DANSE | SPECTACLE

Helikopter / Still Life

22 Juin - 23 Juin 2018

Corde tendue entre 2001 et 2017, Helikopter / Still Life met en balance deux pièces du chorégraphe Angelin Preljocaj (Ballet Preljocaj) : Helikopter (2001) et Still Life (2017). Deux pièces pour six danseurs ; deux créations architecturées par la musique contemporaine.

Soirée en forme de filin tendu à travers le temps, le chorégraphe Angelin Preljocaj présente deux de ses pièces, l’une à la suite de l’autre. Soient Helikopter (2001) et son avant-dernière création, Still Life (2017) — à laquelle succèdent Ghost (2018) et Gravity (en cours). Helikopter / Still Life : deux pièces tournées vers l’interdisciplinarité. La première étant structurée par une œuvre du compositeur Karlheinz Stockhausen (1928-2007). Le célèbre Helikopter-Streichquartett [Quatuor à cordes – Hélicoptère] (1991) — pièce pour quatre hélicoptères avec pilotes et preneurs de son, et un quatuor à cordes. Et la seconde, Still Life, explorant le motif de la nature morte, en peinture. De la vanité au memento mori, les vies immobiles, ou natures mortes, scandent la finitude. Et l’inévitable ralentissement menant à la mort, la fixité. Genre ayant pris son essor au XVIIe siècle, c’est aussi le véhicule d’une conception dépassée : celle où l’immobilité existe.

Helikopter / Still Life d’Angelin Preljocaj : comme une corde tendue entre 2001 et 2017

Art du mouvement, la danse d’Angelin Preljocaj s’empare des symboles ancestraux pour, par le corps des danseurs, proposer une autre lecture. Pièce pour six interprètes, Helikopter aura été saluée pour son absence de concessions. Musique assez stridente, sol strié de projections vidéos (de l’artiste Holger Förterer)… Le vertige y guette, toujours repoussé par la danse, à savoir le mouvement structuré du Ballet Preljocaj. Mais avec Still Life, c’est une autre forme de vertige qui guette danseurs et spectateurs. Celui de la mort, de l’immobilité figée dans des cadres surannés. Toujours enclin à aborder le son par la création contemporaine, pour Still Life ce sont des sonorités électro-minimalistes d’Alva Noto (Carsten Nicolai) et Ryuichi Sakamoto qui enveloppent le Ballet Preljocaj. Et là encore, il s’agit d’une pièce pour six interprètes — Isabel García Lopez, Verity Jacobsen, Émilie Lalande, Cecilia Torres Morillo, Baptiste Coissieu, Redi Shtylla.

Still Life : des natures mortes en peinture à l’impossible immobilité de la danse

Jeu de mot, Still Life résonne d’évocations. Avec, en anglais, cette ambivalence du still. Entre silence et immobilité d’un côté et idée de perpétuation de l’autre. Comme dans le fameux Still Alive de l’artiste conceptuel On Kawara. Toujours en mouvement, la Still Life d’Angelin Preljocaj persévère dans l’être chorégraphique. Pour une lenteur classique où tout semble fluide, presque ralenti, mais néanmoins en mouvement. Conjuguant ballet classique et danse contemporaine, Angelin Preljocaj livre une pièce au calme inquiétant. À l’ivresse défiant l’équilibre d‘Helikopter (et sa scène aux images mouvantes), Still Life répond par la pondération. Scène dépouillée, les corps y héritent de la vanité. Avec un jeu de lumière d’une austérité propre à faire transparaître la structure architecturale des êtres : le squelette. Mais avec des corps qui ne cessent d’être comme magnétisés les uns vers les autres. En dépit, ou en raison même, de toute cette vacuité.