d'une présidence de chiffon, puisque le ministre avait signé sa nomination… sans se préoccuper de la faire entériner par sa publication au Journal Officiel. Ce qui n'était pas de nature à consolider les positions de ce président en suspens dans les vifs affrontements dont le Palais de Tokyo est l'arène.
La création du Palais de Tokyo en 2002 a constitué une rupture: en ouvrant jusqu'à minuit, en arborant une architecture intérieure pauvre, plus proche de la friche que du white cube, et surtout en important des œuvres hétérodoxes d'une jeune scène artistique internationale. Cela a séduit, un public important a été touché, mais cela n'a pas été du goût de tout le monde, en particulier de nombreux artistes «français» qui ont critiqué la préférence internationale trop systématique des directeurs — d'abord Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans, puis Marc-Olivier Wahler depuis 2006.
Le réel succès public du Palais de Tokyo en France et son rayonnement sur la scène internationale ont fait taire les critiques et ressentiments, jusqu'à ce que la décision d'exploiter les 7000 m2 des sous-sols inutilisés du bâtiment n'aiguise les appétits
Le Centre Pompidou a sauté sur l'occasion et tenté d'obtenir l'exploitation de ces espaces pour présenter les artistes français de «milieu de carrière». Mais le projet n'a pas abouti, sans que l'on sache, nous citoyens, vraiment pourquoi.
C'est alors qu'Olivier Kaeppelin, ancien Délégué aux arts plastiques, a été chargé par le ministère de la Culture de rédiger un rapport, remis en avril 2009 à Christine Albanel sous le titre Un nouveau lieu pour la création et les créateurs en France.
Ce rapport préconisait de créer, au cœur d'une zone Tour Eiffel-Alma, un «quartier d'art contemporain» au sein duquel le Palais de Tokyo serait doté de deux missions distinctes: l'une consacrée à la «jeune création, la création émergente française et internationale»; et l'autre à «la création et aux créateurs confirmés de la scène française».
A la suite de quoi, fort d'une (vile) assurance ministérielle qu'il serait président du futur Palais de Tokyo, Olivier ...
orevo "Perhaps there is no more to say"
"L'image accompagnant l'éditorial n'est aucunement l'illustration du texte. Ni l'artiste, ni le photographe de l'œuvre, ni la galerie ne sont associés à son contenu."
Bravo ! 07 mai 2011
Joelle de Gwada Les cancans bien franco-parigo-français! A quand les appels d'offres en bonne et dûe forme pour les vacances des postes de la culture? Que chacun et chacune puisse avoir sa chance, plutôt que de devoir subir la loi du favoritisme bien franchou-frrrracnçais! 07 mai 2011
sans tout n'est pas dit il manque à cet article de nombreux éléments : "l'affaire" des pétitions pour soutenir nos fonctionnaires - à l'heure des révolutions arabes - commence bien avant. 07 mai 2011
sab désastreux l n'y a plus rien de vrai, de sensible et de profond dans les arts plastiques contemporains que ces gens nous imposent.
On ne trouve que conflits d'intérêts, petits arrangements entre amis.
C'est honteux et nous artistes nous ne pouvons plus vivre
Sommes - nous au XXI ème siècle ? quel cauchemar ! 07 mai 2011
Boniface Que voulez-vous que... Un seul homme ne peut pas tout, mais O. Kaeppelin est resté longtemps aux affaires pour pouvoir émarger au résultat collectif suivant : des travailleurs culturels pauvres et précaires, des jeunes artistes au RSA, des "vieux" profs supplantés par des jeunes docteurs (rappelez-moi, à partir de quand est-ce que l'art contemporain a vraiment intéressé l'université ?), des programmes et des conduites ultra-libéraux bénis par l'Etat et ses représentants,des contraintes politiques incessantes et chaotiques, je continue ? j'exagère ?
Paris et ses établissements ! on a déjà connu la saga programmatique du Jeu de Paume, la fascination médiatique du Palais de Tokyo, les espoirs messianiques de l'espace 315,et le reste.
Quelle est la portée réelle de l'agitation ?
La déception des acteurs lambdas (une biodiversité nombreuse !) se cristallise sur le manque d'invention politique. Ils en subissent les effets délétères (dont ce type de management des affaires publiques) qui les conduisent au sentiment d'impuissance.La question que je poserais est : pourquoi le "contemporain" de l'art n'arrive-t'il pas à modifier, subvertir son cadre d'exercice ? 07 mai 2011
de Genève La courtisanerie dans la peau (de la France) Toute la France de la culture, tout comme l'autre, sans exception – du ministre aux visiteurs de musées, des artistes aux critiques d’art, des marchands aux conservateurs, des maires aux administrés –, respire et se nourrit d’un seul fumet : celui du jacobinisme courtisan. On ne cesse de rêver de Versailles, la Révolution reste à faire. 07 mai 2011
VERA DE RIVALES la Mafia à l'attention de Mr André Rouillé.
Cher monsieur, votre article sur le malaise qui ronge la culture en France ne m'a pas étonnée. Pour corroborer vos dires je voulais vous raconter ce qu'un des services du Ministère de la Culture m'a dit.
Je suis peintre et sculpteur lauréate de la VILLA MEDICIS, hors les murs (hors de Rome). Mes recherches furent effectuées dans l'atelier d'Arman à New-York et non à Rome.
A la suite de ces recherches à New-Yorj j'ai commencé à travailler av ec des galeries américaines et finallement je me suis installée aux U.S. où je suis restée 6 ans. A mon retour en France à cause des conséquences du 11 septembre où tous mes nouveaux projets se sont écroulés, j'ai demandé au Ministère une entrevue pour ma réinsertion en France de me donner des noms de conservateurs de Musées actifs et des noms de commissaires d'expositions de haut niveau. Comme aide on m'a répondu une chose vraiment significative : Vera vous ne faites pas partie de la MAFIA !!!. La mafia en effet nous la connaissons : c'est Buren, Boltansky, Anne messager qui a eu le Lion d'Or à la Biennalle de Venise avec accumulation de polochons !!! et qui est la maitresse de Boltansky !!! etc.
autre anecdocte : J'ai mon nouvel atelier près de Cloyes sur le Loir dont le maire et député Philippe Vigier a voulu m'aider pour que j'expose quelques oeuvres dans le Pavillon Français à la Foire Universselle à Shanghai car je suis sur le marché chinois depuis 5 ans. Bien entendu cette demande ne fut pas acceptée mais lorsque je suis allée visiter la Foire Universselle, qu'elle ne fut pas ma surprise de voir que Frederick Mitterand exposait tout à l'extérieur du pavillon Français, les oeuvres de son frère !!!.
Cordialement.
VERA 07 mai 2011
François François En même temps, le Palais de Tokyo semble aussi, jusqu'alors, être propriété d'un réseau "branché" plus ou moins lié à la hype de bonne famille parisienne, à se demander si le lieu n'appartient pas aux mêmes qui tiennent les boites de nuit Le Baron, Chez Régine et le Show Case.
La programmation artistique de plus me semblait très "discutable" et le soupçon de copinage de type "Jeune branchitude internationale" me paraissait évident.
Étant systématiquement invité aux vernissages là bas, où je m'y rendais pour la simple raison que c'est proche de mon travail et que j'étais sûr d'avoir un bon choix de boisson pour un apéro de fin de journée, j'étais par contre presque systématiquement consterné par les choix artistiques, limite foutage de gueule. 09 mai 2011
Daniel Paul Schreber Ralliement Olivier Kaeppelin a résisté aux agents de la C.I.A; d'autres suivront. 09 mai 2011
Léon Eh bien! Voilà une nouvelle qui déclanche un grand lavage de linge sal en famille! 09 mai 2011
antona jeune création française??? Entre la «jeune création internationale" de Wahler et la «scène française confirmée» de Kaeppelin, il y en a une unanimement oubliée : la " jeune création française". 10 mai 2011
P.V Politique Ce malaise est l'effet de l'assujettissement au discours universitaire de ce qui tient lieu d'invention[Cf.,Lacan, le Séminaire XVII, leçons du 21 janvier et 17 juin 1970].Il ne s'agit plus que de la promotion des bons élèves des institutions d'enseignement. 11 mai 2011
marie du vent ! Olivier Wahler a été nommé pour trois ans et on ne sait par quel tour de passe passe il est encore là. Quant à olivier Kaeppelin, personne n'aura d'inquiétude pour son avenir. Le palais de tokyo est en grand ce qui se passe à tous les niveaux, avec des personnes en poste terrifiées à l'idée de le perdre, un ministère de la culture dont les agents se servent en premier sans penser au service public, et une opacité généralisée et monarchique. Alors, bon vent Kaeppelin et bien d'autres vents feraient du bien à tout le monde, artistes, professionnels, et public !! 11 mai 2011
marie Sallantin Une autre piste ? Il y a une autre piste qui serait simple à mes yeux : modifier légèrement mais de manière décisive l’attribution des lieux de prestige à Paris.
ARTISTES MORTS : la colline de Chaillot et le musée d’Orsay pour l’Art Moderne, Beaubourg pour Duchamp et ses successeurs ( les artistes de l’Art Contemporain : les conceptuels après 1960), Le Louvre pour l’Art Ancien, Branly pour les Arts Premiers.
ARTISTES VIVANT: l’Etat se chargerait de la gestion de nombreux salons parisiens . Il se retirerait alors de la programmation en n’étant plus du tout partie prenante dans les commissions et jurys de foires et salons et aussi les prix. Finis les achats ! Ces salons montreraient l’art dans sa diversité et il y aurait des surprises. La compétition reviendrait aux artistes. La critique pourrait s’exercer à nouveau. Enfin le marché ne serait plus faussé comme il l’est aujourd’hui par des arrangements dans le dos des citoyens contribuables. Le milieu de l’art deviendrait moins suspect de conflits d’intérêts comme il l’est devenu. Mais cela voudrait dire quitter le pli de l’opacité, la confusion des genres et les arrangements entre amis… panique à bord mais tant pis! On attend un débat ouvert pour changer un système aujourd’hui en faillite. 12 mai 2011
Théo Politique sans doute... En effet,nous savons que nulle école ne permet d'apprendre à faire ce qu'on ne sait pas,sauf à dissiper l'homonymie des lieux d'enseignement et de cette dialectique sauvage entre des artistes qui fait évènement historique. 13 mai 2011
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