DANSE | SPECTACLE

Biennale de la Danse de Lyon | Un trait d’union

25 Sep - 14 Oct 2018

Chorégraphe de ballet contemporain, Angelin Preljocaj affectionne la figure du double. Duos musicaux, pas de deux chorégraphiques, double programmes... Dans l'écart se trame encore du sens. Ainsi en va-t-il pour Un trait d'union (1989), ce duo qu'il reprend, trois décennies plus tard.

Pour la Biennale de la Danse de Lyon 2018, Angelin Preljocaj (Ballet Preljocaj) présentera en première mondiale sa dernière création, Gravité. Mais la Biennale offrira également l’occasion de (re)voir deux de ses pièces antérieures. Et ce au sein d’une soirée double programme : Un trait d’union (1989) et Still Life (2017). Avec presque trente années de distance, Angelin Preljocaj lance ainsi une passerelle entre hier et aujourd’hui. Duo poétique entre deux danseurs, Un trait d’union se déploie sur des notes de Johann Sebastian Bach. Celles du Concerto pour piano No 5 BWV 1056 – 2e mouvement (largo), interprété par Glenn Gould. Notes auxquelles s’entrelace une composition électro de Marc Khanne. Pour une performance composite, à la recherche de ce qui fait le sel, la magie des rencontres. Une œuvre de jeunesse (Angelin Preljocaj avait trente-deux ans), aujourd’hui mise en regard avec une œuvre de maturité, Still Life (composée à soixante ans).

Un trait d’union d’Angelin Preljocaj : un duo à l’épreuve du temps (1989-2018)

Reprendre une œuvre composée trente ans plus tôt peut difficilement, pour son créateur, laisser indifférent. Que reste-t-il de l’engouement face à la magie des rencontres, fortuites et contingentes ? Que reste-t-il du hasard ? Surtout face aux vanités de Still Life, où les six danseurs contredisent l’immobilisme de la nature morte, sur des musiques électro d’Alva Noto (alias Carsten Nicolai) et Ryuichi Sakamoto. Il reste probablement la magie de la créature qui échappe à son créateur, pour mener sa propre vie. Il reste surtout le différentiel entre les écritures chorégraphiques. Ainsi qu’entre les choix musicaux, les rythmiques. De l’emphase maîtrisée de Glenn Gould mêlée aux mixages de Marc Khanne, aux textures sonores, organiques, de Carsten Nicolai et Ryuichi Sakamoto… Est-il possible d’aimer pareil à trente ou à soixante ans ? Les besoins de créer, danser et partager, sont probablement toujours aussi voraces. Mais quoi, pourquoi et avec qui ?

Un couple, un canapé, une danse : l’intranquille intimité d’une rencontre

Si la nécessité chorégraphique ne faiblit pas, c’est pour mieux souligner ce qui change. Qu’il s’agisse de relier deux personnes, ou deux dynamiques de création, Un trait d’union met en lumière la texture d’un incompressible : la durée. Trois décennies de maturation. Pièce primesautière et structurée, Un trait d’union transforme deux danseurs disjoints en ensemble chorégraphique, le temps d’un duo. À l’instar de ces mots qui, côte à côte et reliés par un trait, se mettent soudain à vibrer autrement. Ils se gênent l’un l’autre, s’empêchent, se prolongent, s’appuient, se complètent ou s’empiètent. Avec un troisième terme (ou le cinquième, si le troisième et quatrième sont la musique) : un fauteuil en cuir. Décor dépouillé, Un trait d’union mobilise deux danseurs et un fauteuil — typique de ces ensembles fauteuils-canapé. Pour un aperçu fugace de ce que peut, ou de ce qu’aurait pu être, l’intimité d’une vie de couple.

Itinérance dans le cadre de la Biennale de la Danse de Lyon 2018 :
– 25 septembre, Château Rouge, à Annemasse
– 29 septembre, Théâtre Théo Argence, à Saint-Priest
– 2 octobre, Théâtre de Roanne, à Roanne
– 13 et 14 octobre, Théâtre de Cusset, à Cusset