Les ruses de la profusion 10 fév. 2012 Numéro 376 Comment créer à l'époque des réseaux? Comment faire œuvre dans une profusion exponentielle d'images, d'objets, de matériaux esthétiques déjà signifiants, déjà formés? Quel régime du sens, et quels modes de réception peuvent s'établir avec de tels matériaux et de telles pratiques de copie, de citation, de recyclage sans rivages. Comment fonder la croyance en des documents quand l'empreinte s'estompe dans l'allégorie ? Comment atteindre quelque chose du monde quand une épaisse chape de signes et de productions symboliques en masque les mécanismes, les enjeux et les mouvements fondamentaux.
Par André Rouillé
La publication annoncée du livre Rétromania par le journaliste britannique Simon Reynolds, spécialiste de musique, relance à nouveaux frais la question récurrente des rapports que l'art contemporain entretient avec le passé, en insistant sur cette apparente incongruité selon laquelle la création contemporaine serait engluée dans le passé. Il y aurait donc une disjonction entre l'hypermodernité de la face technologique de l'époque, engagée dans une quête effrénée de nouveautés et d'innovations, et sa face culturelle et artistique, étouffée sous le poids du passé et de la tradition. Le monde de l'art et de la culture irait ainsi en sens inverse de celui de la technique. La révolution numérique, qui projette aujourd'hui la technique vers le futur, contribuerait à un repliement de l'art et de la culture sur le passé.
La situation est sans doute nouvelle, en tout cas très différente de l'époque de la modernité où l'art et la technique avançaient de concert sur la voie escarpée du progrès. C'est avec la postmodernité, au dernier quart du siècle dernier, qu'une discordance s'est produite entre les temps de la technique et ceux de la culture, doublée d'une inversion de la perspective des avant-gardes qui avaient élevé l'art et la culture à une dimension prospective et transformatrice. Alors qu'aux époques «glorieuses» du XXe siècle les progrès technologiques se conjuguaient avec une effervescence artistique, la récession économique semble aujourd'hui s'accompagner d'une glaciation de la culture.
Pour Simon Reynolds, dont les réflexions reposent principalement sur la musique contemporaine britannique, cette asphyxie de la culture et de l'art contemporains serait un effet quasi mécanique d'internet en cela qu'il permettrait techniquement (par les réseaux numériques) et économiquement (par la gratuité) de donner «accès sans limite à tout ce qui a été produit dans l'histoire, partout dans le monde» (Libération, 04 févr. 2012).
En assurant ainsi un accès facile, rapide et large — inouï — à l'ensemble du patrimoine culturel mondial, internet donnerait aux œuvres une visibilité immense qui ferait passer l'art, les images et la culture de l'état de rareté à celui de la profusion. Mais au prix d'une ruse: la ladite profusion, en tant qu'envers de la rareté, ne serait qu'une forme symétrique mais non moins contraignante de la culture.
Dans ces conditions, l'acte même de créer serait profondément changé. Autant inventer du nouveau, briser les cadres et tracer des devenirs est, en situation de pénurie et de limitation, à la fois possible et nécessaire; autant l'accès sans limite à des produits et des œuvres de toutes sortes, toujours-déjà-vus, sature les regards, et détourne la création de la possibilité — et peut-être même de la nécessité — d'inventer du nouveau.
Dans une période constructive, orientée vers l'avenir et animée par l'idée de progrès, le nouveau est ce qui, en art, confère à la création sa force d'ouverture, par laquelle elle peut briser des cadres, lever des obstacles, creuser des brèches, et tracer des perspectives. En période de profusion, au contraire, la création est confrontée à une autre réalité : elle est comme engluée dans une masse redondante et proliférante de produits, d'informations, d'attitudes, de signes et de marchandises, à gérer, à maîtriser, à composer et à agencer en formes, en œuvres, et surtout en sens.
Créer en période de rareté n'est donc pas du même ordre que créer en période de profusion. Globalement, le passage de l'une à l'autre situations de création s'est opéré, en Occident, entre les années 70 et 80 par un basculement du modernisme au postmodernisme.
Alors que durant tout un siècle la création avait, en art, consisté à inventer de nouvelles procédures, de nouvelles formes, de nouveaux matériaux ; alors que le modernisme artistique et culturel se déployait en congruence avec le mouvement extra-esthétique des techniques ; alors qu'il s'était largement agi, dans une conception de progrès continu, de faire table rase du passé; le postmodernisme introduisait un paradigme différent : un retour assumé vers le passé, et par conséquent un décrochage de l'art par rapport à la technique.
Il ne s'agissait plus tant d'inventer du nouveau à partir de matériaux bruts et informes que de mixer et de combiner une matière déjà formée, et déjà signifiante, d'œuvres, d'images, de documents déjà existants et de plus en plus largement accessibles. L'invention changeait ainsi de nature et de forme parce qu'elle s'opérait à partir de matériaux-symboles, toujours-déjà ...
FC ?? Mais, l'allégorie n'est pas un processus de symbolisation?
Le devenir-fable du mon lui-même me paraît indissociable du sujet qui, au contraire, revive et réaffirme son contact en le fabulant.
J'ai l'impression que les questions du virtuel se posent dans un autre niveau.
C'est à dire, la virtualisation existe seulement dans l' atopique e l'achronique, dans une condition sans temps ni lieux, sans épaisseur et dans un présent interminable. Ce passage implique un changement dans la conscience du sujet: il devient "âme sans corps" qui doit "s'actualiser" infiniment. La capacité de symbolisation, qui dépend essentiellement du temps et d'un corps dans un espace, est supprimé; le symbole est remplacé par le signe. Le sujet névrotique devient donc schizophrénique (!).
Je pense que le problème n'est pas celui de créer dans ce contexte hautement prolixe, qui a par ailleurs, en proportions bien inférieures, toujours existé. "L'épaisse chape de signes et de productions symboliques" est nécessaire et positive dans la médiation avec le monde.
La question qui se pose est comment créer dans un contexte dont les processus de symbolisation sont exclues, qui fait le démontage du corps pour le réintroduire comme récepteur de signaux en dehors de l'espace et du temps, qui donne sans arrêt des réponses (la mécanique de la consommation, aussi dans l'art) sans proposer des questions.
Je pense que le post-modernisme, malgré sa démarche réflexive exagéré, peut nous donner encore des pistes… 12 fév. 2012
lucborell MOI A la question généraliste: mais comment créer à l'époque des réseaux? Je répond: créez... Et ne vous emmerdez pas avec des questions vaseuses... Faites ce que vous avez à faire aujourd hui comme vous le souhaitez avec les outils disponibles aujourd'hui et les process d'aujourd'hui...
Qu'aurait on pensé à l'époque de l'impressionnisme d'un artiste qui aurait refusé en bloc de sortir de son atelier parcequ'il aurait refuser la bicyclette ou le train ou tout betement la peinture en tube!!!
Il y a une époque dans laquelle on ne peut faire autrement que vivre ou;;;;mourir! Et dans cette époque il y a des techniques et des technologies qu'il est inutile de refuter, refuser ou sur lesquelles gloser à l'infini est un leurre pour intellos desoeuvrés.
J'ai choisi de faire ce que je veux aujourd'hui avec les techniques d'aujourd'hui et de travailler à la fois dans le monde du travail et sur mon travail d'artiste afin d'être justement libre de toutes collusions avec un quelconque passé ou discours artistique redondant et négatif!
J'utilise mon téléphone portable (outil d'aujourd'hui) pour faire mes PHOTOPHONES que je retravaille ensuite sur mon pc (outil d'aujourd'hui) et les présente sur les galeries internationale en ligne... outil d'aujourd'hui! That's all folks...
http://society6.com/lucborell
A votre bon coeur msieurs dames
lucborell 13 fév. 2012
P.V Notre épistémè Ce n’est pas la technique qui importe, c’est le fait que notre épistémè relève du discours de la science. Ainsi le vecteur d’un art c’est la relation de son acte spécifique à ce qui le cause. En ce qui concerne la plastique pure, le sujet de l’acte d’invention est confronté au franchissement intrinsèque de l’espace euclidien à la torsion d’un espace topologique. Cette vectorisation a une histoire qui demanderait à s’écrire, pas encore et pour cause.
http://theoriedelapratique.hautetfort.com
13 fév. 2012
conrad merci pour cet édito pertinent Salut André 14 fév. 2012
Kamsow Image de l'image d'images Ah, j'ai dit cela, il y a 20 ans d'ici, notre génération (j'ai 50 ans) ne produit que d'image de l'image et la génération actuelle, ils ne font que la copie de l'image d'images! autrement dit, dans la pure virtuelle. Nous, on a foutu en l'air le déjà abimé, eux, ils l'achèveront... 14 fév. 2012
Marc Maldinez Théorie de l'évolution artistique... Sans faire de grand discours métaphysiques, la création artistique semble évidemment soumise, elle aussi, à cette théorie de l'évolution, à l'instar de celle des espèces. Évolution des techniques, évolution des générations, évolution et disparition dans cette histoire de l'Art qui "s'adapte à son milieu" sont les clefs de la compréhension de ce "phénomène naturel" de renouveau face au milieu. Ici le terrain viable de l'Art est envahit par de la virtualité tout azimut s'insérant dans la réalité, cette imbrication crée de nouvelles "espèces d'arts"...
Alors quoi de plus logique en finalité ?! Nous n'avons pas à nous en étonner, c'est un fait. Comme il est un fait que même la virtualité sera un jour dépassée, englobée, imbriquée dans un autre phénomène plus large. La vie intellectuelle, artistique ou tout simplement humaine n'en finit pas d'évoluer... les formes d'évolution se succèdent, celles d'avant y voit toujours d'un très mauvais œil l'invasion du biotope artistique, c'est une sorte de guerre des espèces artistiques pour voir qui survivra en terme d'adaptation au milieu (de l'Art...). Nous aurons effectivement bien plus à nous inquiéter quand les artistes eux-mêmes seront entièrement virtualisés par des entités totalement virtuelles, des êtres non humains... alors l'humanité aura certainement peut-être vécue ses véritables heures de gloires artistiques. Une question : 'l'hommo-artisticus' saura-t-il reprendre le dessus sur la "machina-numericus" :-)
Marc MALDINEZ
PHOTOBIS - CERCLE
15 fév. 2012
Jean loup Bézos La vacance de l'être "Comment faire œuvre dans une profusion exponentielle d'images, d'objets, de matériaux esthétiques déjà signifiants, déjà formés? Quel régime du sens, et quels modes de réception peuvent s'établir avec de tels matériaux et de telles pratiques de copie, de citation, de recyclage sans rivages."
C'est vrais qu'on est troublé par la profusion exponentielle des productions artistiques aujourd'hui.
En temps que regardeur on est plus dans la posture de jadis : Celle du rare connaisseur, de l'amateur éclairé. On est là à la FIAC, dans les galeries, pour aller vers ce qui correspond a ses envies, ses habitudes, ses propensions…
On ne bénéficie plus en temps qu'artiste de l'aura de la rareté. Il faut désormais vivre avec humilité au milieu de la foule innombrable des autres artistes, suivre le courant, se contenter d’apparaître contemporain. Et pour ne pas être sans cesse frustré éviter de loucher en permanence dans la gamelle du voisin.
Mais comment, ainsi solitaire au milieu de tous, serait-il rendu possible aujourd’hui de participer (fusse en simple citoyen ?) à la construction d'un devenir commun ? Par hasard ? Selon l'opportunité des rencontres ? Au grès des réseaux ?...Je ressent, au milieu de cette foule à perte de vue, comme un flottement de sens. Ma vacance participerait donc à mon insu ?, à ce prolongement infini de la foule . Mon existence n'aurait donc plus cours que pour faire nombre ?
15 fév. 2012
LUCILECurtis26 re According to my exploration, billions of people in the world receive the <a href="http://goodfinance-blog.com">loans</a> from various banks. So, there's great possibilities to receive a short term loan in every country. 10 mars 2012
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