logo
logo
Aujourd’hui Expositions Événements Spectacles Vernissages Éditos
art... photo... design... danse... livres... parisART RECRUTE
 


ART | EDITORIAL

349
Anonyme, Manifestation à Tunis pour le départ du Président Ben Ali, le 14 janvier 2011. Extrait d&rsquo;une vidéo diffusée sur YouTube.<br><br><br /> La Tunisie en deux mots
24 mars 2011
Numéro 349
Dans les multiples actes de parole qui ont actuellement cours en Tunisie, le terme «révolution» est de toute part repris comme une évidence. Est-il vraiment approprié? Mais c'est le mot «Dégage!» qui domine, sous la forme d'une injonction impérative criée, arborée sur des affichettes, et toujours ponctuée d'un vigoureux geste de la main. C'est autour de ce mot énoncé en français, et de ce geste, que s'est cristallisé le mouvement depuis janvier. Quant à l'innovation plastique, elle n'obéit pas aux mêmes lois ni n'adopte le même tempo que ceux du mouvement populaire de libération.
imprimer
Share to Facebook Share to Twitter
carre_rouge  Par André Rouillé

En ce début de printemps, au moment où la coalition internationale tente de neutraliser le «monstre» libyen, une atmosphère de sérénité règne en Tunisie. Après plusieurs mois intenses, la «Révolution de jasmin» est entrée dans une période plus réflexive et discursive. Après la surprise de l'explosion populaire spontanée et massive du 14 janvier; après l'exaltation des journées d'actions et de manifestations durant lesquelles le peuple a fait corps pour chasser le despote et ébranler l'édifice de son pouvoir; le peuple tunisien est en train de prendre la mesure de ce qui s'est accompli au cours de ces mois où l'inimaginable est, comme par magie, devenu réalité.

En faisant sauter les blocages politiques, le peuple a, entre l'hiver et le printemps, ouvert le passage de l'impossible à l'utopie, et déverrouillé l'expression qui prend actuellement, dans le pays, l'aspect protéiforme d'une immense effervescence langagière partagée en deux grands courants.
Un premier courant se compose d'une multitude de petits récits que chacun vient nourrir de sa propre expérience en racontant ce qui s'est passé. Tandis qu'un second courant, en cette période de gouvernement provisoire, prend la forme d'un vaste débat public sur l'avenir du pays entre un nombre proliférant de partis politiques, d'associations et de citoyens.
D'un côté, donc, la forme discursive de la nouvelle: «Qu'est-ce qui s'est passé?». D'un autre côté, celle du conte: «Qu'est-ce qui va se passer?» L'un et l'autre régimes discursifs évoluant à l'intersection de la réalité et de sa fiction (Gilles Deleuze, Félix Guattari, Mille plateaux, p. 235).

Dans ces multiples actes de parole, le terme «révolution» est de toute part repris comme une évidence pour désigner les bouleversements de ces derniers mois. Cela traduit l'ampleur symbolique de l'événement, l'adhésion qu'on lui accorde, et la puissance des désirs qui s'y rattachent.
Si l'événement est incontestablement d'une importance majeure dans l'histoire et la vie du peuple tunisien; s'il tranche significativement avec à une situation antérieure inacceptable; s'il rétablit la dignité et les libertés démocratiques, et contribue à conjurer le fléau de la corruption; il n'a pas radicalement modifié les rapports sociaux et économiques du pays.

La figure rhétorique de l'hyperbole, qui élève une «libération» au rang d'une «révolution», risque de présenter comme achevé un processus qui pourrait s'avérer plus difficile que prévu...
En outre, le terme «Révolution de jasmin», plus usité par les journalistes que par les protagonistes, ne fait pas seulement écho à la «Révolution des œillets» portugaise et à la figure du Président Bourguiba, il associe la révolution à l'univers idyllique des fleurs en occultant pudiquement le sang des dizaines de morts qu'il en coûté au peuple.

Dans les faits comme dans les récits, le mot qui est associé à celui de «révolution» n'est pas le doux nom de «jasmin», mais cette injonction impérative: «Dégage!», criée, arborée sur des affichettes agitées par les manifestants, et toujours ponctuée d'un vigoureux geste de la main. C'est autour de ce mot énoncé en français, et de ce geste, que s'est cristallisé le mouvement depuis janvier.
Opposer au Président Ben Ali le mot et le geste «Dégage!», repris à l'unisson par plusieurs centaines de milliers de manifestants, était une manière de lui signifier avec une incroyable éloquence un refus catégorique de discuter. Parce qu'il n'y a jamais rien à discuter avec un dictateur qui a pris le pouvoir par la force, puis pillé le pays et soumis le peuple au silence et à l'obéissance pendant près d'un quart de siècle.

En fait, le mot et le geste «Dégage» sont plus qu'une injonction à partir, plus qu'un refus de discuter ou négocier, ils affirment que Ben Ali ne mérite pas même un procès, auquel ont pourtant eu droit Ceausescu, Milosevic ou Saddam Hussein ; pas même une condamnation qui le laverait de ses crimes; pas même la haine ou l'attention du peuple. Disparaître sans pertes ni fracas, libérer le plancher au plus vite: tel est son sort.
La manière de rabaisser ainsi le Président à l'état d'un vulgaire voleur, et de le stigmatiser comme tel devant l'histoire, est d'autant plus intense que résonne en elle la façon expéditive jadis utilisée par les colons français pour congédier certains de leurs ouvriers tunisiens.

L'agencement geste-mot (français) «Dégage!», qui s'est spontanément imposé dans la lutte, est fort de la ...


puce rouge Page 1 / 2 fleche suivante Page suivante

site_com

ÉDITORIAL fleche_rouge
La dérive des documents
Une sorte d'épuisement affecte aujourd'hui les dispositifs documentaires. Notamment la photographie de presse confrontée aux exigences croissantes de la société hypermoderne. Mais la crise déborde largement la photographie. Ce sont le mythe de l'objectivité et de la transparence du document, et la fable de sa vérité, qui sont en train de s'effondrer.
Plus encore, le protocole documentaire est lui-même en train de s'inverser dans les images, après avoir, en histoire, connu de profondes mutations. Alors que...
fleche Lire la suite
ÉCHOS fleche_rouge
puce rouge  L’Art pictural mis à l’honneur dans l’Eure
puce rouge  Aurélie Filipetti: nouvelle ministre de la Culture et de la Communication
puce rouge  Le CERN accueille son premier chorégraphe en résidence
puce rouge  Les projectionnistes du réseau MK2 en grève
puce rouge  Prix Résidence pour la Photographie: appel à candidatures
puce rouge  Le Getty Museum renvoie 34 de ses employés
puce rouge  Exposition du photographe Reza vandalisée en Loire-Atlantique
puce rouge  David Weiss, du duo Fischli/Weiss, est mort
puce rouge  Le Lavoir moderne en danger: la lutte continue
puce rouge  Exposition photo au QG de François Hollande
puce rouge  Le directeur d'un espace d’exposition italien brûle ses œuvres
puce rouge  Le photographe afghan Massoud Hossaini reçoit un prix Pulitzer
DIAPORAMA

spacer
Créez des cadeaux photo personnalisés (livre photo, calendrier photo, …) sur Snapfish, le spécialiste du tirage photo numérique en ligne.
Le 118000 annuaire professionnel Paris et renseignements téléphoniques.
Vous pensez profiter des beaux jours pour visiter la capitale ? Sélectionnez simplement la rubrique hotel sur le site Voyages-sncf.com et trouvez votre hotel paris !

pub pub

Art culture paris - art culture France - evenement culturel - agenda culturel paris - actualité art culture - photo art - agenda design - exposition design - éditeur design - spectacle danse - spectacle danse contemporaine - festival danse - marché art - exposition art contemporain - galerie photo - exposition video - art numerique - livre sur l’art - catalogue art - galerie art contemporain paris - musee art moderne contemporain - centre d'art contemporain - frac - drac - cnap - fiac - festival danse paris - festival danse montpellier - interview artiste - art virtuel - graff - foire art

parisART  |  Partenaires  |  Contact  |  Équipe  |  Publicité  |  Mentions légales