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ART | EDITORIAL

286
Qingyuan Liu, Only City, 2009. Gravure sur bois, poster et boîtes lumineuses<br><br>Courtesy Qingyuan Liu & YAH. Avec le soutien de Youcast. Photo : Blaise Adilon Le quotidien contre le spectacle
09 oct. 2009
Numéro 287

La Xe Biennale de Lyon confiée au commissaire Hou Hanru aborde avec netteté la question du spectacle dans ses aspects indissociablement politiques et esthétiques. Elle éclaire ainsi d'une lumière crue les motivations des institutions et collectivités territoriales qui, en peu de temps, sont passées de la défiance à la réserve, puis aux meilleures dispositions, vis-à-vis de l'art et des cultures contemporains. En art, la mondialisation s'est traduite par l'émergence d'un grand spectacle des œuvres, des artistes et des manifestations contemporains.

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carre_rouge  Par André Rouillé

La Xe Biennale de Lyon confiée au commissaire Hou Hanru aborde avec netteté la question du spectacle dans ses aspects indissociablement politiques et esthétiques. Elle éclaire ainsi d'une lumière crue les motivations des institutions et collectivités territoriales qui, en peu de temps, sont passées de la défiance à la réserve, puis aux meilleures dispositions, vis-à-vis de l'art et des cultures contemporains. En art, la mondialisation s'est traduite par l'émergence d'un grand spectacle des œuvres, des artistes et des manifestations contemporains.

Cette mise en spectacle de l'art contemporain a été à son comble au début de la saison dernière, entre New York, Londres, Paris et Moscou, mais aussi entre les galeries, les salles de ventes et les institutions séculaires, quand Damien Hirst a organisé à Londres une vente aux enchères à risque, à suspens, et finalement à succès, en dressant au passage les salles de ventes contre le système des galeries. Et cela, au moment précis où son propre galeriste new yorkais Gagosian ouvrait une succursale à Moscou, et que le Château de Versailles accueillait sa première exposition d'art contemporain avec Jeff Koons.

Dans ce grand show planétaire parfaitement réglé, les œuvres importaient moins que les records d'enchères dont les médias se faisaient l'écho en direct, que les affrontements transcontinentaux entre magnats du business culturel, que les millions d'euros pleuvant en une pluie étrangement dorée sur un monde en train de sombrer dans la crise.
Mais c'est le propre du spectacle que de plier tout ce qu'il touche à sa logique politique et/ou marchande, et de rester indifférent à ses alentours.

Au cours des vingt dernières années, plus de 150 biennales d'art contemporain ont vu le jour dans le monde. Assurément plus de foires, et plus encore de manifestations et festivals, notamment en France.
Autrement dit, c'est sous la forme du spectacle mondialisé que s'est faite la sortie de l'art contemporain du ghetto de la misère, des «friches» des années 1980, du marché restreint, et de la marginalisation.
Mais ce processus n'a pas aboli la misère dans l'art, il a seulement transformé l'art contemporain en spectacle, c'est-à-dire qu'il a promu en vedettes planétaires une petite troupe d'artistes, et inventé les structures spectaculaires et marchandes susceptibles de favoriser l'essor d'un marché de l'art mature et rentable.

Mais dans ce mouvement, la rentabilité économique et politique prévaut sur la logique artistique.
A cet égard, le maire (de droite) Alain Juppé a le mérite de la franchise: «Je mets beaucoup d'argent dans la culture. Et pourtant je n'arrête pas d'entendre dire que Bordeaux n'est pas une ville culturelle. On n'a pas assez de visibilité. Il me faut un événement» (Le Monde, 27 sept. 2009). C'est ainsi qu'a été commandé et conçu le festival Evento dont la première édition a lieu du 9 au 18 octobre.

A l'opposé, le maire (socialiste) de Paris, Bertrand Delanoë, s'efforce de doter la très éphémère Nuit Blanche d'une épaisseur de «sens» et de «valeurs», et, lyrique, de la travestir en «une nuit de beauté partagée et d'amour de l'art». Tandis que son adjoint chargé de la culture, Christophe Girard, ne se donne pas même cette peine: il laisse s'enliser ladite Nuit dans la très molle mission d'accroître dans la ville la place de «l'art contemporain sous le signe du rêve, du temps retrouvé et de la nonchalance».
Tout un programme, dont l'expression active (produire du sens, transmettre des valeurs) rejoint l'expression nonchalante dans une tentative de masquer la réalité spectaculaire et de communication politique derrière un discours en faveur de l'art.
Or, au-delà des apparences, la Nuit Blanche est plus éloignée de l'art que d'autres initiatives de communication, en particulier «Paris-Plage» et le Velib.

C'est contre cette instrumentalisation généralisée de l'art sous la forme du spectacle, à la fois par les pouvoirs économiques et les pouvoirs politiques, que Hou Hanru a conçu la Biennale du Lyon.
Contrairement aux aimables (et non moins brillants) commissaires contribuant volontairement ou non à la spectacularisation de l'art, Hou Hanru a adossé ses choix artistiques à une analyse politique de la situation actuelle de l'art, à l'époque de la mondialisation, de l'hégémonie sans précédent du spectacle et du consumérisme.

Face à l'omniprésence du spectacle et de la marchandise qui pénètrent chaque jour plus les pores de la société et le plus intime des vies; face à la sensation grandissante de ne pouvoir échapper à leur emprise; face à l'idée communément admise de leur inéluctabilité; face à l'apparente ...


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