Art brut, art des imbéciles 09 sept. 2010 Numéro 325 L'actualité de l'«art brut» s'accélère, notamment avec l'ouverture prochaine du LaM (Lille métropole musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut), et, à Paris, avec l'inauguration de la nouvelle galerie Christian Berst qui rallie le Marais en accroissant du même coup sa superficie et sa centralité. Quant au marché de l'art, il regarde avec de plus en plus d'intérêt ces objets fabriqués par des «naïfs», des «primitifs», des psychotiques, ou plus généralement par des «gens du commun».
Par André Rouillé
L'actualité de l'«art brut» s'accélère, notamment avec l'ouverture prochaine du LaM (Lille métropole musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut), et, à Paris, avec l'inauguration de la nouvelle galerie Christian Berst qui rallie le Marais en accroissant du même coup sa superficie et sa centralité. Quant au marché de l'art, il regarde avec de plus en plus d'intérêt ces objets fabriqués par des «naïfs», des «primitifs», des psychotiques, ou plus généralement par des «gens du commun».
Conçue au sortir de la Seconde Guerre mondiale par Jean Dubuffet, la notion d'«art brut» a été systématisée en 1948 à l'occasion de l'exposition «L'art brut préféré aux arts culturels». Dans le catalogue d'alors, Jean Dubuffet a découpé le territoire de l'«art brut» avec une exceptionnelle clarté et une extrême vigueur en l'opposant à celui de l'«art culturel», de l'«art homologué» des musées, des galeries, des salons. En dressant la culture des «intellectuels» contre celle des «imbéciles», le «faux art» des idées contre le «vrai art» de la «voyance». Et en définissant ainsi une nouvelle version de l'art, avec ses nouveaux acteurs, ses nouveaux lieux («Le vrai art, il est toujours là où on ne l'attend pas»), ses nouveaux matériaux, et ses nouvelles forces créatrices («D'idées donc le moins possible!»).
Cette notion d'«art brut», et les attaques contre l'«intellectuel» (un type «désamorcé, désaimanté, en perte de voyance»), contre la «culture» (Jean Dubuffet publiera plus tard un pamphlet intitulé Asphyxiante culture), et contre les «idées», s'expriment dans un parti pris flamboyant en faveur de l'«imbécile» supposé étranger au carcan des normes culturelles: «Vive plutôt l'imbécile alors! C'est lui notre homme!», proclame Jean Dubuffet.
Ces orientations s'inspirent assurément du mythe romantique du génie et de la folie, des artistes dits médiumniques, et de l'intérêt que des surréalistes comme Hans Bellmer, Max Ernst, et bien sûr André Breton, ont accordé aux marges et aux expériences limites.
Mais, bien que Jean Dubuffet ne l'évoque pas, c'est la faillite de la culture devant l'Holocauste qui permet de choisir la «voyance» pure des imbéciles réputés a-culturés contre la «clairvoyance» discréditée de la culture. C'est dans les failles que la guerre a creusées dans la culture savante, rationnelle et humaniste, que l'«art brut» peut défendre la pertinence d'une vision autre.
L'«art brut», qui a cheminé et grandi non sans obstacles durant plus d'un demi-siècle en s'affirmant comme une alternative aux «arts culturels», se voit aujourd'hui accorder une place de choix au sein même de l'«art homologué», dans ses lieux et sous son impulsion. Le nom du LaM, «Lille métropole, musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut», exprimant à lui seul qu'une récente proximité succède à une forte antinomie (celle de Dubuffet et de ses amis), et à une longue indifférence (celle des institutions artistiques, dont aucune n'a voulu, en France, accueillir la collection Dubuffet qui a été léguée à la Suisse).
Un peu comme pour la photographie au tournant des années 1980, on assiste à une sorte de cooptation de l'«art brut» par le champ et le marché de l'art.
Ce phénomène pourrait venir d'une insatisfaction croissante qu'éprouvent certains collectionneurs face à des œuvres d'art contemporain jugées de plus en plus chères et esthétiquement décevantes.
Mais la nouvelle géographie de l'art provient plus profondément de l'effondrement du modernisme et de ses rigidités esthétiques. Les exclusions d'hier ont disparu avec les normes, les figures, les cadres et les matériaux qui les soutenaient. L'«art homologué» qui s'opposait esthétiquement, ontologiquement, socialement et institutionnellement à l'«art brut», qui l'excluait avec vigueur, est devenu de plus en plus inclusif. Avec Joseph Beuys, Arnulf Rainer, Christian Boltanski, et d'autres, les matériaux, les pratiques, les esthétiques de l'art contemporain se sont inspirés de l'art brut. Les différences visuelles, sinon processuelles, se sont amenuisées.
En outre, cette dynamique est de plus en plus stimulée par la mondialisation. Contraints de se diversifier et de s'étendre sans cesse pour trouver de nouveaux produits, de nouveaux clients et de nouveaux publics, l'art, son marché et ses institutions, mais aussi ses théories et ses esthétiques, sont par nécessité ...
FP Création et schizophrénie Jean Oury, "Création et schizophrénie", éd. Galilée, Paris 1989 10 sept. 2010
Marc Dachy Art brut
Si le sens de votre article est bien de préserver l'art dit brut comme un art à ne pas ramener dans le giron instiutionnel culturel, je ne saurais assez vous approuver. Mais je réagis parce que comme souvent vous créditez le surréalisme de ce qui appartient à Dada quia, le premier, mis l'accent sur ces créations. 10 sept. 2010
LR Photographie Il est étonnant que, auteur d'une Histoire de la Photographie ouvrage de référence, vous n'abordiez pas ici la question de la photographie au sein de l'art brut. Dubuffet l'excluait du champ de l'art brut.
Miroslav Tichy, présenté dès 1989 par Buxbaum dans le contexte de l'art brut, n'y a eu aucun succès, alors que, quand Szeemann (qui souvent établit de telles passerelles) l'a inclus dans la Biennale de Séville, donc au sein de l'art contemporain, son succès a été immédiat.
La première exposition de photographies présentées comme relevant de l'art brut date de 2004 (Create and Be recognized, à San Francisco), et aujourd'hui encore, il est très rare de voir des photographies dans des expositions d'art brut (je ne sais si le LAM en a). 10 sept. 2010
Duduchamchamp Frontières Votre prose me laisse pantois. Qui êtes-vous pour délimiter les frontières de l'art ? Qu'est-ce qui est "art" et ne l'est pas ? Vous êtes assez (ou très) malin pour le dire, le définir ? Bravo avec des oukases pareil on se croyait dans les Salons bien pensants de la IIIe République. L'art justement n'a pas de barrière, de frontières, de bon ou de mauvais, de vrai ou de faux, de brut ou de poli. L'art, dernier bastion de liberté et seul rempart contre la bêtise et l'ignorance n'a pas à être ou non qualifié par des pseudo-intello qui parle de "glissement" ou je ne sais quelle ineptie. Des gens crachaient sur les vitrine de Vollard et sur un art avec lequel aujourd'hui on fait des couvercles de boites de chocolat. Laissons aux artistes, à tous et même à ceux qui pensent l'être le droit de dire que ce qu'ils font EST de l'art... Et personne ne peux dire le contraire et encore moins le prouver ! Sinon c'est la porte ouverte à toute censure. Et dire que vous voulez écrire sur l'art ! Revoyez déjà les notions essentielles à commencer par les écrits d'un certain Marcel Duchamp qui osa exposer un urinoir qu'en son temps vous auriez surement voué aux gémonies... 10 sept. 2010
Michel Caubel Pourquoi pas! l'art est fait par des imbéciles heureux Oui! L'art est peut-être créer par des imbéciles heureux. Et pourquoi pas! Il existe tellement de gens intelligents malheureux et de malheureux sans connaissances ni possibilité de mettre en valeurs leurs capacités humaines.
La question de l'art brut n'est qu'une dénomination d'une forme de créativité des "gens du commun". Certains présentent dans leur fort intérieur une souffrance dont ils ne peuvent exprimer la douleur en mettant des mots sur leurs maux. D'autres sont acculés à créer avec une économie de moyens. Telle Séraphine de Senlis qui peignait avec ses doigts et avec des couleurs faites de tourbe, de fleurs broyées et de rouge à base de sang de cochon. Antonin Artaud, de son passage à la direction de la revue du mouvement surréaliste, condamnait déjà l'obscurité de trop d'écriture automatique et médiumnique. Il est pourtant un très grand poète visionnaire et n'a point reçu l'estime des autres de son vivant et a été durant frappé par les plus hautes solitudes de l'asile et de la guerre.
Il me semble que se pose pour tous les artistes la question de la visibilité de leur travail et de comment dépasser le stade de la survie économique en étant inclus dans le "marché de l'art". Souvent, une grande majorité d'artistes et d'amateurs talentueux en sont exclus et développent bon an mal an des activités alimentaires de substitution.
Il y a d'un côté une reconnaissance de ses pairs et d'un autre côté le casse-croûte.
Je m'autorise à vous donner mon adresse afin d'y recevoir vos commentaires et suggestions.
http://www.theatredemasquesmagique.fr
MERCI 13 sept. 2010
Ani Trop lucide Cet article tombe à pic. C'est tout à fait ce qu'on attendait. Tant mieux que vous l'avez écrit, ça m'évitera de le faire. Bon, je rigole mais, sérieux, j'aurais aimé le pondre. On se prend à marcher sur la tête à lire certaines déclarations confusantes de soit-disant championnes (le giron institutionnel se maternisant) de l'art brut. Sous couvert de le dépoussièrer, elles lui rincent la tête au shampoing cul (turel). N'oublions pas que c'est un chauve qui lui a donné le jour et cessons d'encenser sa calvitie pour mieux l'affubler d'une perruque. Encore merci, Mr Rouillé de faire briller quelques vérités inoxydables! Votre papier est ce que j'ai lu de plus lucide sur le sujet ces temps derniers. Je le dis dans mon blogounet et j'invite vachement à vous lire :
http://animulavagula.hautetfort.com/archive/2010/09/11/corps-accords-dans-la-rue-haute.html 13 sept. 2010
Françoise Monnin ARTENSION Besoin d'un grand bilan à propos de "l'art brut aujourd'hui" ?
Rendez-vous dans vos kiosques (à partir du 25 septembre) ou sur www.artension.fr (dès à présent). Nous publions un numéro hors série de notre magazine, avec les contributions de Michel Thévoz, Roger Cardinal, Laurent Danchin, Michel Nedjar, Lucienne Peiry, Savine Faupin, Jean-Pierre Klein...
Au sommaire : un rappel historique, un point sur les nouvelles découvertes d'Amérique Latine jusqu'en Asie, une étude des liens entre l'art brut et l'art singulier, une analyse du marché de l'art brut, un panorama des grandes collections dans le monde, des références bibliograhiques, des témoignages surprenants...
Et des reproductions en grand nombre ! 96 pages, 9.90 € seulement. 15 sept. 2010
FORMACOLOR, créateur artistique PROBLEMATIQUE... LA PROBLEMATIQUE DE L’ART dit « BRUT » ET DE SON APPLICATION PRATIQUE
C’est, je crois, Gustave FLAUBERT qui disait qu’ « il n’y a pas plus d’art de la folie que des malades du genou» ! Chou, caillou, hibou…: comprenne qui voudra… ! Mais quid de l’art classifié/estampillé donc versé dans la taxinomie au registre « Art brut », notion au demeurant bien plus large que la précédente ? Un psychiatre, donc très au fait de ces problématiques puisqu’en même temps amateur d’art, me dit « Van GOGH n’était pas fou ». Quand/où commence l’aliénation totale : peut être dès le moment où un placement plus ou moins continu en institution fait que ses responsables ont barre sur le patient. Alors, qu’il soit peintre ou non, ne change rien à la question (Vincent Van GOGH à Auvers sur Oise ?).
Mais l’Art Brut, tel qu’abordé dans votre article critique, au demeurant au dispositif bien argumenté (et, donc, en rupture aves cette volée de bois vert que vous a inspiré VISA POUR L’IMAGE 2 010, en tout cas telle une visite des Barons du Nord en Terre Sudistes, ou, de quelque Missi Dominici venu inspecter les périphéries : j’ai encore en mémoire le visuel parlant , lors d’une démarche hier auprès d’une bureaucratie, l’ai terrorisé de la prévenue qui me dit : « c’est du ressort de l’Administration Centrale ! Vous n’y pensez pas !»), traite de L’Art Des Marges (je préfère pour ma part cette dénomination !), puisque nous venons de le dire, il ne peut y avoir de circuit humain véritable non imprimé d’un minimum de Culture : Victor de l’Aveyron venu accompagné de son médecin à une réunion mondaine en le Salon de Madame de Récamier préféra grimper à un arbre dans la cour, dont mêmes les discussions mondaines sur l’Art et le Bon goût de l’époque ne le firent pas redescendre … !
C’est ainsi, qu’ayant exposé au printemps Des Arts (quelle belle appellation pour un été qui n’a jamais fleuri, mais la faute à qui ?), deux œuvres (« Requiem Pour Une Espèce », et, « Sous Le Soleil Du Pouvoir ») la troisième ayant été refusée faute de place : il s’agissait de « Corse Terre Sacrée », huile sur toile 100 x 100 cm appartenant au polyptyque « Corse Mon Amour », réalisation 2 001 ; un critique, sorti de sa boite, tel un diable, me jeta au visage « art brut » (pareille erreur interroge, puisque l’œuvre volontairement d’inspiration FAUVE obéit davantage aux principes de déstructuration des formes et d’application des couleurs vives du chef de file de ce Mouvement, avant qu’il ne redevienne un peintre classique et de jury ). Et, de s’engager un dialogue non clos sur cette notion et application particulière. Tout être humain doté de langage s’avance sur la scène de la culture, avec plus ou moins d’originalité ou de pathologie-difference- dysfonctionnement.
En conclusion, on voit bien que cette notion tient mal la route ; Jean DUBUFFET l’a, lui-même plus tard, réfutée : chose que vous ne précisez pas ; le fait qu’il y ait des limites de l’art n’en annule pas pour autant la trame centrale des créateurs artistiques professionnel : c’est, je crois, Sigmund FREUD qui disait (je cite très imprécise ment de mémoire) « le fait qu’il y ait une aube et un crépuscule n’en annule pas pour autant la distinction du jour et de la nuit. Compresse qui pourra.
http://formacolor.blog.club-corsica.com
ou
GOOGLE: taper: "manifeste artistique" 15 sept. 2010
P.V Le paradigme du local En sa conclusion André Rouillé soutient que l’esthétique serait « en art intentionnelle », alors que dans l’art brut elle serait « reconnue et validée par un autre que le producteur qui ne l’a ni voulue ni pensée ».
Michel Thévoz, dans sa contribution à « La mesure des irréguliers - symptôme et création » (Z’éditions, Nice 1990), souligne que Dubuffet a découvert l’art brut au moment même où dans sa propre production il laissait la peinture prendre le pouvoir et générer les formes.
En effet, ce nouvel intérêt porté sur l’art brut est corrélatif d’un retour à la problématisation de l’après-coup de l’acte, reformulé sous le paradigme du local chez tel ou tel autre de nos jeunes philosophes. Ce retour est lié à nécessité de sortir d’une impasse : l’indéfinie répétition, effet de la position de l’artiste sous le paradigme du performatif.
Cf., note du 09.09.2008,
http://theoriedelapratique.hautetfort.com
- DEVENIR DE L’ART BRUT, LIGEIA, numéro 53-56, juillet-décembre 2004.
17 sept. 2010
AG Une histoire en plus je vous invite à l'exposition présentée jusqu'au 21 novembre au Musée Singer-Polignac - Centre d'Etude de l'Expression - Centre Hospitalier Sainte Anne - 1 rue Cabanis - 75014 Paris.
Ouvert tous les jours de 14h à 19h sauf le mardi
ou à lire les quatre volumes de la série "De l'art des fous à l'oeuvre d'art", par Anne-Marie Dubois - coédition Editions Edite/CEE (Centre d'Etude de l'Expression.
En attendant, la question posée par l'auteur : "Folie et paradis artificiels... où puise la création ?"
"Ces volumes présentent la Collection Sainte-Anne au travers d'une démarche chronologique et documentaire afin de répondre à la nécessité de situer les productions qui la constituent dans une double histoire : l'histoire de ces artistes, dont il ne reste parfois que quelques éléments biographiques, et celle de l'histoire de l'art dans laquelle, envers et contre toute idée reçue, ils s'inscrivent." 08 oct. 2010
francesca caruana brut d'art cher André Rouillé, du bas de l'hyper-modeste cage d'artiste provinciale, j'apprécie à son juste titre l'oxygène lucide de votre propos sur l'art brut.La province a tendance à garantir l'authenticité de l'art nichée dans des comportements picturaux spontanés inspirés de la nature ou de ses hasards -alors qu'ils ne sont que postures et imitations dixneuviémistes- tout en ignorant la ligne réelle des créateurs inopinés de l'art dit brut.
Il n'y a de "légitimité" à l'art que la friction inouïe à transformer le réel immédiat, celui du temps de notre vie, sans l'intention vicieuse de le déclarer qui l'invalide d'office.Aussi, je reste persuadée que la pratique artistique a plus à voir avec ce que je persiste à appeler "activités pariétales", "pratiques exogènes", "les hasards travaillés" que le pompeux terme d'art qui empêche de penser, officialise les RV mondains, et ouvre largement les combinatoires financières. poser un fil chez Martine est un événement, le même à Trifouillis les oies est une dégénérescence,il reste une chance:l'hôpital psy. Merci donc à votre clairvoyance de laisser le champ libre à la complexité et non à la doxa. 29 oct. 2010
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- Daniel 20 déc. 2010
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Denis S Art Brut Parisien Bonjour,
Merci pour cet article. Exil l'art brut parisien débute cette semaine aux réfectoire des Cordeliers. Il s'agit de l'art sorti des ateliers parisiens. Ateliers d'art thérapie fréquentés par des personnes en situation de mal-être psychique. Sommes nous dans une forme d'art brut ? ça fait débat.
Pour en savoir plus il y a un site et une page facebook
https://www.facebook.com/Exil.artbrutparisien
http://www.exil-artbrutparisien.fr/
Merci pour vos retours !
A bientôt 28 nov. 2011
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