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A quelques mois de l'élection présidentielle, et après les orientations exprimées par la gauche cet été à Avignon, la culture fait à nouveau débat au sein de la classe politique. Y compris à droite où l'UMP vient de publier un catalogue de cinquante deux propositions que Christophe Girard, Maire adjoint socialiste de Paris en charge de la Culture, s'est empressé de dénoncer pour son flou et son caractère de simple «effet d'annonce». Il n'a sans doute pas tort, vu l'écart abyssal qui sépare les promesses d'aujourd'hui de la triste réalité du bilan gouvernemental en matière de culture.
La pugnacité de Christophe Girard n'est cependant pas fortuite. Entre la clôture de l'édition 2011 de cet hautement culturel «Paris-Plage», et à la veille de la non moins divertissante «Nuit Blanche», cette pugnacité est surtout stimulée par le regain de popularité que la gauche doit à l'accueil favorable rencontré par les Primaires socialistes à l'élection présidentielle. Dans cette situation Christophe Girard ne manque donc aucune occasion de se faire entendre, comme il l'avait déjà fait quelques jours auparavant dans une tribune libre de Libération intitulée «Trois axes pour une République culturelle» (19 sept. 2011). Tribune dans laquelle il annonçait la parution prochaine d'un ouvrage intitulé Petit Livre rouge de la culture, propositions pour une République culturelle.
Manifestement conscient qu'il souffre d'un déficit d'image, Christophe Girard martèle à grands renforts de déclarations d'intentions, de programmes, et d'«axes pour une République culturelle», son ancrage politique à gauche. «Je suis de gauche! Je suis de gauche», tel est le message subliminal de ses interventions. Aujourd'hui plus qu'hier et… moins que demain. A condition, évidemment, que la gauche remporte les élections présidentielles. Car, dans le cas contraire, rien ne serait moins sûr, comme son itinéraire politique autorise à le penser.
Christophe Girard, ce cadre dirigeant de LVMH, qui «plaide aujourd'hui pour une nouvelle avant-garde»; qui souhaite que la culture acquiert un «rôle essentiel de levier économique, social et éducatif»; qui veut contribuer à «inventer la culture de demain»; et qui espère que la gauche saura construire un «nouveau pacte culturel»; n'a pas toujours été aussi «rouge». Il n'a pas toujours brandi, comme aujourd'hui, son très maoïste (et opportuniste) Petit Livre rouge de la culture.
Avant de jouer les gardes-rouges d'une nouvelle révolution culturelle, et de militer pour une «nouvelle avant-garde», il a d'abord été vert. Puis il a viré au rose en rejoignant la majorité socialiste de son ami Bertrand Delanoë, qui lui a confié — et renouvelé — la responsabilité de la culture à la Mairie de Paris.
Vert avant-hier, rose hier, rouge aujourd'hui. Christophe Girard arpente le spectre politique dans tous les sens, au gré des circonstances et de ses intérêts bien compris. Si bien, qu'en fait, le rouge d'aujourd'hui n'est peut-être pas si rouge que cela, et que le vert et le rose n'étaient pas, eux aussi, si francs que cela.
Car au vert, au rose et au rouge, il faut bien ajouter le bleu: la couleur que Christophe Girard a bien failli endosser en mai 2009, à l'époque où il a cru et assurément rêvé pouvoir devenir ministre de la Culture de… Nicolas Sarkozy, qui lui a finalement préféré Frédéric Mitterrand dont le patronyme faisait tellement mieux que le sien dans le décor.
Faire, à l'époque, partie des ministrables, c'était selon lui «comme une reconnaissance de la politique culturelle [menée] depuis sept ans à la Mairie de Paris».
Si Nicolas Sarkozy vous appelait pour vous proposer le ministère de la Culture, lui demandait alors Le Journal du dimanche? Réponse: «Si il m'appelle demain? Je ne sais ce que je répondrai car j'ignore l'effet que cela fait quand le Président vous appelle...» (17 mai 2009).
Cela peu avant les élections européennes pour lesquelles son nom figurait sur la liste socialiste.
En fait, Christophe Girard est un parangon de ces politiciens caméléons, adhérents uniques d'un parti multicolore, le «Myself Party», qui disent d'autant plus «nous» qu'ils pensent «je». Redoutablement éloquent est à cet égard le texte de Libération qui, par une sorte de ruse de la syntaxe, bascule, entre la première et la dernière colonne, du mode du «nous» à celui du «je».
Et encore, ce «nous», sorte de masque du «je», quel est-il? Il ne désigne pas, ou si peu, les «artistes» et les «citoyens» qui n'apparaissent que sous la forme abstraite d'une catégorie de simples figurants. Ce «nous» ... |