L'art peut-il se passer de règles 24 juin 2010 Numéro 321 Le sujet de philosophie de la série «S» du baccalauréat de cette année invitait les candidats à se pencher sur la question des règles de l'art, donc de la liberté de création. Sujet bien venu quand les détracteurs de l'art contemporain persistent à l'accuser d'être le règne du «n'importe quoi».
L'art n'est-il vraiment soumis à aucune règle? La création esthétique est-elle ouverte à une liberté sans rivage? Et les artistes, affranchis de toutes prescriptions, ne suivent-ils qu'une spontanéité créatrice sans loi — leur inspiration, leur «génie»?
Par André Rouillé
Le sujet de philosophie de la série «S» du baccalauréat de cette année invitait les candidats à se pencher sur la question des règles de l'art, donc de la liberté de création. Sujet bien venu quand les détracteurs de l'art contemporain persistent à l'accuser d'être le règne du «n'importe quoi».
L'art n'est-il vraiment soumis à aucune règle? La création esthétique est-elle ouverte à une liberté sans rivage? Et les artistes, affranchis de toutes prescriptions, ne suivent-ils qu'une spontanéité créatrice sans loi — leur inspiration, leur «génie»?
Autrement dit, est-ce un don d'être artiste, une qualité innée, ou acquise par un apprentissage de règles ou de savoir-faire. La création esthétique est-elle, ou non, différente de l'activité technique. Quels rapports entretiennent-elles l'une avec l'autre?
S'il est communément admis que l'art est un lieu possible de liberté, de spontanéité et d'inspiration, affranchi des conventions, des normes et des lois qui régissent l'ensemble des activités productives de la société; il apparaît également que quiconque n'est pas artiste, et que créer exige des compétences et savoirs spécifiques.
En fait, la liberté n'est jamais sans règles. Pas plus en art qu'ailleurs. L'idée de liberté repose sur les différences qui distinguent l'art aujourd'hui des autres activités productives soumises aux lois et codes de l'économie et du travail; et des codifications rigoureuses qui ont longtemps régi l'activité artistique jusqu'au XIXe siècle.
La liberté créatrice est donc aujourd'hui très relative, après avoir été très encadrée durant plusieurs siècles.
Avec la Renaissance, la représentation est passée, en peinture, sous l'ordre symbolique de la perspective géométrique et du nombre d'or — sous l'autorité de la raison. Tandis que les formes et les thèmes obéissaient moins au regard immanent porté sur ce monde-ci qu'à la vision transcendante d'un monde surnaturel fortement formaté par les préceptes de la religion.
En outre, la peinture s'apprenait et se pratiquait en atelier, dans des rapports maîtres-apprentis assez proches de ceux qui prévalaient à l'époque dans le monde de l'artisanat.
Enfin, l'édifice était placé sous la haute autorité de l'Académie des beaux-arts qui édictait des règles et veillait à leur application, en particulier en acceptant, excluant ou récompensant les artistes à l'occasion du fameux Salon des beaux-arts — haut lieu de distinction des œuvres et des artistes fidèles aux règles de l'art en vigueur.
Des règles analogues régissaient la musique, de l'architecture, la poésie, la danse, ou la tragédie soumise, elle, à la règle impérative des trois unités de lieu, de temps et d'action: «Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli» (Boileau).
Pourquoi, à l'évidence, l'art ne peut-il pas se passer de règles? Et quels rapports entretient-il avec elles?
Les règles de l'art sont, en premier lieu, liées au travail et à la maîtrise que l'artiste doit avoir de son matériau et de ses outils. Car toutes œuvres et pratiques artistiques prennent forme et consistance dans un matériau: les pigments pour la peinture; la pierre, le bois ou le métal pour la sculpture; la langue pour la poésie; les sons pour la musique; le corps pour la danse; les sels d'argent et la lumière pour la photographie; etc.
Aucun art ne peut se passer de matériau. Même l'art dit «conceptuel» n'était pas dépourvu de matériaux. Si «infra-mince» (Marcel Duchamp) soit-il, le matériau est indispensable à l'art. Et, au lieu d'être une contrainte, il est le support de la liberté créatrice, c'est dans son rapport toujours difficile et exigent avec le matériau que s'exerce cette liberté.
Car, autant l'art a besoin de matériau, autant la liberté — toute liberté réelle — a besoin d'un terrain et d'un objet d'exercice. En art, c'est dans, contre et avec le matériau que s'exerce et se déploie la liberté. C'est en apprenant à affronter, à maîtriser et à dépasser les contraintes techniques de son matériau, et à manier ses outils, que l'artiste fait advenir des formes et des œuvres. Qu'il crée.
Aussi, les règles techniques du matériau et des outils de l'art sont-elles indispensables à l'art.
En second lieu, d'autres règles s'imposent encore à l'art du fait qu'il est production de sens, que les œuvres ne sont pas de simples objets utilitaires, mais des choses ...
indfrisable Un art sans critère, de Duchamp à Sarkozy Je ne pense pas que l'art soit envisageable à partir de critères stables. Quand l'art se définit comme critère, c'est que les historiens d'art, attachés à un fond de commerce théorique, craignent de se remettre en question. L'art se retire de son principe. Kant donne au beau la qualité d'un jugement antinomique qu'on ne peut définir avec des critères stricts. Avec l'assentiment d'autrui mais sans critère, on dit qu'une chose est belle, mais on ne peut pas la délimiter dans une norme absolue. Après, bien que l'énoncé suppose qu'il n'est pas d'art sans critère, on peut aussi se demander non pas ce qui relève de l'art, mais quand est-ce que ça fait art? Partir du contexte, c'est donner aussi un principe de possibilité qui autorise que ce soit ou pas de l'art. Dans un monde stabilisé, comme celui délimité par les règles académiques, les canons, le problème ne se pose pas, mais lorsque en période d'anomie, la crise de l'art remet en question la pertinence de ces critères, et Marcel Duchamp intervient. C'est pourquoi selon moi, le fait que Sarkozy ait fait son portrait officiel par un photographe issu du monde de l'industrie people, est une action anti-art importante, qui n'intervient pas fondamentalement dans le monde de l'art, mais qui donne le la d'une tendance qui a contaminé le monde de l'art contemporain, prit dans un contexte et des critères de convenance de plus en plus anti-artistique, mais de plus en plus formelles, esthétiques, paillettes. Quant à Marcel Duchamp, il vient ainsi ouvrir avec le ready made une possibilité d'envisager une autre forme d'art, par une remise en question de l'ordre des choses, où une critique artiste radicale pouvait déplacer les limites qui deviendront à leur tour les critères admis par ceux qui font du ready made à la pelle, qu'ils envisagent comme genre et non en tant que critique. La création radicale semble toujours récupérée par son devenir-style, et Warhol récupéré par la mode et les portraits piteux de la finance et de la culture d'entreprise, forme réactionnaire la plus sale. 25 juin 2010
indfrisable Un art sans critère, de Duchamp à Sarkozy Je ne pense pas que l'art soit envisageable à partir de critères stables. Quand l'art se définit comme critère, c'est que les historiens d'art, attachés à un fond de commerce théorique, craignent de se remettre en question. L'art se retire de son principe. Kant donne au beau la qualité d'un jugement antinomique qu'on ne peut définir avec des critères stricts. Avec l'assentiment d'autrui mais sans critère, on dit qu'une chose est belle, mais on ne peut pas la délimiter dans une norme absolue. Après, bien que l'énoncé suppose qu'il n'est pas d'art sans critère, on peut aussi se demander non pas ce qui relève de l'art, mais quand est-ce que ça fait art? Partir du contexte, c'est donner aussi un principe de possibilité qui autorise que ce soit ou pas de l'art. Dans un monde stabilisé, comme celui délimité par les règles académiques, les canons, le problème ne se pose pas, mais lorsque en période d'anomie, la crise de l'art remet en question la pertinence de ces critères, et Marcel Duchamp intervient. C'est pourquoi selon moi, le fait que Sarkozy ait fait son portrait officiel par un photographe issu du monde de l'industrie people, est une action anti-art importante, qui n'intervient pas fondamentalement dans le monde de l'art, mais qui donne le la d'une tendance qui a contaminé le monde de l'art contemporain, prit dans un contexte et des critères de convenance de plus en plus anti-artistique, mais de plus en plus formelles, esthétiques, paillettes. Quant à Marcel Duchamp, il vient ainsi ouvrir avec le ready made une possibilité d'envisager une autre forme d'art, par une remise en question de l'ordre des choses, où une critique artiste radicale pouvait déplacer les limites qui deviendront à leur tour les critères admis par ceux qui font du ready made à la pelle, qu'ils envisagent comme genre et non en tant que critique. La création radicale semble toujours récupérée par son devenir-style, et Warhol récupéré par la mode et les portraits piteux de la finance et de la culture d'entreprise, forme réactionnaire la plus sale. 25 juin 2010
indfrisable Un art sans critère, de Duchamp à Sarkozy Je ne pense pas que l'art soit envisageable à partir de critères stables. Quand l'art se définit comme critère, c'est que les historiens d'art, attachés à un fond de commerce théorique, craignent de se remettre en question. L'art se retire de son principe. Kant donne au beau la qualité d'un jugement antinomique qu'on ne peut définir avec des critères stricts. Avec l'assentiment d'autrui mais sans critère, on dit qu'une chose est belle, mais on ne peut pas la délimiter dans une norme absolue. Après, bien que l'énoncé suppose qu'il n'est pas d'art sans critère, on peut aussi se demander non pas ce qui relève de l'art, mais quand est-ce que ça fait art? Partir du contexte, c'est donner aussi un principe de possibilité qui autorise que ce soit ou pas de l'art. Dans un monde stabilisé, comme celui délimité par les règles académiques, les canons, le problème ne se pose pas, mais lorsque en période d'anomie, la crise de l'art remet en question la pertinence de ces critères, et Marcel Duchamp intervient. C'est pourquoi selon moi, le fait que Sarkozy ait fait son portrait officiel par un photographe issu du monde de l'industrie people, est une action anti-art importante, qui n'intervient pas fondamentalement dans le monde de l'art, mais qui donne le la d'une tendance qui a contaminé le monde de l'art contemporain, prit dans un contexte et des critères de convenance de plus en plus anti-artistique, mais de plus en plus formelles, esthétiques, paillettes. Quant à Marcel Duchamp, il vient ainsi ouvrir avec le ready made une possibilité d'envisager une autre forme d'art, par une remise en question de l'ordre des choses, où une critique artiste radicale pouvait déplacer les limites qui deviendront à leur tour les critères admis par ceux qui font du ready made à la pelle, qu'ils envisagent comme genre et non en tant que critique. La création radicale semble toujours récupérée par son devenir-style, et Warhol récupéré par la mode et les portraits piteux de la finance et de la culture d'entreprise, forme réactionnaire la plus sale. 25 juin 2010
biron Jouer avec le mot "règles" "Créer en art consiste ni à appliquer des règles, ni à les refuser, mais à en inventer sans cesse de nouvelles. Les œuvres d'art ne sont plus soumises à des règles transcendantes, elles sont à la fois invention de formes et de règles immanentes. Ce par quoi elles se situent au plus proche des pulsations du monde." -André Rouillé
Ce dernier paragraphe contredit le sens habituel du mot "règles." Une règle, au moment de sa conception, est toujours invention "immanente" mais pour qu'elle s'impose comme règle il faut qu'elle soit suivi sinon on ne fait que jouer avec ce mot dont le sens perd toute sa valeur.
Lionel A. Biron, San Francisco
Photos by BIRON - multicultural male images @ <www.photos-biron.com/> 25 juin 2010
FORMACOLOR, créateur artistique / arts plastiques et visuels DE CERTAINES RÈGLES MAIS PAS DANS L'ASOLU
Que l’éditorialiste de Paris-art.com se saisisse du sujet de philosophie juin 2 010 de la série de l’enseignement secondaire « S », me paraît de l’ordre du rationnel [24 juin 2010, n° 321 : « L’art peut il se passer de règles »] ; pour ma part, créateur artistique, suis maintenant incapable d’entrer mentalement dans la casuistique philosophique (je m’en suis rendu compte dernièrement en lisant un article de l’encyclopédie « Wilkipédia » sur la création/créativité et autres dérivés du concept ; pourtant, ce n’est pas d’aujourd’hui que j’essaye, chemin faisant, de donner quelques indications ou clefs de ce qui est MA réalité, et, donc une praxis [travail visible sou : http :://formacolor.blog.club-corsica.com, ou, GOOGLE : taper « manifeste formacolor »].
Le rapport de l’Art à la Règle, suppose que l’on définisse les concepts, avant que de débattre. Et, ab initio, que l’on parcoure quelque historique sur un mode sérieux, même si concis. Si la notion d’Art se prête à une « définition », variable suivant la « contextualisation », celle de « règle » est plus difficile à appréhender : partons de Levis Strauss et du « goulot » pour la définir rapport au sociétal EN GÉNÉRAL , mais voyons aussi dans une perspective plus matérialiste, celle qui consiste à l’adosser à un moment historique donné/un mode de production déterminé etc. ? Est règle un précepte majoritairement admis dans un groupe donné à un moment donné (ainsi, Henri MATISSE se faisant sermonner par Gustave MOREAU et quelques uns de ses amis a bien dû s’apercevoir qu’il transgressait quelque bien peindre sur le mode de Salomé dansant devant le roi). Dans la peinture, il suffit de suivre les cours pour sentir qui commande aux règles: tel professeur m’ arrachait la feuille de Dessin parfois plusieurs fois d’affilée et la froissait avant que de la jeter à la poubelle , croyant bien faire et surtout faisant ce pour quoi il était payé (n’oubliez jamais les intérêts, même en matière de Règles, et, ce mot de Bonaparte sur ce qui gouverne le monde: « la crainte et les intérêts ») : elle ajoutait très gentiment devant mon caractère bien trempé qui en matière d’Art ne s’en ai jamais laissé compter, ce pour quoi mes réaliserons compteront : « Bonjour M. Courbet » !
En allant voir du côté du grand philosophe de « Matérialisme et empiriocriticisme », Vladimir Illich OULIANOV (qui rentra en territoire slave depuis Genève en wagon plombé pou éviter les contaminations !?), un des grands ouvrages de la philosophie moderne rappelons-le, « La liberté, c’est la nécessité bien comprise », autrement dit, non seulement on ne peut pas s’affranchir en tant que sujet valide ni de La Règle ni des Règles ! Et, l’Art (en la personne des artistes créateurs) n’échappe pas à la …règle. Par contre, il est possible, voire souhaitable ( ?) pour ceux qui s’en sentent l’estomac bien accroché (prévoir une cantine dans le wagon plombé, pour ne pas mourir de faim et d’autres afflictions pendant le trajet !), de tenter de nouvelles approches : car pour la Politique comme pour l’Art, il n’y a pas d’Absolu, juste un peu de déterminisme mâtiné avec un zeste de volonté portée par le Désir d’un monde meilleur. Et, si l’on aborde le sujet sous l’angle du Désir, en forme de tramway donc parce plus léger que le wagon plombé (plombé par qui d’ailleurs ( ?), sinon par le conformisme en forme de « baiser du boa », qui tout en vous embrassant vous étouffe !), il est difficile de ne pas dire un mot de Jacques LACAN : d’abord faire attention à ne pas heurter ceux qui du temple surveillent l’entrée (il y donc des règles à respecter : dont celle de s’allonger en analysant rapport à un thérapeute qu’on ne voit pas, censé savoir lui), ensuite s’armer de courage pour lire ce volume 2 du Séminaire dont l’illustration choisie de couverture est celle Des ambassadeurs d’HOLBEIN, ce qui n’est sans doute pas de l’ordre du hasard ?
Ce sont là en effet, les deux pensées et praxis qui ont traversé le XX ème siècle. Elles obéissent toutes deux à une grande rigueur, et, ne sauraient se satisfaire d’à peu près. Y-a-t-il eu du neuf depuis : tenez moi au courant…si vous avez des nouvelles ?!
En conclusion, s’affranchir non pas de la règle, mais de certaines règles (le singulier n’équivalant pas le pluriel), est le fait de l’avant-garde et autres "écorchés vifs", qui ne se reconnaissant pas dans une partie de ce qu’ils voient, et qui veulent s’affirmer sur ce qui leur paraît être Soi [la distinction en Art, n’est-ce pas M. BOURDIEU ( ?), pourrait être ce quitter l’EN SOI pour voguer vers le POUR SOI, ceci avec toutes les galères à affronter !!! Et là nous quittons le domaine des dissertations philosophiques pour la vie et le créer au quotidien. Il faudrait pour ce, peut être, inventer un concept ?
Tenez moi au courant. 27 juin 2010
Arthur l'artichaut... revons c'est l'heure, arthur Rimbaud !! 28 juin 2010
Art'Aire Les "régles de l'Art" L'absence de régle est la pire des règles
Je ne fais qu'observer que l'oeuvre de picasso, très académique dans sa première période, semble en effet avoir suivi les régles des plus conventionnelles pour paradoxalement se retrouver à se déstructurer avec autant de méthode de maitrise et de brio qui ont été le génie propre de Picasso : en cherchant ainsi à s'échapper des règles de l'académisme pour en passer par d'autres règles (régles expérimentales (dé)structurantes) Pablo Picasso et Georges Braque réussissent à imposer temporairement le "Cubisme" comme une étape s'inscrivant dans la continuité d'une oeuvre en mutation... tout autant que dans celle de l'Histoire de l'Art où tout reste à (ré)inventer.
Telle semble être la régle de la création d'art en perpétuelle mutation :
Passer par une régle pour en enfanter une autre.
djm
htt://artaire.free.fr
28 juin 2010
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