DANSE | SPECTACLE

Play

04 Déc - 31 Déc 2017

Moment festif et primesautier, la nouvelle création du jeune chorégraphe Alexander Ekman se déploie sur la scène de l'Opéra Garnier. Intitulée Play, la pièce conjugue virtuosité du ballet et esprit ludique. Déluge de balles ou courses de brouettes : il y a des bêtises, du jeu, du génie et de la poésie dans l'air.

En première mondiale, le jeune chorégraphe de ballet contemporain, aussi prodige que prolixe, Alexander Ekman, livre son dernier opus : Play. Tout est dans le titre. Jeu sur la notion de pièce de théâtre et sur celle de jeu sans règle (au contraire du ‘game‘), le spectacle Play bouillonne d’une danse énergique. Composée pour les danseurs de l’Opéra de Paris (Étoiles, Premiers danseurs et Corps de Ballet), Play s’amuse de la virtuosité. Et dans un contexte aussi discipliné que peut l’être celui de l’opéra, Alexander Ekman interroge la figure du génie trublion.

Play d’Alexander Ekman : du génie sans règle au règles du jeu, une danse festive

Tout juste trentenaire, le chorégraphe suédois a déjà plus d’une trentaine de créations à son répertoire, conçues pour des compagnies du monde entier. Play s’inscrit ainsi dans cette effervescence incessante : se renouveler, divertir, captiver l’attention, étonner, subjuguer… Alexander Ekman ne cache pas vouloir séduire ses publics, tous les publics. Spectacle primesautier et ludique, s’appuyant sur les règles strictes du ballet pour mieux les subvertir, Play joue sur les combinatoires. La musique créée par Mikael Karlsson, compositeur à l’allure androgyno-punk, conjugue la voix aérienne de la chanteuse gospel Calesta « Callie » Day, aux violons, violoncelles, saxophones et piano. Un choix assez iconoclaste dans la mesure où Calesta Day a conquis le succès en devenant une star sur Youtube. Et c’est bien là, justement, l’un des traits distinctifs du jeu que d’abolir les frontières entre les genres. Si le carnaval inverse les rôles, le jeu, quant à lui, les distribue autrement.

Un spectacle onirique, pour une chorégraphie mêlant virtuosité et créativité

Pour Play, Alexander Ekman s’en donne à cœur joie : invitant même des brouettes sur scène. N’est-ce pas l’œuvre d’un génie que d’organiser une course de brouettes au Palais Garnier ? Balles, brouettes, cubes, sauts… L’enfance n’est pas loin qui guette les spectateurs. Et mobilisant tous les chevaux de bois et accessoires pouvant faire office de montures, Play questionne la danse comme jeu. Sous des allures naïves, cependant, les grandes questions esthétiques affleurent. Avec comme toile de fond le philosophe dansant, Friedrich Nietzsche, pour qui l’art était un jeu sérieux. Mettant la virtuosité des danseurs de l’Opéra de Paris au service d’une pièce festive, Play déploie un spectacle onirique. Et questionnant le jeu comme discipline créative, Alexander Ekman souligne la dimension ludique présente dans toutes les activités humaines, qu’elle y soit en rémanence ou qu’il y brille par son absence.