Le quotidien contre le spectacle 09 oct. 2009 Numéro 287
La Xe Biennale de Lyon confiée au commissaire Hou Hanru aborde avec netteté la question du spectacle dans ses aspects indissociablement politiques et esthétiques. Elle éclaire ainsi d'une lumière crue les motivations des institutions et collectivités territoriales qui, en peu de temps, sont passées de la défiance à la réserve, puis aux meilleures dispositions, vis-à-vis de l'art et des cultures contemporains. En art, la mondialisation s'est traduite par l'émergence d'un grand spectacle des œuvres, des artistes et des manifestations contemporains.
Par André Rouillé
La Xe Biennale de Lyon confiée au commissaire Hou Hanru aborde avec netteté la question du spectacle dans ses aspects indissociablement politiques et esthétiques. Elle éclaire ainsi d'une lumière crue les motivations des institutions et collectivités territoriales qui, en peu de temps, sont passées de la défiance à la réserve, puis aux meilleures dispositions, vis-à-vis de l'art et des cultures contemporains. En art, la mondialisation s'est traduite par l'émergence d'un grand spectacle des œuvres, des artistes et des manifestations contemporains.
Cette mise en spectacle de l'art contemporain a été à son comble au début de la saison dernière, entre New York, Londres, Paris et Moscou, mais aussi entre les galeries, les salles de ventes et les institutions séculaires, quand Damien Hirst a organisé à Londres une vente aux enchères à risque, à suspens, et finalement à succès, en dressant au passage les salles de ventes contre le système des galeries. Et cela, au moment précis où son propre galeriste new yorkais Gagosian ouvrait une succursale à Moscou, et que le Château de Versailles accueillait sa première exposition d'art contemporain avec Jeff Koons.
Dans ce grand show planétaire parfaitement réglé, les œuvres importaient moins que les records d'enchères dont les médias se faisaient l'écho en direct, que les affrontements transcontinentaux entre magnats du business culturel, que les millions d'euros pleuvant en une pluie étrangement dorée sur un monde en train de sombrer dans la crise.
Mais c'est le propre du spectacle que de plier tout ce qu'il touche à sa logique politique et/ou marchande, et de rester indifférent à ses alentours.
Au cours des vingt dernières années, plus de 150 biennales d'art contemporain ont vu le jour dans le monde. Assurément plus de foires, et plus encore de manifestations et festivals, notamment en France.
Autrement dit, c'est sous la forme du spectacle mondialisé que s'est faite la sortie de l'art contemporain du ghetto de la misère, des «friches» des années 1980, du marché restreint, et de la marginalisation.
Mais ce processus n'a pas aboli la misère dans l'art, il a seulement transformé l'art contemporain en spectacle, c'est-à-dire qu'il a promu en vedettes planétaires une petite troupe d'artistes, et inventé les structures spectaculaires et marchandes susceptibles de favoriser l'essor d'un marché de l'art mature et rentable.
Mais dans ce mouvement, la rentabilité économique et politique prévaut sur la logique artistique.
A cet égard, le maire (de droite) Alain Juppé a le mérite de la franchise: «Je mets beaucoup d'argent dans la culture. Et pourtant je n'arrête pas d'entendre dire que Bordeaux n'est pas une ville culturelle. On n'a pas assez de visibilité. Il me faut un événement» (Le Monde, 27 sept. 2009). C'est ainsi qu'a été commandé et conçu le festival Evento dont la première édition a lieu du 9 au 18 octobre.
A l'opposé, le maire (socialiste) de Paris, Bertrand Delanoë, s'efforce de doter la très éphémère Nuit Blanche d'une épaisseur de «sens» et de «valeurs», et, lyrique, de la travestir en «une nuit de beauté partagée et d'amour de l'art». Tandis que son adjoint chargé de la culture, Christophe Girard, ne se donne pas même cette peine: il laisse s'enliser ladite Nuit dans la très molle mission d'accroître dans la ville la place de «l'art contemporain sous le signe du rêve, du temps retrouvé et de la nonchalance».
Tout un programme, dont l'expression active (produire du sens, transmettre des valeurs) rejoint l'expression nonchalante dans une tentative de masquer la réalité spectaculaire et de communication politique derrière un discours en faveur de l'art.
Or, au-delà des apparences, la Nuit Blanche est plus éloignée de l'art que d'autres initiatives de communication, en particulier «Paris-Plage» et le Velib.
C'est contre cette instrumentalisation généralisée de l'art sous la forme du spectacle, à la fois par les pouvoirs économiques et les pouvoirs politiques, que Hou Hanru a conçu la Biennale du Lyon.
Contrairement aux aimables (et non moins brillants) commissaires contribuant volontairement ou non à la spectacularisation de l'art, Hou Hanru a adossé ses choix artistiques à une analyse politique de la situation actuelle de l'art, à l'époque de la mondialisation, de l'hégémonie sans précédent du spectacle et du consumérisme.
Face à l'omniprésence du spectacle et de la marchandise qui pénètrent chaque jour plus les pores de la société et le plus intime des vies; face à la sensation grandissante de ne pouvoir échapper à leur emprise; face à l'idée communément admise de leur inéluctabilité; face à l'apparente ...
Michel Caubel Le spectacle est-il le capitalisme vert et culturel? En effet, si quelques livres d'ultragauche décrivent le capitalisme comme un spectacle où les êtres sont confinés à un rôle nonchalant de producteur et consommateur. L'évolution de la manipulation culturelle peut faire observer le capitalisme comme une forme instituée de jeux de rôles qui consiste à accumuler et à jeter des produits et des objets dans un cycle linéaire de croissance infinie pour le plus grand bien des nantis et l'horreur gérée de la catastrophe écologique et culturelle du plus grand nombre, vendant sa force de travail sur des taches obsolètes et indiscutables ou vivant des miettes de l'assistanat humanitaire, les yeux rivés et hypnotisés sur toutes ces marchandises et leurs prix et leurs images numérisées. A croire que le monde est un énorme écran décentralisé où les cinq sens ainsi que l'amour n'ont plus lieu d'être. La critique de la vie quotidienne passe bien sûr par l'expression individuelle et collective de la vitalité créatrice des humains en quête d'harmonie. Cela ne fait guère pour eux la ressource d'un gagne-pain mais une raison passionnée de se réaliser par leur créativité à partager dans les espaces au niveau local et des fois mondial car dans ce domaine il n'y a point de mesure à sa propre réclame. 11 oct. 2009
Le Dr Art politique L'art engagé politique, cela n'amuse plus tout le monde... la disparition de la forme au profit des intentions bobos....zut.
Ph 11 oct. 2009
Fred Forest Philosophique et éthique, un art du sens La notion d'art, d'art engagé politiquement, réduit terriblement la portée de l'art, dont le champ beaucoup plus vaste, recouvre en réalité bien d'autres ambitions que celle que définit restrictivement et historiquement le seul vocable d'art politique. Au nom de ce truisme qui fait dire à tout un chacun que tout est " politique ", on édulcore , voire on ampute, la recherche fondamentale de sens qui préside à tout geste (besoin) artistique aussi bien pour les formes que pour le fond.L'art, tel que nous le concevons et comme l'ont aussi conçu beaucoup d'autres hier, ne saurait s'imaginer sans responsabilité éthique. Selon le penseur Francisco J. Varela, l'éthique de l'action humaine se rapproche plus de la "sagesse" que de la raison. Ce "repositionnement" amène Varela à examiner davantage le rôle de la spontanéité dans la vie cognitive à tous les niveaux, les plus élémentaires de notre perception comme les pluscomplexes de nos rapports sociaux. Il s'agit de mieux comprendre ce qu'est être "bon" plutôt que d'avoir un jugement correct dans des situations particulières. Ce déplacement de la vision rationaliste de l"agir" trouve une résonance dans le champ éthique avec la philosophie pragmatiste et les traditions de la sagesse. En quelque sorte, Varela, en s'appuyant sur la pensée bouddhiste, propose avec les dernières avancées des sciences cognitives un "savoir" pour l'éthique. Celui-ci selon lui se fonde sur la prise de connaissance progressive de la virtualité du moi. Cette façon d'envisager une évolution de la pensée et de la conscience chez les hommes
devrait s'accorder avec l'approche intuitive du monde que les artistes ont toujours privilégiée.
Devant les scandales touchant au politique, à la justice ou à l'art, devant les bavures de l'information, , il ne faut pas voir uniquement
l'incompétence des journalistes, des juges et des...critiques d'art, ou la seule volonté de manipulation des politiques. Il faut aussi prendre en compte la crise morale qui frappe en son cœur notre société, survenant de concert avec la crise économique qui sévit. Plus que jamais la citation de Blaise Pascal : "Travailler à bien penser, voilà la source de la morale" qui s'impose dans un monde qui cherche à refonder ses valeurs et à donner à l'éthique un sens collectif et social. 11 oct. 2009
FORMACOLOR, créateur artistique/arts plastiques LE QUOTIDIEN CONTRE LE SPECTACLE....TOUT CONTRE. LE QUOTIDIEN CONTRE LE SPECTACLE…TOUT CONTRE.
La réalité actuelle a dépassé tout ce que les rédacteurs du livre à couverture argentée « L’INTERNATIONALE SITUATIONNISTE » auraient osé imaginer… !
Elle a fait du spectacle un élément clef de la vie quotidienne, du quotidien donc, par médias interposés.Massif et permanent.A gogo pour gogos.
Il suffit d’ouvrir son portail Internet d’abonnement pour voir plusieurs rubriques concernant ceux qui sont censé faire le spectacle ; dont la vie est mise en perspective ; presque exclusivement dans le but de séduire le commun des mortels. Qui lui a, n’en déplaisent aux Dieux, une vie on ne peut plus banale, à pleurer. Alors, pensez donc… .
Certes, tout un chacun est occupé à ses propres affaires, et, ne dispose que de peu de temps pendant son travail pour vaticiner sur ces vies privées censées faire rêver…. !
Mais déjà, dans le métro, lieu public financé par les contribuables, les héros font leur numéro…parfois mal à propos. Certaines publicités agressent le Regard. Blessent.
Voici le quidam rentré chez lui, que la télévision entreprend avec quelques émissions dont les producteurs sont aussi les animateurs (ce qui devrait être strictement interdit, sinon il va falloir prévoir une chambre à coucher sue les lieux de production pour certains, qui ont fait fortune en surfant sur le CONSENSUS, loin de toutes critique, si ce n’est quelques piques personnelles censées épicer le spectacle). La rubrique PEOPLE fait florès. C’est ainsi.
Parti en vacances, vous pourriez croire qu’on lâche les baskets au citoyen lambda : point du tout. Cet été, sur la table d’entrée de la résidence de vacances, que des revues « people » : en voici du strass en voilà : mariage à Venise pour un héritier d’empire économique, une starlette américaine fête ses 28 ans en grande pompe sous les feux de la rampe de Beverly Hill et Sunset Boulevard, tandis qu’une princesse se fraye un chemin parmi le gotha au bal des débutantes…. .
Que du beau monde. On aimerait en être, tellement la vie paraît facile sous les sunlights. De ce scintillement du paraître, qui souvent reflète l’avoir et/ou le pouvoir, le bon peuple ne retient que les bons côtés.
Voici pourquoi j’ai repris avec quelque humour, la célèbre réplique de Sacha GUITRY.
formacolor
14 oct. 2009
J.J. Dow Jones Ultratopie Aventure, le Recours La biennale de Lyon sans doute vaut elle le voyage mais voyez vous lorsque l'on veut faire une grande exposition mettant en perspective ART-POUVOIR-SPECTACLE-ARGENT et que l'on oublie d'inviter les artistes du Groupe Dix10 (ceux qui ont fait l'installation "Le premier supermarché d'art" en 1983 à Paris -voir dix10.net) c'est que dans ce cas aussi et précisément, nous sommes sous le coup d'un sournois effet d'annonce, les veux pieux à la française ont encore de beaux jours pour eux !!! merci par avance aux autres intervenants de cette rubrique. 14 oct. 2009
G.R Gird De quoi parle t'on au juste ?
Je constate qu'on parle beaucoup d'infrastructure et de superstructure "culturelles", mais jamais avec attention des oeuvres et de leur contenu .Il faudra peut-être un jour repartir humblement sur ce terrain : des humains , des oeuvres ,des aventures sensibles et intellectuelles singulières et gratuites et des échanges de parole un peu vraies , elles aussi ......
Des aventures gratuites dans le sens où les oeuvres d'art ne sont pas à penser en terme d' utile ou d'inutile ,mais en de çà et au delà de ces deux notions. Ce qui permettrai , je crois du même coup de faire sauter le confortable "pilote automatique" de tous les "prêchis prêchas" bien moraux (la moraline ) que l'on porte actuellement sur les oeuvres d'art faute de parler de ce qui en constitue leur essence.
A méditer , cette petite phrase de Guy Debord a qui on fait dire bien des messes :
"Le coeur s'use dans la guerre contre les mauvaises idées du monde , si l'on ne peut pas suivre le plus souvent suivre sa vraie voie.
Comme le dit un supposé proverbe espagnol: "La plus haute vengeance est de bien vivre "
Quoi que , il me parait qu'il serait bien plus agréable de bien vivre sans l'usage du ressentiment qui est contenu dans la vengeance et que les oeuvres des uns et des autres en soient la quotidienne et vivante preuve .
En échos à Debord ou comme complément , une pensée de Montaigne tirée de son livre "De la vanité":
"En un temps où le meschamment faire et si commun , de ne faire qu'inutilement il en est comme louable. Je me console que je seray le dernier sur qui il faudra mettre la main "
Et pour conclure : Qu'est- ce que notre époque , ne voudrait ne pas voir ? Ne pas entendre ? Et ne pas faire ?
Qu'est - ce qui en gros dans l'encombrement du plus que visible est en fait occulté?
04 fév. 2010
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